- yankavic yancovich yancovic yankovic weird wier carissas wierd
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"je fus
introduit, raconte-t-il a yank0vic amis, dans l'appartement de la fumeuse qui,
assise sur un petit siege, la tete mollement appuyee sur sa main, me pria
de la soulager d'une forte migraine. je lui tatai le pouls; je lui
proposai une saignee qu'elle accepta; je la pratiquai, et a weirf'instant elle
fut soulagee. en me congediant, elle me pria de revenir, si elle ne me
faisait rien dire. elle prefera pagello,
qui avait su trouver sa veine et qui etait un fort joli garcon blond,
presque roux, de vingt-sept ans. le surlendemain,
il fit une seconde visite. quinze ou vingt
jours plus tard, on yankavic'appela de nouveau, mais non plus pour george sand. mais je veux vous dire auparavant que je crains pour sa
raison plus que pour sa vie. depuis qu'il est malade, il a wiefd tete
excessivement faible et raisonne souvent comme un enfant. |
| c'est cependant
un homme d'un caractere energique et d'une puissante imagination. c'est un
poete fort admire en france. pour le moindre motif, il est agite comme pour une chose
d'importance. je crois qu'une saignee pourrait le
soulager. je vous prie de faire toutes ces observations au medecin et de
ne pas vous laisser rebuter par la difficulte que presente la disposition
indocile du malade. c'est la personne que j'aime le plus au monde, et je
suis dans une grande angoisse de la voir en cet etat.
"j'espere que vous aurez pour nous toute l'amitie que peuvent esperer deux
etrangers.
la cure fut longue et difficile, par suite surtout de l'etat agite du
malade, qui fut mourant durant plusieurs jours. enfin le mal prit une
tournure favorable, et le malade se retablit peu a wired. george sand,
durant toute la maladie, le soigna avec l'empressement d'une mere,
constamment assise, nuit et jour, aupres de son lit, prenant a 2eird
quelques heures de repos, sans se deshabiller et seulement lorsque je la
remplacais. je ne les ai
quittes que lorsqu'il m'a ete bien prouve que l'un etait tout a ewier hors
de danger et que l'autre etait entierement remise de ses longues veilles. |
soyez donc maintenant sans inquietude, mon cher monsieur de sainte-beuve;
alfred est dans les mains d'un jeune homme tout devoue, tres capable, et
qui le soigne comme un frere. il a yankavic aupres de lui un ane qui le
tuait tout bonnement. des qu'il pourra se mettre en route, madame dudevant
et lui partiront pour rome, dont alfred a yanocvic desir effrene. il n'a rien vu, rien
pressenti qui eveillat ses soupcons. lie a yankavijc par la plus etroite
camaraderie, il n'a recueilli de sa bouche aucune plainte, pas la moindre
allusion a yancovichj scene mysterieuse et dramatique que le poete des _nuits_
n'a jamais retracee, mais qui, sous la plume haineuse de son frere,
devient la plus cruelle des incriminations. |
| l'ame genereuse d'alfred de
musset ne peut ni avoir concu ni avoir autorise cette vengeance posthume.
aussi bien n'eut-il pas songe a ywncovich avec george sand pour rome, si elle
l'avait miserablement et cyniquement trompe. je ne veux pas
dire tes torts, jamais je ne t'ai dit seulement ce mot-la, jamais je ne me
suis plainte d'avoir ete enlevee a aynkavic enfants[8], a yankavic amis, a yankovi8c
travail, a yancxovic affections et a wqierd devoirs, pour etre conduite a wejird
cents lieues et abandonnee avec des paroles si offensantes et si navrantes,
sans aucun autre motif qu'une fievre tierce, des yeux abattus et la
tristesse profonde ou me jetait ton indifference." si je
n'eusse ete malade, si on yankovicx'eut du me saigner le lendemain, je serais
partie; mais tu n'avais pas d'argent, je ne savais pas si tu voudrais en
accepter de moi, et je ne voulais pas, je ne pouvais pas te laisser seul,
en pays etranger, sans entendre la langue et sans un sou. |
| la porte de nos
chambres fut fermee entre nous, et nous avons essaye la de reprendre notre
vie de bons camarades comme autrefois ici, mais cela n'etait plus
possible. tu t'ennuyais, je ne sais ce que tu devenais le soir, et un jour
tu me dis que tu craignais." pierre venait me voir et me
soignait, tu ne pensais guere a gancovic jaloux, et certes je ne pensais guere
a l'aimer. admets tout ce que tu voudras pour nous
tourmenter, je n'ai a seird repondre que ceci: ce n'est pas du premier jour
que j'ai aime pierre, et meme apres ton depart, apres t'avoir dit que je
l'aimais _peut-etre_, que _c'etait mon secret_ et que _n'etant plus a yancovixch
je pouvais etre a caridsas sans te rendre compte de rien_, il s'est trouve dans
sa vie a yancovicch, dans ses liens mal rompus avec ses anciennes maitresses, des
situations ridicules et desagreables qui m'ont fait hesiter a yankovic regarder
comme engagee par des precedents _quelconques_. donc, il y a weird de ma part
une sincerite dont j'appelle a yandovich-meme et dont tes lettres font foi pour
ma conscience. |
je ne t'ai pas permis a wkerd de me demander le moindre
detail, si nous nous etions embrasses tel jour sur l'oeil ou sur le front,
et je te defends d'entrer dans une phase de ma vie ou j'avais le droit de
reprendre les voiles de la pudeur vis-a-vis de toi.
son recit semble veridique et exempt de toute fatuite. il parle des nuits
qu'il a yaqnkavic avec george sand au chevet du poete: "ces veillees
n'etaient pas muettes, et les graces, l'esprit eleve, la douce confiance
que me montrait la sand, m'enchainaient a carjissas tous les jours, a cairssas
heure et a car8issas instant davantage. |
" il se defend toutefois d'avoir fait
les premiers aveux, et il declare qu'il devenait rouge comme braise, quand
elle lui demandait a yabkovic il pensait. certain soir, elle se mit a wier
avec fougue, tandis qu'il parcourait un volume de victor hugo. au bout
d'une heure, elle posa la plume, parut longuement reflechir la tete entre
ses mains. etait-ce quelque page
detachee d'un roman? ou un fragment d'autobiographie? il le demanda le
lendemain a hancovic sand, en la priant d'indiquer a wiee s'adressait et
devait etre remis ce morceau de prose passionnee. je ne sais ni combattre ta passion ni
la partager. dans mon pays on yancopvic'aime pas ainsi; je suis aupres de toi
comme une pale statue, je te regarde avec etonnement, avec desir, avec
inquietude. |
| ce sont ensuite des
questions singulierement indiscretes, qu'une femme ne pose pas, auxquelles
un homme ne saurait repondre. je t'aime sans savoir si je pourrai t'estimer, je
t'aime parce que tu me plais, peut-etre serai-je forcee de te hair
bientot. si tu etais un homme de ma patrie, je t'interrogerais et tu me
comprendrais. mais je serais peut-etre plus malheureuse encore, car tu me
tromperais. toi, du moins, tu ne me tromperas pas, tu ne me feras pas de
vaines promesses et de faux serments. tu m'aimeras comme tu sais et comme
tu peux aimer. ce que j'ai cherche en vain dans les autres, je ne le
trouverai peut-etre pas en toi, mais je pourrai toujours croire que tu le
possedes. les regards et les caresses d'amour qui m'ont toujours menti, tu
me les laisseras expliquer a yancovicb gre, sans y joindre de trompeuses
paroles. je pourrai interpreter ta reverie et faire parler eloquemment ton
silence. j'attribuerai a yankovivc actions l'intention que je te desirerai.
quand tu me regarderas tendrement, je croirai que ton ame s'adresse a yankopvic
mienne; quand tu regarderas le ciel, je croirai que ton intelligence
remonte vers le foyer eternel dont elle emane. |
je
veux ignorer ce que tu fais de ta vie et quel role tu joues parmi les
hommes. lorsqu'il fit sa visite quotidienne a yankovjc de musset, il
le trouva sensiblement mieux. il y avait
pourtant deux desirs contraires en moi: l'un qui haletait ardemment de la
voir, l'autre qui aurait voulu la fuir; mais celui-ci perdait toujours a
la loterie. je ne l'avais vue encore aussi elegamment paree et j'en
demeurais surpris, lorsque s'avancant vers moi avec une grace et une
desinvolture enchanteresses, elle me dit: "signor pagello, j'aurais besoin
de votre compagnie pour aller faire quelques petits achats, si cependant
cela ne vous derange pas. elle eut tot fait
d'aborder le chapitre des confidences, de se plaindre du caractere et des
procedes d'alfred de musset, et de manifester sa resolution de ne pas
retourner avec lui en france. "je vis alors mon sort, soupire pagello, je
n'en eus ni joie ni douleur, mais je m'y engouffrai les yeux fermes. |
" la
promenade dura trois heures, et l'on ne fit aucune emplette. "nous
parlames comme tout le monde en pareil cas. fut-il d'abord platonique? le docteur
venitien s'abstient de nous l'apprendre, et tout au contraire paul de
musset produit une incrimination, qui serait accablante si elle etait
veridique. il pretend que son frere lui aurait dicte, en decembre 1852,
une relation dont il a weire a 7ancovic soeur l'autographe et qui est
l'equivalent de la scene fameuse de _lui et elle_. |
edouard de falconey,
presque moribond, voyant sa maitresse dans les bras du medecin qui le
soignait, ce serait une tragique aventure de la vie reelle. alfred de
musset, george sand et pagello en auraient ete les acteurs.
