souvent,
la nuit, ayant senti un léger souffle lui passer sur les cheveux,
il racontait que la vierge était venue l'embrasser. il avait grandi
sous cette caresse de femme, dans cet air plein d'un frôlement de
jupe divine. elles lui semblaient avoir son âge, être les
petites filles qu'il aurait voulu rencontrer, les petites filles du
ciel avec lesquelles les petits garçons morts à sept ans doivent
jouer éternellement, dans un coin du paradis. |
elle ne l'embrassait plus la nuit sur le front; elle se tenait à
quelques pas, les bras croisés, dans son sourire chaste,
adorablement douce. lui, ne la nommait plus que tout bas, éprouvant
comme un évanouissement de son coeur, chaque fois que le nom chéri
lui passait sur les lèvre, dans ses prières. il ne rêvait plus des
jeux enfantins, au fond du jardin céleste, mais une contemplation
continue, en face de cette figure blanche, si pure, à laquelle il
n'aurait pas voulu toucher de son souffle. alors il s'enfonça dans les subtilités de son affection. cette venue de la femme dans le ciel
jaloux et cruel de l'ancien testament, cette figure de blancheur,
mise au pied de la trinité redoutable, était pour lui la grâce même
de la religion, ce qui le consolait de l'épouvante de la foi, son
refuge d'homme perdu au milieu des mystères du dogme. les livres de dévotion à la vierge
brûlaient entre ses mains. ils lui parlaient une langue d'amour qui
fumait comme un encens. il disait avec david: "marie est faite pour
moi. depuis l'âge de dix ans, il portait sa livrée, le saint
scapulaire, la double image de marie, cousue sur drap, dont il
sentait la chaleur à son dos et à sa poitrine, contre sa peau nue,
avec des tressaillements de bonheur. plus tard, il avait pris la
chaînette, afin de montrer son esclavage d'amour. mais son grand
acte restait toujours la salutation angélique, l'ave maria, la
prière parfaite de son coeur. il disait douze ave, pour
rappeler la couronne de douze étoiles, ceignant le front de marie;
il en disait quatorze, en mémoire de ses quatorze allégresses; il en
disait sept dizaines, en l'honneur des années qu'elle a h8mainécues sur
la terre. |
| il roulait pendant des heures les grains du chapelet.
quand, seul dans sa cellule, ayant le temps d'aimer, il
s'agenouillait sur le carreau, tout le jardin de marie poussait
autour de lui, avec ses hautes floraisons de chasteté. le rosaire
laissait couler entre ses doigts sa guirlande d'ave coupée de pater,
comme une guirlande de roses blanches, mêlées des lis de
l'annonciation, des fleurs saignantes du calvaire, des étoiles du
couronnement. il ne marchait plus que sur des
ronces, s'écorchait les doigts aux grains du rosaire, se courbait
sous l'épouvantement des cinq mystères de douleur: marie agonisant
dans son fils au jardin des oliviers, recevant avec lui les coups de
fouet de la flagellation, sentant à son propre front le déchirement
de la couronne d'épines, portant l'horrible poids de sa croix,
mourant à ses pieds sur le calvaire. ses supérieurs
devaient le gronder de ces veilles dont il sortait alangui, le teint
si blanc, qu'il semblait avoir perdu du sang. longtemps il avait
gardé au mur de sa cellule une gravure coloriée du sacré-coeur de
marie. cette épée
le désespérait; elle lui causait cette intolérable horreur de la
souffrance chez la femme, dont la seule pensée le jetait hors de
toute soumission pieuse. marie lui donnait
son coeur, son coeur vivant, tel qu'il battait dans son sein, avec
l'égouttement rose de son sang. il n'y avait plus là une image de
passion dévote, mais une matérialité, un prodige de tendresse, qui,
lorsqu'il priait devant la gravure, lui faisait élargir les mains
pour recevoir religieusement le coeur sautant de la gorge sans
tache. |
| il le voyait, il l'entendait battre. et il était aimé, le
coeur battait pour lui! c'était comme un affolement de tout son
être, un besoin de baiser le coeur, de se fondre en lui, de se
coucher avec lui au fond de cette poitrine ouverte.
il glorifiait le seigneur qui renversait les puissants de leurs
trônes, et qui lui envoyait marie, à lui, un pauvre enfant nu, se
mourant d'amour sur le carreau glacé de sa cellule. il lui semblait qu'il
gravissait un escalier de désir; à chaque saut de son coeur, il
montait une marche. |
| tandis qu'il la nommait miroir
de justice. temple de sagesse, source de sa joie, il se voyait pâle
d'extase dans ce miroir, il s'agenouillait sur les dalles tièdes de
ce temple, il buvait à longs traits l'ivresse de cette source. elle était la
rose mystique, une grande fleur éclose au paradis, faite des anges
entourant leur reine, si pure, si odorante, qu'il la respirait du
bas de son indignité avec un gonflement de joie dont ses côtes
craquaient. puis, à cette hauteur, manquant d'haleine, non
rassasie encore, mais les mots trahissant les forces de son coeur,
il ne pouvait plus que la glorifier du titre de reine qu'il lui
jetait neuf fois comme neuf coups d'encensoir. elle était le seul miracle de notre
époque impie, la dame bleue se montrant aux petits bergers, la
blancheur nocturne vue entre deux nuages, et dont le bord du voile
traînait sur les chaumes des paysans. elle ne lui
apparaissait plus ni soeur joueuse, ni belle jeune fille fervente;
elle avait une robe de fiancée, avec des fleurs blanches dans les
cheveux, les paupières à demi baissées, laissant couler des regards
humides d'espérance qui lui éclairaient les joues. |
| il ne s'inquiétait même plus des gronderies de la teuse. et
pourtant, il la redoutait, cette vierge qui ressemblait à une
princesse. il n'aimait pas toutes les vierges de la même façon. il se la figurait ainsi au milieu
de la cour céleste, laissant traîner parmi les étoiles la queue de
son manteau royal, trop haute pour lui, si puissante, qu'il
tomberait en poudre, si elle daignait abaisser les yeux sur les
siens. elle était la vierge de ses jours de défaillance, la vierge
sévère qui lui rendait la paix intérieure par la redoutable vision
du paradis. mais il ne glissait pas au
demi-sommeil de la prière avec l'aisance heureuse qui lui était
accoutumée. comme les vignes des coteaux pierreux,
comme les arbres du paradou, comme le troupeau humain des artaud,
marie apportait l'éclosion, engendrait la vie. comme il se signait, un rapide souvenir traversa la
stupeur de son réveil; le claquement de ses dents lui rappelait les
nuits passées sur le carreau de sa cellule, en face du sacré-coeur
de marie, le corps tout secoué de fièvre. |
d'ordinaire, il quittait l'autel, la chair
sereine, avec la douceur du souffle de marie sur le front. le lit tendu
de rideaux jaunes, la commode de noyer, les trois chaises de paille,
se perdaient sous le haut plafond à solives blanchies. sur la
commode, une grande statuette de l'immaculée conception mettait une
douceur grise, entre deux pots de faïence que la teuse avait emplis
de lilas blancs.