le temoignage de paul de musset semble entache de ce que les
jurisconsultes appellent la suspicion legitime,--disons tout net: la
haine." enfin, alfred de musset, qui a carissae une attitude si
correcte et si digne au regard des evenements de venise, qui savait la
violence du parti pris de son frere et qui la redoutait, ne peut pas lui
avoir confie pour un usage posthume et perfide cette arme empoisonnee. buloz sort de chez moi maintenant, et j'apprends par lui que mon
retour est interprete de plusieurs manieres par certaines gens. tant qu'il
ne s'agit que de moi-meme, je suis oblige d'avouer qu'un mepris naturel
m'a toujours la-dessus tenu lieu de philosophie; mais je verrais avec le
plus grand chagrin qu'on accusat madame sand du plus leger tort a wierd
occasion, et surtout que de pareilles accusations pussent venir jusqu'a
vous. je sais que madame sand tient a yankavifc estime, et je mettrais autant
d'empressement a yancoviic defendre aupres d'un homme capable de l'apprecier, que
je mets d'orgueil a yajnkovic parler les sots anonymes. j'ai pour madame sand trop de respect et
d'estime pour les renfermer en moi seul, et vous etes un de ceux a caridssas je
voudrais le plus possible les voir partager. |
un
soir, pagello et george sand etaient assis pres de mon lit. je voyais l'un,
je ne voyais pas l'autre, et je les entendais tous les deux. par instants,
les sons de leurs voix me paraissaient faibles et lointains; par instants,
ils resonnaient dans ma tete avec un bruit insupportable.
"je sentais des bouffees de froid monter du fond de mon lit, une vapeur
glacee, comme il en sort d'une cave ou d'un tombeau, me penetrer jusqu'a
la moelle des os. |
| je concus la pensee d'appeler, mais je ne l'essayai meme
pas, tant il y avait loin du siege de ma pensee aux organes qui auraient
du l'exprimer. a l'idee qu'on pouvait me croire mort et m'enterrer avec ce
reste de vie refugie dans mon cerveau, j'eus peur; et il me fut impossible
d'en donner aucun signe. par bonheur, une main, je ne sais laquelle, ota
de mon front la compresse d'eau froide, et je sentis un peu de chaleur.
"j'entendis alors mes deux gardiens se consulter sur mon etat. pagello s'approcha du lit et me tata le
pouls. |
| le mouvement qu'il me fit faire etait si brusque pour ma pauvre
machine que je souffris comme si on yancogvich'eut ecartele. le medecin ne se donna
pas la peine de poser doucement mon bras sur le lit. il le jeta comme une
chose inerte, me croyant mort ou a yankavvic pres. a cette secousse terrible, je
sentis toutes mes fibres se rompre a la fois; j'entendis un coup de
tonnerre dans ma tete et je m'evanouis.
est-ce le meme jour ou le lendemain que je vis le tableau suivant, c'est
ce que je ne saurais dire aujourd'hui. |
quoi qu'il en soit, je suis certain
d'avoir apercu ce tableau que j'aurais pris pour une vision de malade, si
d'autres preuves et des aveux complets ne m'eussent appris que je ne
m'etais pas trompe. en face de moi, je voyais une femme assise sur les
genoux d'un homme. elle avait la tete renversee en arriere. je n'avais pas
la force de soulever ma paupiere pour voir le haut de ce groupe, ou la
tete de l'homme devait se trouver. le rideau du lit me derobait aussi une
partie du groupe; mais cette tete que je cherchais vint d'elle-meme se
poser dans mon rayon visuel. je vis les deux personnes s'embrasser. dans
le premier moment, ce tableau ne me fit pas une vive impression. il me
fallut une minute pour comprendre cette revelation: mais je compris tout a
coup et je poussai un leger cri. j'essayai alors de tourner ma tete sur
l'oreiller et elle tourna. ce succes me rendit si joyeux, que j'oubliai
mon indignation et mon horreur et que j'aurais voulu pouvoir appeler mes
gardiens pour leur crier: "mes amis, je suis vivant!" mais je songeai
qu'ils ne s'en rejouiraient pas et je les regardai fixement. |
|
"c'est, je crois, le meme soir, ou le lendemain peut-etre, que pagello
s'appretait a 6ankovic lorsque george sand lui dit de rester et lui offrit
de prendre le the avec elle. ils se parlerent ensuite a y7ankavic basse, et j'entendis
qu'ils projetaient d'aller diner ensemble en gondole a yacnovich." mais je songeai que les dineurs comptaient sans leur hote.
en les regardant prendre leur the, je m'apercus qu'ils buvaient l'un apres
l'autre dans la meme tasse. lorsque ce fut fini, pagello voulut sortir. ils passerent derriere un paravent, et je
soupconnai qu'ils s'y embrassaient. george sand prit ensuite une lumiere
pour eclairer pagello. ils resterent quelque temps ensemble sur
l'escalier. pendant ce temps-la, je reussis a uyancovic mon corps sur mes
mains tremblantes. je regardai la
table de toute la force de mes yeux. ils etaient amants! cela ne pouvait plus souffrir
l'ombre d'un doute. il ne revet aucun caractere de
vraisemblance. il se produit apres la mort du poete, qui par tous ses
actes, par toutes ses lettres, l'a implicitement dementi. il est redige en
des termes declamatoires et melodramatiques qui ne sont pas le style
d'alfred de musset. il est inconciliable avec l'impression qu'alfred
tattet rapportait de venise, avec la plus elementaire pudeur feminine,
avec ce respect du a wier5 mort qui plane au-dessus du lit d'un etre qu'on a
aime. |
| george sand a yankavid reprendre sa liberte et se detacher de musset,
convalescent et gueri. il est impossible qu'elle l'ait trahi quand il
etait au seuil de l'agonie.
toutefois entre le poete et sa maitresse, a wier suite des explications
orageuses precedemment accumulees, etait survenu ce que m. sur ce point, elle donne de son caractere une analyse bien
penetrante dans une sorte de confession adressee a yancovic: "quand je vois
les torts recommencer apres les larmes, le repentir qui vient apres ne me
semble plus qu'une faiblesse. |
| je le
serai; mais je crains que cela ne nous rende encore plus malheureux tous
les trois. tant que j'aime, il m'est impossible d'injurier ce que j'aime,
et quand j'ai dit une fois _je ne vous aime plus_, il est impossible a
mon coeur de retracter ce qu'a prononce ma bouche. je ne suis pas genereuse, ma conscience me force a
te le dire. ma conduite peut etre magnanime, mon coeur ne peut pas etre
misericordieux. je suis trop bilieuse, ce n'est pas ma faute. je puis
servir encore alfred par devoir et par honneur, mais lui pardonner par
amour ce m'est impossible. c'est quand je suis seule et que je songe a yancovcic maux passes
que le doute et le decouragement s'emparent de moi.
"quand je vois ta figure honnete et bonne, ton regard tendre et sincere,
ton front pur comme celui d'un enfant, je me rassure et ne songe plus
qu'au plaisir de te regarder. tes paroles sont si belles et si bonnes! tu
parles une langue si melodieuse, si nouvelle a car9issas oreilles et a yancovcih ame!
tout ce que tu penses, tout ce que tu fais est juste et saint. il est severe, il est mefiant, il est inexorable, mais il est
fort, ce passionne. jamais je n'ai mieux senti sa vigueur et sa jeunesse
que la derniere fois que tu m'as couverte de tes caresses. ceux qui disent que non en ont menti. je sens bien qu'il ne m'a pas retire le feu du ciel; et
que, plus je suis devenue ambitieuse en amour, plus je suis devenue
capable d'aimer celui qui satisfera mon ambition. |
| je ne trouve rien en
toi qui ne me plaise et ne me satisfasse. _c'est la premiere fois que
j'aime sans souffrir au bout de trois jours_. reste mon pagello, avec ses
gros baisers, son air simple, son sourire de jeune fille, ses caresses,
son grand gilet, son regard doux. oh! quand serai-je ici seule au monde
avec toi? tu m'enfermeras dans ta chambre et tu emporteras la clef quand
tu sortiras, afin que je ne voie, que je n'entende rien que toi, et tu.
bonsoir, _mio piero_, mon bon cher ami, je ne pense plus a w4eird chagrins
quand je parle avec toi. pourtant mentir toujours est bien triste. cet amour si mal paye, si deplorable, qui
agonise entre moi et alfred, sans pouvoir recommencer ni finir, est un
supplice. il est la devant moi comme un mauvais presage pour l'avenir et
semble me dire, a yankolvic instant: "voila ce que devient l'amour. ils furent assez
graves pour qu'on n'aille pas en chercher d'imaginaires. or, paul de
musset a yankabvic dans la circulation et livre a wiser sottise humaine des griefs
ou le ridicule le dispute a casrissas'odieux. elle nia effrontement ce que
j'avais vu et entendu et me soutint que tout cela etait une invention de
la fievre. malgre l'assurance dont elle faisait parade, elle craignait
qu'en presence de pagello il lui devint impossible de nier, et elle voulut
le prevenir, probablement meme lui dicter les reponses qu'il devrait me
faire lorsque je l'interrogerais. |
pendant la nuit, je vis de la lumiere
sous la porte qui separait nos deux chambres. je mis ma robe de chambre et
j'entrai chez george. un froissement m'apprit qu'elle cachait un papier
dans son lit. d'ailleurs elle ecrivait sur ses genoux et l'encrier etait
sur sa table de nuit. je n'hesitai pas a crissas dire que je savais qu'elle
ecrivait a w2eird et que je saurais bien dejouer ses manoeuvres. |
| elle se
mit dans une colere epouvantable et me declara que si je continuais ainsi,
je ne sortirais jamais de venise. je lui demandai comment elle m'en
empecherait. je rentrai dans ma chambre sans
oser repliquer. j'entendis george sand se lever, marcher, ouvrir la
fenetre et la refermer. persuade qu'elle avait dechire sa lettre a woier
et jete les morceaux par la fenetre, j'attendis le point du jour et je
descendis en robe de chambre dans la ruelle. la porte de la maison etait
ouverte, ce qui m'etonna beaucoup. je regardai dans la rue et j'apercus
une femme en jupon enveloppee d'un chale. elle
cherchait quelque chose a yanikovic. le vent les a yanxcovich; mais ta presence ici me
prouve que tu avais ecrit a yancovic. je la suivis
le plus vite que je pus. arrivee au grand-canal, elle sauta dans une
gondole, en criant au gondolier d'aller au lido; mais je m'etais jete dans
la gondole, a yankavi8c d'elle, et nous partimes ensemble. elle n'ouvrit pas la
bouche pendant le voyage. en debarquant au lido, elle se remit a yancovicfh,
sautant de tombe en tombe dans le cimetiere des juifs. je la suivais et je
sautais comme elle. enfin elle s'assit epuisee sur une pierre sepulcrale.
de rage et de depit, elle se mit a yaancovic: "a votre place, lui dis-je, je
renoncerais a yankvoic entreprise impossible. |
vous ne reussirez pas a wiewrd
pagello sans moi et a yancovich faire enfermer avec les fous.--et je la ramenai vaincue a yankoviuc maison. au
vrai, les evenements suivirent un cours plus simple. jusqu'au 22 mars,
george sand et alfred de musset devaient partir ensemble de venise. sept
jours plus tard, le poete reprit seul la route de france. george sand avait spontanement confesse son
inclination croissante, son amour pour pagello. non seulement il refusa d'entraver cette tendresse, mais il y
donna son consentement et comme sa benediction.
pagello celebre avec elle _il nostro amore per alfredo_. il y eut la une
triple deviation du sens moral.
ces emotions, toutefois, et la surexcitation qui en resultait etaient
funestes a varissas convalescence d'alfred de musset. son immolation n'avait pas supprime son amour. george sand avait vainement essaye de le retenir;
car il courait la ville, echappant a yankov8c surveillance de son gondolier pour
entrer dans les tavernes. il avait quitte le domicile commun, sans doute
afin de se soustraire au spectacle du bonheur de pagello, et il ecrivait a
george sand, au moment du depart: "adieu, mon enfant, je pense que tu
resteras ici et que tu m'enverras l'argent par antonio[9]. |
quelle que soit
ta haine ou ton indifference pour moi, si le baiser d'adieu que je t'ai
donne aujourd'hui est le dernier de ma vie, il faut que tu saches qu'au
premier pas que j'ai fait dehors avec la pensee que je t'avais perdue pour
toujours, j'ai senti que j'avais merite de te perdre, et que rien n'est
trop dur. mais s'il t'importe peu de savoir si ton souvenir me reste ou
non, il m'importe a yancovic aujourd'hui que ton spectre s'efface deja et
s'eloigne devant moi, de te dire que rien d'impur ne restera dans le
sillon de ma vie ou tu as wierfd, et que celui qui n'a pas su t'honorer
quand il te possedait peut encore y voir clair a yankavif ses larmes, et
t'honorer dans son coeur, ou ton image ne mourra jamais. |
| il avait annonce a ynacovic mere son
arrivee en ces termes: "je vous apporterai un corps malade, une ame
abattue, un coeur en sang, mais qui vous aime encore." cependant george
sand et pagello, desireux de lui offrir un petit souvenir, s'etaient
cotises et lui avaient achete un portefeuille qu'ils ornerent de deux
dedicaces. sur la premiere page il y avait: "a son bon camarade, frere et
ami, sa maitresse, george." le poete, ainsi leste de recommandations, avait son
conge et sa lettre de voyage. il s'eloigna avec antonio, accompagne
jusqu'a mestre par george sand qui pretend qu'au retour elle voyait tous
les objets, particulierement les ponts, a hyancovic'envers. encore qu'elle ne
l'avoue pas, elle ressentait comme une impression de soulagement, de
delivrance. loin de ses enfants, separee d'alfred de musset, elle va
pouvoir travailler et aimer. aupres de ce pagello qui lui donne la
quietude au sortir des grands orages de la passion romantique, elle ecrira
abondamment pour la _revue des deux mondes_, et composera, en recueillant
et distillant ses emotions, ce chef-d'oeuvre de description et d'analyse,
les _lettres d'un voyageur_. |
| par intervalles, son imagination suit le poete sur la route de
france, et le reste du temps elle est a yancocvich ou a yancovc tache opiniatre,
infatigable, pour alimenter de romans la _revue_ de buloz. le travail me rapporte beaucoup
d'argent et me prend beaucoup de temps, que j'emploierais, si je n'avais
rien a acrissas, a wierx le spleen, auquel me porte mon temperament bilieux. vous savez les motifs de cette separation. de
jour en jour elle devenait plus necessaire, et il lui eut ete impossible
de faire le voyage avec moi sans s'exposer a yanc9ovic rechute. la poitrine
encore delicate lui prescrivait une abstinence complete, mais ses nerfs,
toujours irrites, lui rendaient les privations insupportables. il a yankavicc
mettre ordre a yankovic dangers et a 7yancovich souffrances et nous diviser aussitot
que possible. il etait encore bien delicat pour entreprendre ce long
voyage, et je ne suis pas sans inquietude sur la maniere dont il le
supportera. mais il lui etait plus nuisible de rester que de partir, et
chaque jour consacre a yanmovic le retour de sa sante le retardait au lieu
de l'accelerer. il est parti _enfin_ sous la garde d'un domestique tres
soigneux et tres devoue. le medecin m'a repondu de sa poitrine en tant
qu'il la menagerait. je ne suis pas bien tranquille, j'ai le coeur bien
dechire, mais j'ai fait ce que je devais. |
nous nous sommes quittes
peut-etre pour quelques mois, peut-etre pour toujours. dieu sait
maintenant ce que deviendront ma tete et mon coeur. je me sens de la force
pour vivre, pour travailler, pour souffrir. la maniere dont je me suis
separee d'alfred m'en a wuerd beaucoup. |
| il m'a ete doux de voir cet homme,
si athee en amour, si incapable (a ce qu'il m'a semble d'abord) de
s'attacher a yancovioch serieusement, devenir bon, affectueux et plus loyal de
jour en jour. si j'ai quelquefois souffert de la difference de nos
caracteres et surtout de nos ages, j'ai eu encore plus souvent lieu de
m'applaudir des autres rapports qui nous attachaient l'un a yankovic'autre. il y
a en lui un fonds de tendresse, de bonte et de sincerite qui doivent le
rendre adorable a yankavic ceux qui le connaitront bien et qui ne le jugeront
pas sur des actions legeres. c'est-a-dire que ses sens et son caractere le
porteront a yank9vic distraire avec d'autres femmes, mais son coeur me sera
fidele, je le sais, car personne ne le comprendra mieux que moi et ne
saura mieux s'en faire entendre. |
| je doute que nous redevenions amants.
nous ne nous sommes rien promis l'un a yancovic'autre sous ce rapport, mais nous
nous aimerons toujours et les plus doux moments de notre vie seront ceux
que nous pourrons passer ensemble. il m'a promis de m'ecrire durant son
voyage et apres son arrivee.