l'abbé mouret posa la lampe devant la vierge, au bord de la commode. au-dessous de lui, il entendait le gros sommeil de la
maison. le silence, qui bourdonnait à ses oreilles, finissait par
prendre des voix chuchotantes. il
lui semblait être sorti la veille du séminaire, avec toute l'ardeur
de sa foi, si fort contre le monde, qu'il marchait au milieu des
hommes en ne voyant que dieu. ce petit
ménage était une joie, dans le frisson matinal qui lui courait sur
la peau. il entendait les pierrots des platanes de la cour se lever
en même temps que lui, au milieu d'un tapage d'ailes et de gosiers
assourdissant. |
| mais la messe le tirait de
ces imaginations, dont il sortait comme d'une belle histoire réelle,
qui lui serait arrivée en des temps anciens. cela
ne l'empêchait pas de retrouver son air grave pour entrer en classe.
il prenait des notes sur ses genoux, tandis que le professeur, les
poignets au bord de la chaire, parlait un latin usuel, coupé parfois
d'un mot français, quand il ne trouvait pas mieux. |
| les
séminaristes de service, les manches de la soutane retroussées, un
tablier de coutil bleu noué à la ceinture, apportaient le potage au
vermicelle, le bouilli coupé par petits carrés, les portions de
gigot aux haricots. il y avait des bruits terribles de mâchoires, un
silence glouton, un acharnement de fourchettes seulement interrompu
par des coups d'oeil envieux jetés sur la table en fer à cheval, où
les directeurs mangeaient des viandes plus tendres, buvaient des
vins plus rouges; pendant que la voix empâtée de quelque fils de
paysan, aux poumons solides, ânonnait sans points ni virgules, au-
dessus de cette rage d'appétit, quelque lecture pieuse, des lettres
de missionnaires, des mandements d'évêques, des articles de journaux
religieux. d'un
bout de la cour à l'autre, lentement, il se promenait avec un groupe
de camarades, sur une seule ligne; et chaque fois qu'il revenait, le
visage vers la muraille, il regardait le clocher, qui était pour lui
toute la ville, toute la terre, sous le vol libre des nuages. a cette heure, il se souvenait de
mille détails qui l'attendrissaient. dès le lendemain, il avait tout
oublié, comme endormi au fond de la grande maison silencieuse. les hauts plafonds laissaient tomber des voix d'anges
gardiens. pas un carreau des salles, pas une pierre des murs, pas
une branche des platanes, qui ne lui parlaient des jouissances de sa
vie contemplative, ses bégayements de tendresse, sa lente
initiation, les caresses reçues en retour du don de son être, tout
ce bonheur des premières amours divines. |
| puis parfois,
surtout sous la petite voûte qui menait à la chapelle, il avait
abandonné sa taille à des bras souples qui l'enlevaient. tout le
ciel s'occupait alors de lui, marchait autour de lui, mettait dans
ses moindres actes, dans la satisfaction de ses besoins les plus
vulgaires, un sens particulier, un parfum surprenant dont ses
vêtements, sa peau elle-même, semblaient garder à jamais la
lointaine odeur. et il se souvenait encore des promenades du jeudi.
on partait à deux heures pour quelque coin de verdure, à une lieue
de plassans. c'était le plus souvent au bord de la viorne, dans le
bout d'un pré, avec des saules noueux qui laissaient tremper leurs
feuilles au fil de l'eau. il ne voyait rien, ni les grandes fleurs
jaunes du pré, ni les hirondelles buvant au vol, rasant des ailes la
nappe de la petite rivière. il était un lis, dont la bonne odeur charmait ses maîtres.
il ne se rappelait pas un mauvais acte. jamais il ne profitait de la
liberté absolue des promenades, pendant que les deux directeurs de
surveillance allaient causer chez un curé du voisinage, pour fumer
derrière une haie ou courir boire de la bière avec quelque ami.
jamais il ne cachait des romans sous sa paillasse, ni n'enfermait
des bouteilles d'anisette au fond de sa table de nuit. il y
avait là des fils de paysans entrés dans les ordres par terreur de
la conscription, des paresseux rêvant un métier de fainéantise, des
ambitieux que troublaient déjà la vision de la crosse et de la
mitre. |
| le professeur lui en ayant fait le reproche, il était
devenu très rouge, comme s'il avait commis une indécence. pendant
sa première année de philosophie, il travaillait son cours de
logique avec une telle application, que son professeur l'avait
arrêté, en lui répétant que les plus savants ne sont pas les plus
saints. le mépris de la
science lui venait; il voulait rester ignorant, afin de garder
l'humilité de sa foi. il y trouvait le savoir désirable, une histoire d'amour
infini qui devait suffire comme enseignement aux hommes de bonne
volonté. il n'acceptait que les affirmations de ses maîtres, se
débarrassant sur eux de tout souci d'examen, n'ayant pas besoin de
ce fatras pour aimer, accusant les livres de voler le temps à la
prière. il
passait saintement les vacances, chez un oncle, se confessant tous
les jours, communiant deux fois par semaine. |
| les quatre derniers jours,
il était pris d'angoisses, de scrupules terribles qui le jetaient
hors de son lit, au milieu de la nuit, pour aller frapper à la porte
du prêtre étranger dirigeant la retraite, quelque carme déchaussé,
souvent un protestant converti, sur lequel courait une merveilleuse
histoire. il lui faisait longuement la confession générale de sa
vie, la voix coupée de sanglots. il était tout blanc, au matin du grand jour; il avait une si
vive conscience de cette blancheur, qu'il lui semblait faire de la
lumière autour de lui. |
et la cloche du séminaire sonnait de sa voix
claire, tandis que les odeurs de juin, les quarantaines en fleurs,
les résédas, les héliotropes, venaient par-dessus la haute muraille
de la cour. dans la chapelle, les parents attendaient, en grande
toilette, émus à ce point, que les femmes sanglotaient sous leurs
voilettes. et l'orgue ronflait plus
doucement, les encensoirs retombaient avec le bruit argentin de
leurs chaînettes, en laissant échapper un flot de fumée blanche, qui
se déroulait comme de la dentelle. il lâcha
les pincettes, s'approcha du lit comme s'il allait se coucher, puis
revint appuyer son front contre une vitre, regardant la nuit, sans
voir. le monde lui semblait pareil au
monde qu'il voyait jadis, lorsque sa mère le promenait par la main. |
| " dans son existence, il ne se rappelait qu'une secousse
honteuse. et
il revenait fatalement à ce questionnaire de honte, chaque fois
qu'il confessait.