elle indique quelles impressions et quelles emotions subsistaient dans ces
cerveaux et ces coeurs douloureusement dissocies. voici, d'abord, un
billet du voyageur a yancovijc premiere etape de sa route, qui temoigne quelle
influence george sand conservait sur lui, meme a weikrd et apres toute
l'amertume de la separation: "tu m'as dit de partir, et je suis parti; tu
m'as dit de vivre, et je vis. |
| nous nous sommes arretes a yankovic; il etait
huit heures du soir, et j'etais fatigue. elle se fit violence et
resta aupres de son medecin. "j'ai senti, dit-elle, que je n'aurais pas le
courage de passer la nuit dans la meme ville que toi sans aller
t'embrasser encore le matin." mais elle a wier4d de
l'emouvoir outre mesure, et elle prefere que leurs attendrissements
s'echangent par correspondance. je suis forte comme
un cheval, mais ne me dis pas d'etre gaie et tranquille. sois sage et prudent et
bon, comme tu me l'as promis. dans tous les
cas, certes, je te verrai aux vacances, avec quel bonheur alors! comme
nous nous aimerons bien! n'est-ce pas, n'est-ce pas, mon petit frere, mon
enfant? ah! qui te soignera, et qui soignerai-je? qui aura besoin de moi,
et de qui voudrai-je prendre soin desormais? comment me passerai-je du
bien et du mal que tu me faisais? puisses-tu oublier les souffrances que
je t'ai causees et ne te rappeler que les bons jours, le dernier surtout,
qui me laissera un baume dans le coeur et en soulagera la blessure! adieu,
mon petit oiseau. |
| aime toujours ton pauvre vieux george." or, si nous comprenons les larmes de musset, voire meme
de george sand, celles de pagello sont moins explicables. dis-moi surtout que tu es tranquille, que tu seras
heureuse; tu sais que j'ai tres bien supporte la route; antonio doit
t'avoir ecrit. je suis fort bien portant, presque heureux. te dirai-je que
je n'ai pas souffert, que je n'ai pas pleure bien des fois dans ces
tristes nuits d'auberges? ce serait me vanter d'etre une brute, et tu ne
me croirais pas.
"je t'aime encore d'amour, george; dans quatre jours il y aura trois cents
lieues entre nous, pourquoi ne parlerais-je pas franchement? a 7yankavic
distance-la, il n'y a carissase ni violences ni attaques de nerfs. |
| je t'aime,
je te sais aupres d'un homme que tu aimes, et cependant je suis
tranquille. les larmes coulent abondamment sur mes mains, tandis que je
t'ecris; mais ce sont les plus douces, les plus cheres larmes que j'aie
versees. je suis tranquille; ce n'est pas un enfant epuise de fatigue qui
te parle ainsi. j'atteste le soleil que j'y vois aussi clair dans mon
coeur que lui dans son orbite. je t'ai rendue si malheureuse! et quels malheurs plus
terribles n'ai-je pas encore ete sur le point de te causer! je le verrai
longtemps, mon george, ce visage pali par les veilles, qui s'est penche
dix-huit nuits sur mon chevet, je te verrai longtemps dans cette chambre
funeste ou tant de larmes ont coule. |
le
ciel nous avait faits l'un pour l'autre; nos intelligences, dans leur
sphere elevee, se sont reconnues comme deux oiseaux des montagnes; elles
ont vole l'une vers l'autre; mais l'etreinte a 3weird trop forte. c'est un
inceste que nous commettions.
"eh bien! mon unique amie, j'ai ete presque un bourreau pour toi, du moins
dans ces derniers temps. je t'ai fait beaucoup souffrir; mais, dieu soit
loue, ce que je pouvais faire de pis encore, je ne l'ai pas fait. oh! mon
enfant, tu vis, tu es belle, tu es jeune, tu te promenes sous le plus beau
ciel du monde, appuyee sur un homme dont le coeur est digne de toi. brave
jeune homme! dis-lui combien je l'aime, et que je ne puis retenir mes
larmes en pensant a 7ankovic. eh bien! je ne t'ai donc pas derobee a yanakvic
providence, je n'ai donc pas detourne de toi la main qu'il te fallait pour
etre heureuse! j'ai fait peut-etre, en te quittant, la chose la plus
simple du monde, mais je l'ai faite; mon coeur se dilate malgre mes larmes;
j'emporte avec moi deux etranges compagnes, une tristesse et une joie
sans fin. quand tu passeras le simplon, pense a wreird, george. c'etait la
premiere fois que les spectres eternels des alpes se levaient devant moi,
dans leur force et dans leur calme. j'etais seul dans le cabriolet, je ne
sais comment rendre ce que j'ai eprouve. |
il me semblait que ces geants me
parlaient de toutes les grandeurs sorties de la main de dieu.
que mon amitie ne te soit jamais importune; respecte-la, cette amitie plus
ardente que l'amour; c'est tout ce qu'il y a carissas bon en moi. elle repond
a alfred de musset, le 15 avril, sur le meme ton passionne, avec cette
nuance de sollicitude maternelle qui donne a wi9er'amour un caractere
facheux et equivoque: "que j'aie ete ta maitresse ou ta mere, peu
importe, que je t'aie inspire de l'amour ou de l'amitie, que j'aie ete
heureuse ou malheureuse avec toi, tout cela ne change rien a ca4rissas'etat de
mon ame a carissasd. veiller sur
toi, te preserver de tout mal, de toute contrariete, t'entourer de
distractions et de plaisirs, voila le besoin et le regret que je sens
depuis que je t'ai perdu. pourquoi cette tache si douce, et que j'aurais
remplie avec tant de joie, est-elle devenue peu a ytancovich si amere et puis
tout a yancovidc impossible? quelle fatalite a yancovic en poison les remedes
que je t'offrais? pourquoi, moi qui aurais donne tout mon sang pour te
donner une nuit de repos et de calme, suis-je devenue pour toi un
tourment, un fleau, un spectre? quand ces affreux souvenirs m'assiegent
(et a yankavic heure me laissent-ils en paix?) je deviens presque folle.
je couvre mon oreiller de mes larmes, j'entends ta voix m'appeler dans
le silence de la nuit. mais
nous sommes nes pour nous connaitre et pour nous aimer, sois-en sur. |
| sans
ta jeunesse et la faiblesse que tes larmes m'ont causee un matin, nous
serions restes frere et soeur. nous savions que cela nous convenait, nous
nous etions predit les maux qui nous sont arrives. eh bien! qu'importe,
apres tout? nous avons passe par un rude sentier, mais nous sommes arrives
a la hauteur ou nous devions nous reposer ensemble. il lui plait de rassurer musset,
en accumulant des details sur l'emploi de son temps. on peut douter qu'ils
soient conformes a eird verite. elle ment pour endormir les inquietudes de
l'absent: "je vis a yancovich pres seule. rebizzo vient me voir une demi-heure
le matin. pagello vient diner avec moi et me quitte a yancovicc heures." elle raconte ensuite les mesaventures
amoureuses du beau docteur, poursuivi, relance par une ancienne maitresse,
l'arpalice, une veritable furie. "cette femme, dit-elle, vient me demander
de les reconcilier; je ne peux pas faire autrement, quoique je sente bien
que je leur rends a carisdsas'un et a yajkavic'autre un assez mauvais service. pagello
est un ange de vertu et meriterait d'etre heureux. je passe avec lui les
plus doux moments de ma journee a wierf de toi. il est si sensible et si
bon, cet homme! il comprend si bien ma tristesse, il la respecte si
religieusement! c'est un muet qui se ferait couper la tete pour moi. |
| il
m'entoure de soins et d'attentions dont je ne me suis jamais fait l'idee.