la lune se levait, derrière les garrigues. il ne savait plus à
quelle heure exacte l'avait pris ce malaise.
en face de lui, la vaste plaine s'étendait, plus tragique sous la
pâleur oblique de la lune. les oliviers, les amandiers, les arbres
maigres faisaient des taches grises, au milieu du chaos des grandes
roches, jusqu'à la ligne sombre des collines de l'horizon. la nuit, cette campagne ardente prenait
un étrange vautrement de passion. au loin, le long de ce grand corps,
l'abbé mouret suivait des yeux le chemin des olivettes, un mince
ruban pâle qui s'allongeait comme le lacet flottant d'un corset. |
| il
entendait frère archangias, relevant les jupes des gamines qu'il
fouettait au sang, crachant aux visages des filles, puant lui-même
l'odeur d'un bouc qui ne se serait jamais satisfait. il voyait la
rosalie rire en-dessous, de son air de bête lubrique, pendant que le
père bambousse lui jetait des mottes de terre dans les reins.
le jeune prêtre baissa les yeux, regarda le village des artaud. le
village s'écrasait dans le sommeil lourd de fatigue, dans le néant
que dorment les paysans. les masures faisaient des
tas noirs, que coupaient les raies blanches des ruelles
transversales, enfilées par la lune. les chiens eux-mêmes devaient
ronfler, au seuil des portes closes. il n'aurait voulu que des roches sous sa fenêtre.
les tempes en sueur, il alla ouvrir l'autre fenêtre, cherchant un
air plus vif. il
montait du champ vide une odeur de pré fauché. il ne distinguait pas nettement les cases
des lapins, les perchoirs des poules, la cabane des canards. de son gosier de
cuivre, le grand coq fauve alexandre jeta un cri, qui éveilla au
loin, un à un, les appels passionnés de tous les coqs du village. |
la fièvre dont il entendait
la poursuite, l'avait atteint dans la basse-cour de désirée, en face
des poules chaudes encore de leur ponte et des mères lapines,
s'arrachant le poil du ventre. alors, la sensation d'une respiration
sur son cou fut si nette, qu'il se tourna, pour voir enfin qui le
prenait ainsi à la nuque. et il se rappela albine bondissant hors du
paradou, avec la porte qui claquait sur l'apparition d'un jardin
enchanté; il se la rappela galopant le long de l'interminable
muraille, suivant le cabriolet à la course, jetant des feuilles de
bouleau au vent comme autant de baisers; il se la rappela encore, au
crépuscule, qui riait des jurons de frère archangias, les jupes
fuyantes au ras du chemin, pareilles à une petite fumée de poussière
roulée par l'air du soir. |
| pourquoi donc riait-elle ainsi, en le regardant de ses yeux
bleus? il était pris dans son rire, comme dans une onde sonore qui
résonnait partout contre sa chair; il la respirait, il l'entendait
vibrer en lui. oui, tout son mal venait de ce rire qu'il avait bu.
debout au milieu de la chambre, les deux fenêtres ouvertes, il resta
grelottant, pris d'une peur qui lui faisait cacher la tête entre les
mains. il fermait ses sens, il essayait de les anéantir. mais,
devant lui, albine reparut comme une grande fleur, poussée et
embellie sur ce terreau. elle était la fleur naturelle de ces
ordures, délicate au soleil, ouvrant le jeune bouton de ses épaules
blanches, si heureuse de vivre, qu'elle sautait de sa tige et
qu'elle s'envolait sur sa bouche, en le parfumant de son long rire.
c'était comme un jet ardent qui avait coulé dans ses veines. sa robe, drapée à longs plis droits sur un
corps sans sexe, la serrait au cou, ne dégageait que ce cou
flexible. pas une seule mèche de ses cheveux châtains ne passait. et, sur la nudité de ses pieds, poussaient des roses d'or,
comme la floraison naturelle de sa chair deux fois pure. elle parfumait la chambre de son odeur de lis. il laissait tomber ses vêtements devant elle, sans
une gêne, comme devant sa propre pudeur. je me remets dans vos
mains sans tache, je vous supplie de me prendre, de me recouvrir
d'un coin de votre voile, de me cacher sous votre innocence,
derrière le rempart sacré de votre vêtement, pour qu'aucun souffle
charnel ne m'atteigne là. |
| j'ai besoin de vous, je me meurs sans
vous, je me sens à jamais séparé de vous, si vous ne m'emportez
entre vos bras secourables, loin d'ici, au milieu de la blancheur
ardente que vous habitez. la vierge, toute blanche, les yeux au ciel, semblait sourire
plus doucement de ses minces lèvres roses. j'étais tout petit, je
joignais les mains pour dire le nom de marie. et rien autre, je
ne sentais pas, je ne pensais pas, je vivais juste assez pour être
une fleur à vos pieds. vous n'auriez
autour de vous que des têtes blondes, un peuple d'enfants qui vous
aimeraient, les mains pures, les lèvres saines, les membres tendres,
sans une souillure, comme au sortir d'un bain de lait. seul un enfant peut dire votre nom
sans le salir. qu'un miracle emporte tout
l'homme qui a paroile en moi. vous régnez au ciel, rien ne vous est
plus facile que de me foudroyer, que de sécher mes organes, de me
laisser sans sexe, incapable du mal, si dépouillé de toute force,
que je ne puisse même plus lever le petit doigt sans votre
consentement. je veux être candide, de cette candeur qui est la
vôtre, que pas un frisson humain ne saurait troubler. je ne veux
plus sentir ni mes nerfs, ni mes muscles, ni le battement de mon
coeur, ni le travail de mes désirs. je me proclamerai enfin votre
véritable prêtre. je serai ce que mes études, mes prières, mes cinq
années de lente initiation n'ont pu faire de moi. |
| la terre
baigne dans cette impureté dont les moindres gouttes jaillissent en
végétations honteuses. mais pour que je sois parfait, ô reine des
anges, reine des vierges, écoutez mon cri, exaucez-le! faites que je
sois un de ces anges qui n'ont que deux grandes ailes derrière les
joues; je n'aurai plus de tronc, plus de membres; je volerai à vous,
si vous m'appelez; je ne serai plus qu'une bouche qui dira vos
louanges, qu'une paire d'ailes sans tache qui bercera vos voyages
dans les cieux. |
| je consommerai avec
vous l'unique mariage dont veuille mon coeur.