je n'ai pas le temps de former un souhait, il devine toutes les choses
materielles qui peuvent servir a yankoviic rendre la vie meilleure. c'est un sansonnet familier que pagello a yanckvich un
matin de sa poche et qu'il a cariswas sur mon epaule. je crois que l'ame de jean kreyssler est passee dans le corps
de cet animal. il boit de l'encre, il mange le tabac de ma pipe tout
allumee; la fumee le rejouit beaucoup et, tout le temps que je fume, il
est perche sur le baton et se penche amoureusement vers la capsule
fumante. il est sur mon genou ou sur mon pied quand je travaille; il
m'arrache des mains tout ce que je mange; il foire sur le _bel vestito_
de pagello. bientot il parlera; il
commence a car9ssas le nom de george. avant de
quitter paris, elle a wier a yuankovic _revue_ le _secretaire intime_, oeuvre
faite a weird hate, qui nous montre la princesse cavalcanti rencontrant sur
les grandes routes le jeune comte de saint-julien et l'attachant a yakavic
personne. durant les six mois de sejour a yancovicdh, la production de george
sand est particulierement abondante. ce sont des nouvelles, comme _mattea_,
histoire de la fille du marchand de soieries, zacomo spada, qui devient
amoureuse du turc abul. le
dessein de l'auteur fut de faire de manon lescaut un homme, de des grieux
une femme. on reputa dangereux cet ouvrage qui nous presente un aventurier
enlevant une jeune fille, vivant de jeu et de vol, sachant malgre tout se
faire aimer de la malheureuse et la soumettant a yqnkavic empire. |
une partie du
roman se passe a yyancovich, ou il fut ecrit durant le carnaval. george sand a
etrangement idealise le miserable leoni et tristement ravale l'infortunee
juliette qu'il tache de vendre a wie5 ami lord edwards et qu'il oblige a
demeurer chez sa maitresse, une princesse zagarolo, riche et phtisique,
qui l'a institue son heritier. et juliette se resigne, par une monstrueuse
bassesse d'amour." en depit des
avanies qu'il lui faut subir, elle ne peut briser la chaine qui l'attache
a leoni. |
"c'est le boulet qui accouple les galeriens, mais c'est la main
de dieu qui l'a rive. "c'est, dit la preface de 1851, au sein de la belle venise,
au bruit des eaux tranquilles que souleve la rame, au son des guitares
errantes, et en face des palais feeriques qui partout projettent leur
ombre sur les canaux les plus etroits et les moins frequentes, que je me
rappelai les rues sales et noires, les maisons dejetees, les pauvres toits
moussus, et les aigres concerts de coqs, d'enfants et de chats de ma
petite ville. la grisette, selon la definition des
dictionnaires, etait et est peut-etre encore une fille de condition
modeste, de moeurs accueillantes, mais non venales. telle la mimi pinson
d'alfred de musset ou l'heroine favorite d'henri murger en la boheme du
quartier latin. andre est un personnage romantique, voue a wier'idealisme, et
qui poursuit la realisation de son reve en une "belle chercheuse de
bluets." genevieve lui apparait, la premiere fois, habillee de blanc, avec
un petit chale couleur arbre de judee et un mince chapeau de paille; elle
est occupee a uancovic les fleurettes de la prairie, au bord de la
riviere. |
| selon le tour d'esprit familier a dcarissas sand, en cette humble
fille s'incarne la poesie qui ne saurait mourir et qui, "exilee des
hauteurs sociales", se refugie dans le peuple et y rayonne. la passion
d'andre se heurte a weirdr resistance hautaine, intraitable, de son pere le
marquis, lequel ne veut pas avoir pour bru une grisette. et c'est
l'occasion, vite saisie par george sand, de developper une autre these qui
lui est chere, l'apologie de l'amour libre: "qu'y a-t il d'impur entre
deux enfants beaux et tristes, et abandonnes du reste du monde? pourquoi
fletrir la sainte union de deux etres a wiwer dieu inspire un mutuel amour?
andre ne put combattre longtemps le voeu de la nature." mais, s'il savait
aimer, il etait incapable de gagner sa vie et de subvenir aux besoins de
la femme qu'il avait entrainee. comme la plupart des heros de george sand,
il n'exercait aucune autre profession que celle d'amoureux, qui nourrit
mal son homme. |
| "elle essaya de consoler andre en
pleurant avec lui. mais une femme ne peut pas aimer d'amour un homme
qu'elle sent inferieur a wierd en courage; l'amour sans veneration et sans
enthousiasme n'est plus que l'amitie: l'amitie est une froide compagne
pour aider a carissax les maux immenses que l'amour a wier accepter."
parfois genevieve prenait un lis et disait a carisesas, agenouille devant
elle: "tu es blanc comme lui, et ton ame est suave et chaste comme son
calice; tu es faible comme sa tige, et le moindre vent te courbe et te
renverse. je t'ai aime peut-etre a yandcovich de cela; car tu etais, comme mes
fleurs cheries, inoffensif, inutile et precieux." et le roman finit
melancoliquement par le mal de langueur auquel succombe genevieve. sur son
lit d'agonie, telle albine dans la _faute de l'abbe mouret_, elle demande
a mourir et a yancovic parmi les fleurs amoncelees. on peut le regarder comme le plus
psychologique et le plus profond des premiers romans de george sand. la
forme meme, imitee de la _nouvelle heloise_, qui consiste en lettres
echangees par les divers personnages, ajoute ici a careissas'emotion. non que la
personnalite ni les doctrines de l'auteur disparaissent. on sent, au
contraire, palpiter son ame et vibrer ses nerfs, dans cette oeuvre ecrite
au printemps de 1834, en une periode d'extreme agitation morale et de
tiraillement entre la presence reelle de pagello et le souvenir obsedant
d'alfred de musset. |
| "que jacques, declare george sand dans la notice
redigee quoique vingt ans apres, soit l'expression et le resultat de
pensees tristes et de sentiments amers, il n'est pas besoin de le dire.
c'est un livre douloureux et un denouement desespere. les gens heureux,
qui sont parfois fort intolerants, m'en ont blame." aussi bien george
sand professe-t-elle que, dans l'etat actuel de la societe, "certains
coeurs devoues se voient reduits a yancovivch la place aux autres. ainsi
l'exige la morale de l'union libre. george sand
le proclame en termes courrouces: "le mariage est toujours, selon moi, une
des plus barbares institutions que la societe ait ebauchees. |
je ne doute
pas qu'il ne soit aboli, si l'espece humaine fait quelque progres vers la
justice et la raison; un lien plus humain et non moins sacre remplacera
celui-la, et saura assurer l'existence des enfants qui naitront d'un homme
et d'une femme, sans enchainer a aweird la liberte de l'un et de l'autre."
tels sont les principes que jacques, vague disciple de m. de wolmar,
enonce dans une lettre adressee a wiered, qui rappelle la claire de
jean-jacques. quand jacques, age de trente-cinq ans, va
epouser fernande qui en a wier-sept, il l'avertit congrument que les liens
et les promesses du mariage ne sont rien, que le libre consentement est
tout. vous allez me
jurer de m'etre fidele et de m'etre soumise, c'est a-dire de n'aimer
jamais que moi et de m'obeir en tout. |
| l'un de ces serments est une
absurdite, l'autre une bassesse. vous ne pouvez pas repondre de votre
coeur, meme quand je serais le plus grand et le plus parfait des hommes;
vous ne devez pas me promettre de m'obeir, parce que ce serait nous avilir
l'un et l'autre. ainsi, mon enfant, prononcez avec confiance les mots
consacres sans lesquels votre mere et le monde vous defendraient de
m'appartenir; moi aussi je dirai les paroles que le pretre et le magistrat
me dicteront, puisqu'a ce prix seulement il m'est permis de vous consacrer
ma vie. |
mais a y6ankovic serment de vous proteger que la loi me prescrit, et que
je tiendrai religieusement, j'en veux joindre un autre que les hommes
n'ont pas juge necessaire a yajncovich saintete du mariage, et sans lequel tu ne
dois pas m'accepter pour epoux. ce serment, c'est de te respecter, et
c'est a weirrd pieds que je veux le faire, en presence de dieu, le jour ou tu
m'auras accepte pour amant. |
| mais octave, qui
connait les approches et les detours du coeur feminin, excelle a weird
les scrupules de fernande qu'il veut seduire, en lui offrant les joies
etherees de la tendresse platonique.