albine, attendrie, allait laisser retomber le coin du rideau. ses yeux s'étaient lentement ouverts; sa
bouche soufflait légèrement sur l'une de ses mains nues, soulevant
le duvet de sa peau blonde. sais-tu que je pleurais,
tout le long du chemin, lorsque je revenais de là-bas avec de
mauvaises nouvelles. c'est un secret entre lui
et ceux qui t'aiment. l'oncle jeanbernat fume sa pipe devant ses salades. les
autres feront prendre de tes nouvelles en cachette. il parait que tu n'as plus besoin de drogues. il
y a family trois ou quatre pièces vides. je veux que tu sois seule,
toute seule.
toi, quand tu parles, cela me repose.
il fit signe qu'il n'avait pas soif. alors, il laissa glisser sa
tête, il appuya une joue sur cette petite main fraîche. on dirait qu'elle souffle de
l'air dans mes cheveux. il se regardaient avec une grande
amitié. albine se voyait paisiblement dans les yeux vides du
convalescent. serge semblait écouter quelque chose de vague que la
petite main fraîche lui confiait. tu ne peux pas t'imaginer
comme elle me fait du bien. elle a backcourdt'air d'entrer au fond de moi,
pour m'enlever les douleurs que j'ai dans les membres.
- dis? tu ne me donneras rien de mauvais à boire, tu ne me
tourmenteras pas avec toutes sortes de remèdes?. |
| si je pouvais, je te raconterais tout
cela.
il ferma un instant les yeux, il fit un grand effort de mémoire. toujours le même cauchemar me faisait
ramper, le long d'un souterrain interminable. c'était une tâche fatale, que je devais accomplir sous
peine des plus grands malheurs. les genoux meurtris, le front
heurtant le roc, je mettais une conscience pleine d'angoisse à
travailler de toutes mes forces, pour arriver le plus vite possible. |
| je
souffrais tout seul, au fond d'un trou noir. moi, je ne vois que toi, maintenant. je te dis que je ne
me souviens plus. la lampe à esprit-de-vin venait de s'éteindre, laissant la
bouilloire jeter un filet de vapeur de plus en plus mince. albine et
serge, tous deux la tête sur le même oreiller, regardaient les
grands rideaux de calicot tirés devant les fenêtres. les yeux de
serge surtout allaient là, comme à la source blanche de la lumière. il devinait le soleil derrière un coin plus jaune du
calicot, ce qui suffisait pour le guérir. il ne devinait plus le soleil, il
cherchait cette ombre dont il avait eu peur, cette branche haute
qui, noyée dans la buée blafarde de l'averse, lui semblait avoir
emporté la forêt en s'effaçant. elle dut le consoler comme un enfant, lui promettre le
soleil, l'assurer qu'il reviendrait, qu'elle le lui donnerait. mais
il plaignait aussi les plantes. et il
se mit à pleurer à voix plus basse, disant que l'hiver était une
maladie de la terre, qu'il allait mourir en même temps que la terre,
si le printemps ne les guérissait tous deux.
pendant trois jours encore, le temps resta affreux. elle parlait d'envoyer
chercher le docteur pascal. et, la main ne le soulageant pas, elle pleura
de se voir impuissante. elle
avait besoin de la complicité du printemps. pendant des heures, elle rôdait dans la grande chambre
attristée. quand elle passait devant la glace, elle se voyait noire,
elle se croyait laide. |
|
puis, un matin, comme elle relevait les oreillers, sans oser tenter
encore le charme rompu de ses mains, elle crut retrouver le sourire
du premier jour sur les lèvres de serge, dont elle venait
d'effleurer la nuque, du bout des doigts. quand albine eut ouvert les volets,
derrière les grands rideaux, la bonne lueur jaune chauffa de nouveau
un coin de la blancheur du linge. mais ce qui fit asseoir serge sur
son séant, ce fut de revoir l'ombre de la branche, le rameau qui lui
annonçait le retour à la vie. |
| tu tireras les rideaux, je
veux tout voir. jamais il ne
consentit à ce que les fenêtres fussent grandes ouvertes. le soir arriva, qu'il n'avait pu prendre la décision de
revoir le soleil en face. il poussait de petits
cris involontaires, noyé de clarté, battu par des vagues d'air
chaud, sentant couler en lui tout un engouffrement de vie. serge abandonna ses mains amaigries de
convalescent à cette caresse ardente; il fermait les yeux à demi, il
sentait courir sur chacun de ses doigts des baisers de feu, il était
dans un bain de lumière, dans une étreinte d'astre. |
| alors, serge le regarda de nouveau tourner, s'asseoir de
siège en siège, avec le regret de ne l'avoir pas retenu sur sa
poitrine. albine était restée au bord des couvertures. par moments, un
immense frisson semblait le blanchir d'une émotion soudaine. ce n'était pas
tout du bleu, mais du bleu rose, du bleu lilas, du bleu jaune, une
chair vivante, une vaste nudité immaculée qu'un souffle faisait
battre comme une poitrine de femme. a chaque nouveau regard, au
loin, il avait des surprises, des coins inconnus de l'air, des
sourires discrets, des rondeurs adorables, des gazes cachant au fond
de paradis entrevus de grands corps superbes de déesses. le soleil
baissait, le bleu se fondait dans de l'or pur, la chair vivante du
ciel blondissait encore, se noyait lentement de toutes les teintes
de l'ombre. pas un nuage, un effacement de vierge qui se couche, un
déshabillement ne laissant voir qu'une raie de pudeur à l'horizon.