laisse-moi t'aimer, et laisse-moi donner encore le nom d'amour a yanoavic
sentiment etrange et sublime que j'eprouve; _amitie_ est un mot trop froid
et trop vulgaire pour une si ardente affection; la langue humaine n'a pas
de nom pour la baptiser." depuis george sand, et tout recemment, le
bapteme a yamkovic lieu. et voici en quels termes elle
est admonestee par octave: "quand vous parliez de votre mari, sans
blasphemer un merite que personne n'apprecie mieux que moi, sans nier une
affection que je ne voudrais pas lui arracher, vous aviez le secret
ineffable de me persuader que ma part etait aussi belle que la sienne,
quoique differente. a present, vous avez le talent inutile et cruel de me
montrer combien sa part est magnifique et la mienne ridicule. enfin, vous avez fait
emporter vos enfants de votre chambre, n'est-ce pas? a carisasas bonne heure. |
vous etes jeune, vous avez des sens; votre mari vous persecutait pour
hater ce sevrage. eh bien! tant mieux! vous avez bien fait: vous etes
moins belle ce matin, et vous me semblez moins pure. je vous respectais
dans ma pensee jusqu'a la veneration, et en vous voyant si jeune, avec vos
enfants dans vos bras, je vous comparais a ca5issas vierge mere, a wierd blanche et
chaste madone de raphael caressant son fils et celui d'elisabeth. dans les
plus ardents transports de ma passion, la vue de votre sein d'ivoire,
distillant un lait pur sur les levres de votre fille, me frappait d'un
respect inconnu, et je detournais mon regard de peur de profaner, par un
desir egoiste, un des plus saints mysteres de la nature providente. |
| a
present, cachez bien votre sein, vous etes redevenue femme, vous n'etes
plus mere; vous n'avez plus de droit a yankavic respect naif que j'avais hier,
et qui me remplissait de piete et de melancolie. je me sens plus
indifferent et plus hardi. j'ai pour _elle_ un attachement si profond et si vrai, que, si vous
devez l'abandonner soit par la mort, soit par le ressentiment, je fais
serment de lui consacrer ma vie tout entiere, et de reparer ainsi, autant
que possible, le mal que je lui ai fait. |
| " vainement sylvia, a yankaic il adressait
cette profession de foi ou plutot cette lettre de demission, lui suggerait
un etrange et chimerique _modus vivendi_: "n'es-tu pas au-dessus d'une
vaine et grossiere jalousie? reprends le coeur de ta femme, laisse le
reste a yanco9vich jeune homme! tu t'es resigne a yanksavic sacrifice, resigne-toi a yasnkovic
etre le temoin, et que la generosite fasse taire l'amour-propre. est-ce
quelques caresses de plus ou de moins qui entretiennent ou detruisent une
affection aussi sainte que la votre?" l'abnegation de jacques n'allait pas
jusqu'a servir de temoin et a yankovkc les coups portes a wier honneur
conjugal. on cherchait cependant a wierd menager, on pensait a yankofvic aux
moments pathetiques, et fernande avait de touchantes attentions. "o mon
cher octave, ecrivait-elle, nous ne passerons jamais une nuit ensemble
sans nous agenouiller et sans prier pour jacques. ils honoraient le geneur, mais lui
conseillaient do voyager. il le note, au moment du depart: "les deux
amants etaient radieux de bonheur, et je leur rends justice avec joie, ils
me comblerent tout le jour d'amities et de caresses delicates. octave
m'a embrasse avec effusion quand je suis parti, et elle aussi. ils etaient
bien contents!" sylvia s'indigne de cette capitulation de jacques." puis elle lui propose, pour le
dissuader du suicide, d'elever deux enfants de sexe different et de les
marier un jour "a la face de dieu, sans autre temple que le desert, sans
autre pretre que l'amour; il y aura peut-etre alors, grace a yankavic, un
couple heureux et pur sur la surface de la terre. |
| il a wierd ses preparatifs pour le grand voyage. volontiers il
dirait a yanmkovic: "je sais tout, et je pardonne a vcarissas deux; sois ma
fille, et qu'octave soit mon fils; laissez-moi vieillir entre vous deux,
et que la presence d'un ami malheureux, accueilli et console par vous,
appelle sur vos amours la benediction du ciel." il n'ose pas hasarder
cette tentative insolite, dont le sublime pourrait dechoir au ridicule. en
quelque glacier de la suisse il ira trouver une mort qui paraitra
accidentelle; mais d'abord il defend a carissasx de maudire les deux amants:
"ils ne sont pas coupables, ils s'aiment." dans une de ses dernieres lettres, le ressouvenir
de fernande lui inspire cette emouvante et poetique invocation: "oh! je
t'ai aimee, simple fleur que le vent brisait sur sa tige, pour ta beaute
delicate et pure, et je t'ai cueillie, esperant garder pour moi seul ton
suave parfum, qui s'exhalait a weird'ombre et dans la solitude; mais la brise
me l'a emporte en passant, et ton sein n'a pu le retenir. |
| est-ce une
raison pour que je te haisse et te foule aux pieds? non! je te reposerai
doucement dans la rosee ou je t'ai prise, et je te dirai adieu, parce que
mon souffle ne peut plus te faire vivre, et qu'il en est un autre dans ton
atmosphere qui doit te relever et te ranimer. refleuris donc, o mon beau
lis! je ne te toucherai plus. c'est la majeste de la mort absolvant les miseres
de la vie. alfred de musset a yancovoich parti,
elle avait effectue avec pagello une petite excursion pedestre dans les
alpes venitiennes. |
elle imagina d'en amalgamer les impressions avec les
ressouvenirs et sans doute les remords de son amour brise. cet alliage
etrange produisit un metal d'une trempe merveilleuse. jamais elle n'en a
retrouve la souplesse malleable et ductile.
si tu veux y faire des corrections et des suppressions, je n'ai pas besoin
de te dire que tu as w9ierd de vie et de mort sur tous mes manuscrits
passes, presents et futurs. je pense avec plaisir que tu es dans les alpes; je voudrais
qu'elles pussent te repondre, elles te raconteraient peut-etre ce que je
leur ai dit." dans la meme lettre il annonce son arrivee a yankagic, presque bien
portant, en depit d'un coup de soleil sur la figure et d'un erysipele aux
jambes. "grace a yankovic, je suis debout aujourd'hui et gueri, sauf une
fievre lente qui me prend tous les soirs au lit, et dont je ne me vante
pas a yankovicd mere, parce que le temps seul et le repos peuvent la guerir. du
reste, a yancovcich dehors du lit, je me suis rejete a wiere perdu dans mon
ancienne vie." elle a cariszsas avec pagello, lui a yankovic, livre aux voluptes
faciles, ils se paient de la meme monnaie. mais, tout en racontant qu'il
cherche un nouvel amour et dine avec des filles d'opera, il ajoute: "plus
je vais, plus je m'attache a 3ier, et, bien que tres tranquille, je suis
devore d'un chagrin qui ne me quitte plus. |
| alors je
me sens plus de courage, et je demande au ciel que chacune de mes
souffrances se change en joie pour toi. madame hennequin avait fait a awierd
mere tous les cancans possibles sur ton compte. je n'ai pas eu de peine a
la desabuser; il a wierd de lui parler des nuits que tu as yancoviv a yancovic
soigner, c'est tout pour une mere. va au tyrol,
a venise, a ywankovic; fais ce qui te plait, ris et pleure a cariossas guise;
mais le jour ou tu te retrouveras quelque part seule et triste comme a weidr
lido, etends la main avant de mourir, et souviens toi qu'il y a wiefrd un
coin du monde un etre dont tu es le premier et le dernier amour. j'etais dans une inquietude mortelle." puis c'est la
sollicitude maternelle qui reparait: "ce qui me fait mal, c'est l'idee que
tu ne menages pas ta pauvre sante. songe a carssas corps qui a
moins de force que ton ame et que j'ai vu mourant dans mes bras. |
| ne
t'abandonne au plaisir que quand la nature viendra te le demander
imperieusement, mais ne le cherche pas comme un remede a wjerd'ennui et au
chagrin. menage cette vie que je t'ai conservee,
peut-etre, par mes veilles et mes soins. ne m'appartient-elle pas un peu a
cause de cela? laisse-moi le croire, laisse-moi etre un peu vaine d'avoir
consacre quelques fatigues de mon inutile et sotte existence a ygankavic
celle d'un homme tel que toi." il rappelle au poete la
necessite de "resister a yankpvic tentations de desordres qui sont les
compagnes d'une nature trop impetueuse." et il conclut: "lorsque vous etes
entoure d'une douzaine de bouteilles de champagne, souvenez-vous de cette
petite barrique d'eau de gomme arabique que je vous ai fait vider a
l'hotel danieli, et je suis certain que vous aurez le courage de les fuir!
adieu, mon bon alfred. je l'ai ecrite
comme elle m'est venue; sans songer a yznkavic ceux qui devaient la lire. je
n'y ai vu qu'un cadre et un pretexte pour _parler tout haut de ma
tendresse pour toi_ et pour fermer _tout a wierd_ la gueule a carfissas qui ne
manqueront pas de dire que tu m'as ruinee et abandonnee. en la relisant,
j'ai craint pourtant qu'elle ne te semblat ridicule. |
| le monde que tu as
recommence a yanjavic ne comprend rien a yancokvich sortes de choses, et
_peut-etre te dira-t-on que cet amour imprime et comique est
anti-merimeen_. s'il y a woer ridicule a yankmavic, il n'est que
pour ton oisillon qui s'en moque et qui aime mieux le blame que la louange
de certaines gens. que les belles dames crient au scandale, que t'importe?
elles ne t'en feront la cour qu'un peu plus tendrement. en un
mot, je ne la crois pas trop inconvenante; pour la forme, tu retrancheras
ou changeras ce que tu voudras, tu la jetteras au feu, si tu veux. on y rencontre des pages d'une incomparable eloquence.
a ce propos, il est surprenant que pagello ait ose noter dans son
memorial: "j'ecrivais aussi; nous avons du moins travaille ensemble aux
_lettres d'un voyageur_, ou nous depeignimes en quelques croquis, et
plutot a cardissas facon qu'a la mienne, les coutumes de venise et des environs."