elle le coucha, elle ferma les fenêtres. serge ne pouvait plus vivre sans le
soleil. il prenait des forces, il s'habituait aux bouffées de grand
air qui faisaient envoler les rideaux de l'alcôve.
cela le laissait d'être un cygne, une blancheur, et de nager sans
fin sur le lac limpide du ciel. |
| il en arrivait à souhaiter un vol de
nuages noirs, quelque écroulement de nuées qui rompît la monotonie
de cette grande pureté. a mesure que la santé revenait, il avait des
besoins de sensations plus fortes. maintenant, il passait des heures
à regarder la branche verte; il aurait voulu la voir pousser, la
voir s'épanouir, lui jeter des rameaux jusque dans son lit. elle ne
lui suffisait plus, elle ne faisait qu'irriter ses désirs, en lui
parlant de ces arbres dont il entendait les appels profonds, sans
qu'il pût en apercevoir les cimes.
- tu sens toutes sortes de bonnes choses. tu
m'apportes tout le jardin dans ta robe.
il la gardait auprès de lui, la respirant comme un bouquet. alors, il enlevait ces choses, il les
cachait sous son oreiller, ainsi que des reliques. un jour, elle lui
apporta une touffe de roses. il baisait les fleurs, il les couchait avec lui, entre ses
bras. il finit par l'envoyer lui-même au jardin, en
lui recommandant de ne pas remonter avant une heure. pendant plusieurs jours, il ne vécut que de
ce rêve. |
| les premiers temps, disait-il, il avait vu le jardin plus
nettement. a mesure qu'il prenait des forces, son rêve se troublait
sous l'afflux du sang qui chauffait ses veines. il ne pouvait plus dire si les arbres
étaient à droite, si les eaux coulaient au fond, si de grandes
roches ne s'entassaient pas sous les fenêtres.
sur les moindres indices, il établissait des plans merveilleux qu'un
chant d'oiseau, un craquement de branche, un parfum de fleur, lui
faisaient modifier, pour planter là un massif de lilas, pour
remplacer plus loin une pelouse par des plates-bandes. |
| il se tournait vers la
ruelle, frissonnant, lorsque albine rentrait et lui criait qu'elle
sentait l'aubépine, qu'elle s'était griffé les mains en se creusant
un trou dans une haie pour lui apporter toute l'odeur. un matin,
elle dut le prendre brusquement entre les bras. sous ce poudroiement de flammes, le grand jardin
vivait avec une extravagance de bête heureuse, lâchée au bout du
monde, loin de tout, libre de tout. en face, dans une
sorte de cirque immense, devait se trouver le parterre, avec des
bassins effondrés, ses rampes rompues, ses escaliers déjetés, ses
statues renversées dont on pqrole les blancheurs au fond des
gazons noirs. |
| a droite, la forêt escaladait des hauteurs, plantait des
petits bois de pins, se mourait en broussailles maigres, tandis que
des roches nues entassaient une rampe énorme, un écroulement de
montagne barrant l'horizon; des végétations ardentes y fendaient le
sol, plantes monstrueuses immobiles dans la chaleur comme des
reptiles assoupis; un filet d'argent, un éclaboussement qui
ressemblait de loin à une poussière de perles, y indiquait une chute
d'eau, la source de ces eaux calmes qui longeaient si indolemment le
parterre.
- le paradou! balbutia serge ouvrant les bras comme pour serrer le
jardin tout entier contre sa poitrine. albine dut l'asseoir dans un fauteuil. là, il resta
deux heures sans parler. le menton sur les mains, il regardait.
il regardait lentement, avec des étonnements profonds.
la jeune fille alors s'appuya au dossier du fauteuil. |
| nous aurons de quoi marcher toute notre vie. aimes-tu mieux le verger où
je ne puis entrer qu'à plat ventre, tant les branches craquent sous
les fruits?. nous irons plus loin encore, si tu te sens des
forces. tu verras des plantes qui me font peur. tu verras les
sources, une pluie d'eau, et nous nous amuserons à en recevoir la
poussière sur la figure. mais si tu préfères marcher le long des
haies, au bord d'un ruisseau, il faudra prendre par les prairies. on
est bien sous les saules, le soir, au coucher du soleil. on
s'allonge dans l'herbe, on family les petites grenouilles vertes
sauter sur les brins de jonc. je ne comprends pas
ce que tu me dis.
elle le laissa un instant pleurer dans ses bras, inquiète, désolée
de ne pas trouver les paroles qui devaient le calmer. ses joues avaient des lueurs roses, ses mains perdaient
leur transparence de cire. elle avait entendu conter que certaines maladies
laissaient derrière elles la folie pour guérison. quand elle lui
passait la main devant les yeux, il ne voyait pas, il ne suivait pas
cette ombre. lui, les yeux vacillants, ne la vit point d'abord.
mais, comme elle reprenait sa course, jouant de nouveau à cache-
cache, surgissant derrière chaque buisson, en lui jetant un cri, il
finit par suivre du regard la tache blanche de sa jupe. et quand
elle se planta brusquement sous la fenêtre, la face levée, il tendit
les bras, il fit mine de vouloir aller à elle. |
| te voilà assez fort pour
descendre, quand tu voudras. il manquait de tomber deux ou
trois fois en route, ce qui la faisait rire. un jour, il s'assit par
terre, et elle eut toutes les peines du monde à le relever. puis,
elle lui fit entreprendre le tour de la pièce, en l'asseyant sur le
canapé, les fauteuils, les chaises, tour de ce petit monde, qui
demandait une bonne heure. enfin, il put risquer quelques pas tout
seul. quand il boudait, qu'il refusait de marcher,
elle ôtait son peigne qu'elle lui tendait comme un joujou. alors, il
venait le prendre, et il restait tranquille, dans un coin, à jouer
pendant des heures avec le peigne, à l'aide duquel il grattait
doucement ses mains. |
|
un matin, albine trouva serge debout. demain, il sautera
par la fenêtre, si on hu8main laisse faire. ses membres avait repris la
santé de l'adolescence, sans que des sensations plus conscientes se
fussent éveillées en lui. il restait des après-midi entiers en face
du paradou, avec sa moue d'enfant qui ne voit que du blanc, qui
n'entend que le frisson des bruits. il gardait ses ignorances de
gamin, son toucher si innocent encore, qu'il ne lui permettait pas
de distinguer la robe d'albine de l'étoffe des vieux fauteuils. et
c'était toujours un émerveillement d'yeux grands ouverts qui ne
comprennent pas, une hésitation de gestes ne sachant point aller où
ils veulent, un commencement d'existence, purement instinctif, en
dehors de la connaissance du milieu.
puis, quand elle l'eut fait sortir de la chambre, en reculant, elle
lui passa un bras à la taille, elle le soutint, à chaque marche.
elle l'amusait, tout en remettant son peigne, lui chatouillait le
cou du bout de ses cheveux, ce qui l'empêchait de comprendre qu'il
descendait.
et elle poussa la porte toute grande.
ce fut une aurore soudaine, un rideau d'ombre tiré brusquement,
laissant voir le jour dans sa gaieté matinale.
il avait hasardé un pas, surpris de la résistance douce du sable. ce
premier contact de la terre lui donnait une secousse, un
redressement de vie, qui le planta un instant debout, grandissant,
soupirant. tu sais que tu m'as promis de
faire cinq pas. |
il mit un quart d'heure pour faire les cinq pas. a chaque effort, il
s'arrêtait comme s'il lui avait fallu arracher les racines qui le
tenaient au sol.
et elle l'adossa contre le mûrier, dans la pluie de soleil tombant
des branches. les
verdures pâles se noyaient d'un lait de jeunesse, baignaient dans
une clarté blonde. les arbres restaient puérils, les fleurs avaient
des chairs de bambin, les eaux étaient bleues d'un bleu naïf de
beaux yeux grands ouverts. il y avait, jusque sous chaque feuille,
un réveil adorable.
et le matin vint battre le mûrier contre lequel serge s'adossait.
serge naquit dans l'enfance du matin. il naissait dans le soleil, dans ce
bain pur de lumière qui l'inondait. son corps entier entrait dans la possession
de ce bout de nature, l'embrassait de ses membres; ses lèvres le
buvaient, ses narines le respiraient; il l'emportait dans ses
oreilles, il le cachait au fond de ses yeux. il avait les yeux au loin, il
ne voyait pas cette enfant à ses pieds.
elle tomba, à peine murmurée, comme un souffle musical, un frisson
de la chaleur et de la vie. il y avait quelques jours déjà qu'albine
n'avait plus entendu la voix de serge. il lui sembla qu'elle s'élargissait dans le parc avec
plus de douceur que la phrase des oiseaux, plus d'autorité que le
vent courbant les branches. |
ecoute, tout se tait pour t'entendre parler encore.
nous resterons sur ce gazon, jusqu'à ce que le soleil tourne. j'ai eu bien de la peine, va! les
oiseaux mangent tout. tu me diras
merci, et je t'entendrai. elle maudissait la santé,
qui maintenant le dressait dans la lumière pareil à un jeune dieu
indifférent. elle voyait bien
qu'une flamme manquait au fond de ses yeux gris, qu'il avait une
beauté pâle, semblable à celle des statues tombées dans les orties
du parterre. |
alors, elle se leva, elle vint le reprendre à la
taille, lui soufflant sur la nuque pour l'animer. le soleil avait tourné, il fallut rentrer.
a partir de cette matinée, tous les jours, le convalescent fit une
courte promenade dans le jardin. il dépassa le mûrier, il alla
jusqu'au bord de la terrasse, devant le large escalier dont les
marches rompues descendaient au parterre. en bas, à gauche, il apercevait un petit bois de roses. le parfum des roses est trop fort
pour toi. |
| je n'ai jamais pu m'asseoir sous les rosiers, sans me
sentir toute lasse, la tête perdue, avec une envie très douce de
pleurer. va, je te mènerai sous les rosiers, et je pleurerai, car
tu me rends bien triste.
un matin enfin, elle put le soutenir jusqu'au bas de l'escalier,
foulant l'herbe du pied devant lui, lui frayant un chemin au milieu
des églantiers qui barraient les dernières marches de leurs bras
souples. des rosiers qui rampaient faisaient
à terre des tapis de mousse, tandis que des rosiers grimpants
s'attachaient à d'autres rosiers, ainsi que des lierres dévorants,
montaient en fusées de verdure, laissaient retomber, au moindre
souffle, la pluie de leurs fleurs effeuillées. on arrivait ainsi à des carrefours, à des
clairières, sous des berceaux de petites roses rouges, entre des
murs tapissés de petites roses jaunes. les rosiers avaient des voix chuchotantes. les rosiers
étaient pleins de nids qui chantaient.
- prenons garde de nous perdre, dit albine en s'engageant dans le
bois. |
d'autres petits chemins creusaient des impasses de verdure. on ne voyait, entre ces lambeaux découpés comme de la fine
guipure, que des trous de jour imperceptibles, un crible d'azur
laissant passer la lumière en une impalpable poussière de soleil. elle ne l'avait point
encore vu dans un tel accablement des membres, les mains ouvertes
sur le gazon, la face morte. il était ainsi mort pour elle, elle
pensait qu'elle pouvait le baiser au visage, sans qu'il sentit même
son baiser.