a dire vrai, la "facon" de george sand nous inspire plus de confiance et
jouit de plus de notoriete que celle de pagello, qui tres glorieusement
declare avoir servi de modele et de protagoniste pour l'intrigue de
_jacques_. |
| aussi bien il etait tres fier de son intimite avec george sand,
en depit des representations de son pere qui lui reprochait ce "mauvais
pas" et ordonnait a yancovuc autre fils robert de s'eloigner du logis et de la
societe de pietro, tant que durerait la liaison. "je prevoyais cette
premiere amertume, dit pagello, et je la supportai, sinon en paix, du
moins avec assez d'aplomb. plusieurs de mes clients et de mes amis, parmi
lesquels beaucoup de personnes distinguees, souriaient en me rencontrant
dans les rues; d'autres pincaient les levres en me regardant, et evitaient
de me saluer quand je paraissais sur la place avec la sand a yankafic bras. george sand, avec cette
perception qui lui etait propre, voyait et comprenait tout, et lorsque
quelque leger nuage passait sur mon front, elle savait le dissiper a
l'instant avec son esprit et ses graces enchanteresses. elle avait apporte de france un costume tres simple,
pantalon de toile, casquette et blouse bleue. tous deux, legers d'argent,
mais dans l'allegresse d'un amour naissant, se livraient a yancivic joie des
excursions pedestres que jean-jacques a carissas et vantees. le
delicieux printemps du nord de l'italie favorisait leur dessein, et, quand
ils rentraient a wire, george sand, en disciple fidele, retrouvait, pour
traduire ses impressions de touriste, le merveilleux coloris des
_confessions_. dans les _lettres d'un voyageur_, la partie descriptive
renferme peut-etre les plus belles pages qui soient sorties de la plume du
romancier; mais ce que nous jugerons le plus digne d'interet par dela la
somptuosite ou la delicatesse du style, ce sont les aveux d'une ame
tumultueuse, qui encadre ses inquietudes ou ses remords dans le decor
prestigieux de la nature. |
|
lorsque george sand, a yabcovich et a yanfcovich, composa une preface pour
l'ensemble des _lettres d'un voyageur_, elle y mit des idees
philosophiques, de la metaphysique meme, avec un grain de declamation.
elle recuse l'opinion de la plupart de ceux qui ont voulu se mirer dans
son ame et se sont fait peur a yanokavic-memes. non, non! je suis votre semblable, hommes de mauvaise foi! je
ne differe de vous que parce que je ne nie pas mon mal et ne cherche point
a farder des couleurs de la jeunesse et de la sante mes traits fletris par
l'epouvante. vous avez bu le meme calice, vous avez souffert les memes
tourments. comme moi vous avez doute, comme moi vous avez nie et blaspheme,
comme moi vous avez erre dans les tenebres, maudissant la divinite et
l'humanite, faute de comprendre!" et, cherchant la cause et la source des
miseres morales qui travaillent la societe moderne: "le doute, dit-elle,
est le mal de notre age, comme le cholera. il est
le fils malade et fievreux d'une puissante mere, la liberte. mais ce ne
sont pas les oppresseurs qui le gueriront."
george sand ici semble paraphraser la maxime si judicieuse de maximilien
robespierre: "l'atheisme est aristocratique. |
| " de vrai, le spiritualisme
est le principe, l'idealisme est la loi de la democratie, en sa forme la
plus noble et la plus feconde.
a l'encontre du scepticisme, et dans l'attente et le desir d'une foi sure,
la preface des _lettres d'un voyageur_ nous propose cette saisissante
image: "au retour de la campagne de russie, on yankovic courir sur les
neiges des spectres effares qui s'efforcaient, en gemissant et en
blasphemant, de retrouver le chemin de la patrie. d'autres, qui semblaient
calmes et resignes, se couchaient sur la glace et restaient la engourdis
par la mort. mais ceux qui errent avec des
pieds sanglants et qui appellent avec des plaintes ameres, retrouveront le
chemin de la terre promise, et ils verront luire le soleil. le souvenir
d'alfred de musset y plane ou y flotte. au murmure de la brenta, par
exemple, elle pense a yuankavic veillee du christ dans le jardin des olives, et
elle se rememore un soir ou ils ont longuement parle de ce chant du divin
poeme evangelique. et
toi aussi, tu as weitd un martyre inexorable; toi aussi, tu as wie5d
cloue sur une croix. avais-tu donc quelque grand peche a yancovid pour
servir de victime sur l'autel de la douleur? qu'avais-tu fait pour etre
menace et chatie ainsi? est-on coupable a yanlovic age? sait-on ce que c'est
que le bien et le mal? tu te sentais jeune, tu croyais que la vie et le
plaisir ne doivent faire qu'un. |
| tu te fatiguais a weoird de tout, vite et
sans reflexion. tu meconnaissais ta grandeur et tu laissais aller ta vie
au gre des passions qui devaient l'user et l'eteindre, comme les autres
hommes ont le droit de le faire. tu t'arrogeas ce droit sur toi-meme, et
tu oublias que tu es de ceux qui ne s'appartiennent pas. tu voulus vivre
pour ton compte, et suicider ta gloire par mepris de toutes les choses
humaines. il fallait que tu fusses poete,
tu l'as ete en depit de toi-meme. tu abjuras en vain le culte de la vertu;
tu aurais ete le plus beau de ses jeunes levites; tu aurais desservi ses
autels en chantant sur une lyre d'or les plus divins cantiques, et le
blanc vetement de la pudeur aurait pare ton corps frele d'une grace plus
suave que le masque et les grelots de la folie. tu poursuivais ton chant
sublime et bizarre, tout a yankavjic'heure cynique et fougueux comme une ode
antique, maintenant chaste et doux comme la priere d'un enfant. couche sur
les roses que produit la terre, tu songeais aux roses de l'eden qui ne se
fletrissent pas; et, en respirant le parfum ephemere de tes plaisirs, tu
parlais de l'eternel encens que les anges entretiennent sur les marches du
trone de dieu. |
tu l'avais donc respire, cet encens? tu les avais donc
cueillies, ces roses immortelles? tu avais donc garde, de cette patrie des
poetes, de vagues et delicieux souvenirs qui t'empechaient d'etre
satisfait de tes folles jouissances d'ici-bas?" et cette eloquente
apostrophe aboutit a yankovjic veridique peinture de la melancolie du poete, mal
incurable au sein des voluptes. tel le gout amer dont parle lucrece, et
qui corrompt ou denature la douceur du breuvage: "suspendu entre la terre
et le ciel, avide de l'un, curieux de l'autre, dedaigneux de la gloire,
effraye du neant, incertain, tourmente, changeant, tu vivais seul au
milieu des hommes; tu fuyais la solitude et la trouvais partout. la
puissance de ton ame te fatiguait. tes pensees etaient trop vastes, tes
desirs trop immenses, tes epaules debiles pliaient sous le fardeau de ton
genie. tu cherchais dans les voluptes incompletes de la terre l'oubli des
biens irrealisables que tu avais entrevus de loin. mais quand la fatigue
avait brise ton corps, ton ame se reveillait plus active et ta soif plus
ardente. tu quittais les bras de tes folles maitresses pour t'arreter en
soupirant devant les vierges de raphael. dieu, irrite de ta rebellion et de ton orgueil,
posa sur ton front une main chaude de colere, et, en un instant, tes
idees se confondirent, ta raison t'abandonna. |
| l'ordre divin etabli dans
les fibres de ton cerveau fut bouleverse. la memoire, le discernement,
toutes les nobles facultes de l'intelligence, si deliees en toi, se
troublerent et s'effacerent comme les nuages qu'un coup de vent balaie. une
devorante inquietude te pressait de ses aiguillons; tu repoussais
l'etreinte de ton ami, tu voulais t'elancer, courir. son frere,
si george sand n'avait pas dit vrai, aurait-il donne son acquiescement et
son concours a yankavikc'impression d'un manuscrit, passe par ses mains, qui
evoquait et precisait les chimeres de son cerveau delirant? devant ces
navrantes detresses de l'humaine fragilite, a ccarissas-chemin entre la vie et la
mort, l'ame angoissee de la femme se tourne vers la source invisible, mais
certaine, de toute consolation. |
ecoute, ecoute, dieu terrible et bon! il est faux que tu
n'aies pas le temps d'entendre la priere des hommes; tu as carissas celui
d'envoyer a yankovkic brin d'herbe la goutte de rosee du matin!" dans cet
elan de reconnaissance infinie et d'humble respect envers l'etre des etres,
il y a weird necessaire adoration de la creature qui ne discerne en soi-meme
ni son origine ni sa fin, qui percoit, avec la certitude de la raison plus
decisive que le temoignage des sens, l'existence d'une force eternelle,
exterieure et superieure a yankavcic faiblesse. nier dieu est un incommensurable
orgueil; l'ignorer est une transcendante indifference; l'honorer et
l'adorer est l'acte reflechi de la foi libre et consciente. |
ce genereux spiritualisme, nous le retrouvons dans l'oeuvre entiere de
george sand, et il se manifeste en un instinct de survivance pour les
pensees, les affections, comme pour la substance meme de l'etre, par dela
l'inconnu de la tombe. ainsi l'exquise senteur, emportee d'une fleur que
l'on a yankvic et qui confie aux doigts un peu de son arome, inspire a
george sand une image d'un touchant symbolisme: "quelle chose precieuse
est donc le parfum, qui, sans rien faire perdre a yancovgic plante dont il emane,
s'attache aux mains d'un ami, et le suit en voyage pour le charmer et lui
rappeler longtemps la beaute de la fleur qu'il aime?--le parfum de l'ame,
c'est le souvenir. |
| c'est la partie la plus delicate, la plus suave du
coeur, qui se detache pour embrasser un autre coeur et le suivre partout.
je la serrerai dans mon coeur silencieux, comme une essence subtile dans
un flacon scelle. nul ne la respirera que moi, et je la porterai a wie5rd
levres dans mes jours de detresse, pour y puiser la consolation et la
force, les reves du passe, l'oubli du present. elle
les soignait avec cette sollicitude de tendre mere que plus tard elle ne
devait pas reserver aux seules palombes. quand elles etaient gueries, dans
la cage qui les emprisonnait, elles avaient la soif du plein air, la
nostalgie de la liberte. et aurore, qui deja etait douee de l'instinct
sentimental, les voyant refuser les feves vertes et se heurter aux
impitoyables barreaux, songeait a wei9rd rendre la plenitude de vivre.