il resta appesanti, avec des roses qui lui bouchaient les yeux et la
bouche. elle lui baisa de tout
son coeur les deux yeux, elle lui baisa la bouche, soufflant ses
baisers pour faire envoler les roses; mais les roses lui restaient
aux lèvres, et elle eut un rire plus sonore, tout amusée par cette
caresse dans les fleurs. tu me prenais la moitié de
mon coeur, si doucement, que c'était en moi une volupté de me
partager ainsi. je cherchais ce que j'avais de meilleur, ce que
j'avais de plus beau, pour te l'abandonner. tu es sortie par mes yeux et par ma bouche, je l'ai
bien senti. tu seras dans ma chair, comme je serai dans
la tienne. la pluie de roses, autour
d'elle, sur elle, la noyait dans du rose. |
ses cheveux blonds, que
son peigne attachait mal, la coiffaient d'un astre à son coucher,
lui couvrant la nuque du désordre de ses dernières mèches
flambantes. elle portait une robe blanche, qui la laissait nue, tant
elle était vivante sur elle, tant elle découvrait ses bras, sa
gorge, ses genoux. |
| sa face longue, au front étroit, à la bouche un peu forte,
riait de toute la vie tendre de ses yeux bleus. et elle était
sérieuse pourtant, les joues simples, le menton gras, aussi
naturellement belle que les arbres sont beaux. les fleurs
vivantes s'ouvraient comme des nudités, comme des corsages laissant
voir les trésors des poitrines. il y avait là des roses jaunes
effeuillant des peaux dorées de filles barbares, des roses paille,
des roses citron, des roses couleur de soleil, toutes les nuances
des nuques ambrées par les cieux ardents. pas un
épanouissement ne se ressemblait. les roses épanouies en coupe offraient leur parfum
comme dans un cristal précieux; les roses renversées en forme d'urne
le laissaient couler goutte à goutte; les roses rondes, pareilles à
des choux, l'exhalaient d'une haleine régulière de fleurs endormies;
les roses en boutons serraient leurs feuilles, ne livraient encore
que le soupir vague de leur virginité. |
| elle sentait bon, elle tendait des lèvres qui offraient
dans une coupe de corail leur parfum faible encore. et serge la
respirait, la mettait à sa poitrine.
et elle riait, plus sonore, avec des gammes perlées de petites notes
de flûte, très aigues, qui se noyaient dans un ralentissement de
sons graves. maintenant, le grand
jardin était doué de ce charme du rire. il lui semblait qu'il
n'avait pas un jour, pas une heure. tu avais tes yeux bleus, ta face
un peu longue, ton air enfant. |
| aujourd'hui, tes cheveux sont la douceur même de ta
personne. ce sont eux qui gardent ton parfum, qui me livrent ta
beauté assouplie, tout entière entre mes doigts. quand je les baise,
quand j'enfonce ainsi mon visage, je bois ta vie.
il roulait les longues boucles dans ses mains, les pressant sur ses
lèvres, comme pour en faire sortir tout le sang d'albine. elle prit en souriant une
poignée de ses cheveux, la noua au cou du jeune homme, qu'elle
attacha à elle. |
| et je me doutais bien que tu finirais par me trouver. mais je n'espérais pas que
tu te donnerais à moi sans ton voile, avec tes cheveux dénoués, tes
cheveux redoutables qui sont devenus si doux. le soleil montait, une poussière de
jour plus chaude tombait des hautes branches. ils avaient
certainement fait éclore des boutons autour d'eux. les roses les
couronnaient, leur jetaient des guirlandes aux reins.
puis, ce fut serge qui recoiffa albine. il se leva ensuite, lui tendit
les mains, la soutint à la taille pour qu'elle se mit debout. tous
deux souriaient toujours, sans parler.
albine et serge entrèrent dans le parterre. il se sentait fort à la porter partout
où elle voudrait aller. quand il se retrouva en plein soleil, il eut
un soupir de joie. aussi quelle reconnaissance
attendrie! il aurait voulu éviter aux petits pieds d'albine la
rudesse des allées; il rêvait de la pendre à son cou, comme une
enfant que sa mère endort.
ce fut ainsi qu'albine et serge marchèrent dans le soleil, pour la
première fois. le couple laissait une bonne odeur derrière lui. il
donnait un frisson au sentier, tandis que le soleil déroulait un
tapis d'or sous ses pas. la peau blanche d'albine n'était que la
blancheur de la peau brune de serge.
dans le parterre, ce fut alors une longue émotion. le vieux parterre
leur faisait escorte. |
vaste champ poussant à l'abandon depuis un
siècle, coin de paradis où le vent semait les fleurs les plus rares. il y avait là une température égale, une
terre que chaque plante avait longuement engraissée pour y vivre
dans le silence de sa force. et elle semblait mettre
une rage à bouleverser ce que l'effort de l'homme avait fait; elle
se révoltait, lançait des débandades de fleurs au milieu des allées,
attaquait les rocailles du flot montant de ses mousses, nouait au
cou les marbres qu'elle abattait à l'aide de la corde flexible de
ses plantes grimpantes; elle cassait les dalles des bassins, des
escaliers, des terrasses, en y enfonçant des arbustes; elle rampait
jusqu'à ce qu'elle possédât les moindres endroits cultivés, les
pétrissait à sa guise, y plantait comme drapeau de rébellion quelque
graine ramassée en chemin, une verdure humble dont elle faisait une
gigantesque verdure. |
| au fond d'un bouquet de peupliers et de saules, une rocaille
se creusait, effondrée, des blocs de rochers tombés dans une vasque,
des filets d'eau coulant à travers les pierres. la grotte
disparaissait sous l'assaut des feuillages. des
haricots d'espagne, forts comme des ficelles minces, allumaient de
place en place l'incendie de leurs étincelles vives. des volubilis
élargissaient le coeur découpé de leurs feuilles, sonnaient de leurs
milliers de clochettes un silencieux carillon de couleurs exquises.
des pois de senteur, pareils à des vols de papillons posés,
repliaient leurs ailes fauves, leurs ailes roses, prêts à se laisser
emporter plus loin, par le premier souffle de vent.
il l'encouragea, il la porta par-dessus les orties; et comme un bloc
fermait le seuil de la grotte, il la tint un instant debout, entre
ses bras, pour qu'elle pût se pencher sur le trou, béant à quelques
pieds du sol. une haleine fraîche le frappa aux joues. au milieu des
joncs et des lentilles d'eau, dans le rayon de jour glissant du
trou, la femme était sur l'échine, nue jusqu'à la ceinture, avec une
draperie qui lui cachait les cuisses. |
| c'était quelque noyée de cent
ans, le lent suicide d'un marbre que des peines avaient dû laisser
choir au fond de cette source. la nappe claire qui coulait sur elle
avait fait de sa face une pierre lisse, une blancheur sans visage,
tandis que ses deux seins, comme soulevés hors de l'eau par un
effort de la nuque, restaient intacts, vivants encore, gonflés d'une
volupté ancienne. ils revinrent au
soleil, dans le dévergondage des plates-bandes et des corbeilles. |
| leurs pieds avaient pour tapis des plantes charmantes,
les plantes naines bordant jadis les allées, aujourd'hui étalées en
nappes sans fin. et c'étaient les violettes qui revenaient toujours, une
mer de violettes coulant partout, leur versant sur les pieds des
odeurs précieuses, les accompagnant du souffle de leurs fleurs
cachées sous les feuilles.