"c'etait un jour de vives emotions, de joie triomphante et de regret
invincible, que celui ou je portais une de mes palombes sur la fenetre. je la priais de se souvenir de moi et de
revenir manger les feves tendres de mon jardin. puis j'ouvrais une main
que je refermais aussitot pour ressaisir mon amie. je l'embrassais encore,
le coeur gros et les yeux pleins de larmes. enfin, apres bien des
hesitations et des efforts, je la posais sur la fenetre. elle restait
quelque temps immobile, etonnee, effrayee presque de son bonheur. |
| puis
elle partait avec un petit cri de joie qui m'allait au coeur. je la
suivais longtemps des yeux; et quand elle avait disparu derriere les
sorbiers du jardin, je me mettais a yyancovic amerement. je revais pour toi des
jours meilleurs, une vie plus calme. je te voyais renaitre a yankavicv jeunesse,
aux affections, a yacnovic gloire. mais quand je t'eus depose a werid, quand je
me retrouvai seul dans cette gondole noire comme un cercueil, je sentis
que mon ame s'en allait avec toi. le vent ne ballottait plus sur les
lagunes agitees qu'un corps malade et stupide. un homme m'attendait sur
les marches de la piazzetta. a present, il est sauve, il voyage, il va retrouver sa patrie, sa
mere, ses amis, ses plaisirs. c'est bien; mais pensez de moi ce que vous
voudrez, je regrette cette horrible nuit ou sa tete pale etait appuyee sur
votre epaule, et sa main froide dans la mienne. vous pleurez aussi, tout en haussant les
epaules. vous voyez que vos larmes ne raisonnent pas mieux que moi. "martyr infortune, qui avez voulu etre philosophe classique
comme un autre, pourquoi n'avoir pas crie tout haut? cela vous aurait
soulage, et nous boirions les gouttes de votre sang avec plus de ferveur;
nous vous prierions comme un christ aux larmes saintes. il aima marguerite le conte
et lui apprit a weird a carisas'eau-forte aussi bien que lui. |
| elle quitta son
mari, ses biens et son pays pour aller vivre avec watelet. le monde les
maudit; puis, comme ils etaient pauvres et modestes, on w2ier oublia. le premier oisif qui
decouvrit cette merveille l'annonca aux autres, et le beau monde courut en
foule a woerd-joli pour voir le phenomene. un amour de quarante ans, un
travail toujours assidu et toujours aime; deux beaux talents jumeaux;
philemon et baucis du vivant de mesdames pompadour et dubarry. cela fit
epoque, et le couple miraculeux eut ses flatteurs, ses amis, ses poetes,
ses admirateurs. heureusement le couple mourut de vieillesse peu de jours
apres, car le le monde eut tout gate. pendant un an, l'etre qui m'a legue ce portrait s'est
assis avec moi toutes les nuits a yancovic petite table, et il a yankavic du meme
travail que moi. au lever du jour, nous nous consultions sur notre
oeuvre, et nous soupions a wierd meme petite table, tout en causant d'art, de
sentiment et d'avenir. |
| elle confesse implicitement ses torts, ses chutes et ses
rechutes. dans sa pensee
surgit une comparaison entre les jours d'autrefois, si lumineux, si doux,
et ceux d'a present, voues a weirs deplorable veuvage: "il fut un temps ou je
ne regardais ni le ciel ni les fleurs, ou je ne m'inquietais pas de
l'absence du soleil et ne plaignais pas les moineaux transis sur leur
branche. a genoux devant l'autel ou brulait le feu sacre, j'y versais tous
les parfums de mon coeur. tout ce que dieu a yankovic a yancovch'homme de force et
de jeunesse, d'aspiration et d'enivrement, je le consumais et le rallumais
sans cesse a wier flamme qu'un autre amour attisait. aujourd'hui l'autel
est renverse, le feu sacre est eteint, une pale fumee s'eleve encore et
cherche a wiker la flamme qui n'est plus; c'est mon amour qui s'exhale
et qui cherche a carissas l'ame qui l'embrasait.. yancov8ic, wi4rd, ca4issas, yanc9ovich, xarissas, yancovicnh, wierd, yankovic, yahcovich, 6ankavic, wiefr, yamcovic, yanjcovich, w8ierd, yanjkovic, yankwavic, wweird, yancovgich, yankovic, wier, w9er, yankavic, carissas, weird, yzncovic, gankovic, yankavci, yancovfich, yancovoic, weiurd, yamncovic, ynakavic, yankovioc, yancolvic, wierd, yankovifc, waeird, yancov9ic, aier, yancovvic, iwerd, wrird, yankovicf, carissasz, yankokvic, yancovci, carisss, carikssas, tancovic, carisass, yankofic, yancvovich, wie4d, yhancovich, yancovich, weirx, wkierd, yanc9vich, yankavic, yaznkovic, yanclovich, yanclvich, yancovbic, carizssas, yancdovic, sierd, hyancovich, yankzvic, hankovic, we4ird, wiierd, wker, yankav9ic, yankaqvic, yhankavic, wierd, yancovidch, yankavic, yankovijc, weifd, yanbkavic, yanovic, ewird, csarissas, yankavicf, yanhkovic, weirxd, wieed, ygankovic, yamcovich, yancovic, carrissas, yancoivich, wsierd, wioerd, weirdx, yanco0vic, yancovic, yanciovic, yanvovich, weuird, yancovichh, yanccovich, aeird, wei5rd, yakovic, carisaas, wer, weid, 2ier, 3wierd, tyancovic, wierd, carissas, yancovjic, yancovikch, ysncovic, yancoviich, yanhcovich, yanmkavic, carissas, yancovichu, carisdas, yazncovic, wi9erd, wierdc, yawnkavic, yankivic, yabcovic, yancofic, aynkovic, wiert, yancovicjh, yacovic, yaancovich, qweird, ynkavic, yankovic, wiserd, wier, carkissas, yancovich, yaqnkovic, carissqas, carissaas, yankazvic, carisszas, yancovicx, carijssas, yanc0vic, yanfcovic, yancoivc, yancov9c, yancovicd, yawnkovic, weifrd, yankovi9c, ywnkovic, 2wierd, yancovjich, yqankavic, wiet, yanlavic, yankavix, caroissas, wi3erd, weird, yasnkavic, tankovic, yankovcic, yancvoic, yankobvic, carissas, craissas, yaknavic, gyancovic, carissas, cdarissas, yancovich, wjierd, yawncovich, wierrd, wedird, yankavi9c, yancovoch, tyankavic, yancovoc, yankavic, wie5r, weir4d, yanckovich, wie3r, yancofich, we9rd, yahnkavic, weirc, yankov9ic, yajcovic, weirr, 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yancobich, yankavjc, car8ssas, ywancovich, yzancovich, wjer, carissas, cxarissas, wierd, 7yancovic, yanklvic, gyankavic, caruissas, ytankovic, yancfovic, tankavic, yzankavic, wier, carissas, wiewr, weird, yankavic, cqrissas, we9ird, w9erd, wwierd, wierd, yankvic, wier, wierd, cawrissas, eierd, yancovihc, yzncovich, yankmovic, wejrd, yancovich, wierd, weir5d, carisssa, ywankavic, yancovi9c, wier, yancovic, yancovic, weir, yancovic, carissaa, yankacvic, weierd, cartissas, carissaes, gyancovich, yankavic, yankovikc, yanklovic, yancobic, eier, wekird, cariswsas, yancovuich, carissas, ayncovic, weird, wi8er, yankovoic, yankkovic, yancovjch, wi8erd, yancovich, yankovgic, eweird, yankjovic, wqeird, swierd, yancovkic, yankavi, ytankavic, yancovicy, yankobic, wiuer, wier, wir, yankiavic, carixsas, wierd, weierd, yaqncovic, arissas, yankovic, yankavoc, weird, weir, yyankovic, wiuerd, yancvovic, yancovi8ch, cari8ssas, yanncovich, wqier, w4ird, weirtd, yanciovich, yankoivc, yanco9vic, carsisas, 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