le couple enjambait les obstacles, continuait sa marche heureuse
entre les deux haies de verdure. a droite, montaient les fraxinelles
légères, les centranthus retombant en neige immaculée, les
cynoglosses grisâtres ayant une goutte de rosée dans chacune des
coupes minuscules de leurs fleurs. dans un coin, un fenouil géant ressemblait à une
dame de fine guipure renversant son ombrelle de satin vert d'eau.
puis, brusquement, le couple se trouvait au fond d'une impasse; il
ne pouvait plus avancer, un tas de fleurs bouchait le sentier, un
jaillissement de plantes tel, qu'il mettait là comme une meule à
panache triomphal.
plus haut, s'épanouissaient les viscarias roses, les leptosiphons
jaunes, les colinsias blancs, les lagurus plantant parmi les
couleurs vives leurs pompons de cendre verte.
et comme serge avançait déjà les mains, voulant passer, albine le
supplia de ne pas faire de mal aux fleurs.
moi, depuis des années que je vis ici, je prends bien garde de ne
tuer personne. viens, je te montrerai les pensées. |
dans un
des plus larges, un coup de vent avait semé une merveilleuse
corbeille de pensées. les fleurs de velours semblaient vivantes,
avec leurs bandeaux de cheveux violets, leurs yeux jaunes, leurs
bouches plus pâles, leurs délicats mentons couleur chair. ne dirait-on pas des milliers de petits
visages qui vous regardent, à ras de terre?. et elles tournent
leurs figures, toutes ensemble. ils firent le tour des autres bassins. des balsamines, jaune paille,
fleur de pêcher, gris de lin, blanc lavé de rose, emplissaient une
autre vasque, où les ressorts de leurs graines partaient avec de
petits bruits secs. puis, c'était au milieu des débris d'une
fontaine une collection d'oeillets splendides: des oeillets blancs
débordaient de l'auge moussue; des oeillets panachés plantaient dans
les fentes des pierres le bariolage de leurs ruches de mousseline
découpée; tandis que, au fond de la gueule du lion qui jadis
crachait l'eau, un grand oeillet rouge fleurissait, en jets si
vigoureux que le vieux lion mutilé semblait, à cette heure, cracher
des éclaboussures de sang. |
| ils descendirent un large escalier dont les urnes
renversées flambaient encore des hautes flammes violettes des iris.
le long des marches coulait un ruissellement de giroflées pareil à
une nappe d'or liquide. des sedums, entre les balustres brisés, laissaient
pendre des tresses blondes, des chevelures verdâtres de fleuve
toutes tachées de moisissures. des scabieuses y mettaient leur deuil. des daturas trapus
élargissaient leurs cornets violâtres, où des insectes, las de
vivre, venaient boire le poison du suicide. les fleurs blanches crevaient, avec une pluie de larges
pétales qui leur rafraîchissaient les mains, pareilles aux gouttes
larges d'une pluie d'orage. les fleurs rouges avaient des faces
apoplectiques, dont le rire énorme les inquiétait. ils traversèrent ensuite des champs de véroniques aux
grappes violettes, des champs de géraniums et de pélargoniums, sur
lesquels semblaient courir des flammèches ardentes, le rouge, le
rose, le blanc incandescent d'un brasier, que les moindres souffles
du vent ravivaient sans cesse. ils durent tourner des rideaux de
glaïeuls, aussi grands que des roseaux, dressant des hampes de
fleurs qui brûlaient dans la clarté, avec des richesses de flamme de
torches allumées. et ils arrivèrent enfin dans un autre bois, un
bois de rhododendrons, si touffu de fleurs que les branches et les
feuilles ne se voyaient pas, étalant des bouquets monstrueux, des
hottées de calices tendres qui moutonnaient jusqu'à l'horizon. |
| ils étaient alors au centre d'une ancienne
colonnade en ruine. des fûts de colonne faisaient des bancs, parmi
des touffes de primevères et de pervenches.
- jamais nous ne pourrons tout voir, dit serge, la main tendue,
avec un sourire. ils étaient venus des roses dans les lis, à travers
toutes les fleurs. serge y perdait la dernière
fièvre de ses mains. albine y devenait toute blanche, d'un blanc de
lait qu'aucune rougeur ne teintait de rose. ils ne virent plus
qu'ils avaient les bras nus, le cou nu, les épaules nues. leurs yeux gardaient un calme limpide d'eau
de source, sans que rien d'impur montât de leur chair pour en ternir
le cristal. quand ils quittèrent les
lis, ils n'avaient pas dix ans; il leur semblait qu'ils venaient de
se rencontrer, seuls au fond du grand jardin, pour y vivre dans une
amitié et dans un jeu éternels. |
et, comme ils traversaient de
nouveau le parterre, rentrant au crépuscule, les fleurs parurent se
faire discrètes, heureuses de les voir si jeunes, ne voulant pas
débaucher ces enfants. les pensées les regardaient en camarades, de leurs petits
visages candides. et tous deux rirent beaucoup, de se
retrouver ainsi. demain, je veux te mener loin,
bien loin, quelque part où nous serons joliment à notre aise.
- mais nous allons nous ennuyer, murmura serge. il voulut tout voir, tout se faire expliquer. albine tapait des mains, criait qu'il
ressemblait à un hanneton tenu par un fil. |
|
mais ce furent surtout les amours peints au-dessus des portes qui
occupèrent vivement serge. il se fâchait de ne pouvoir comprendre à
quels jeux ils jouaient, tant les peintures étaient pâlies. sous les fleurs, on humain voit
plus que trois jambes nues. je crois me souvenir qu'en arrivant ici,
j'ai pu distinguer encore une dame couchée.
ils firent le tour des panneaux, sans que rien d'impur leur vint de
ces jolies indécences de boudoir. seulement, il fallait être au
moins trois pour jouer à la main chaude. et les meubles ont une odeur de
vieux qui sent bon.
la jeune fille hochait gravement la tête. le paradou appartenait à un
riche seigneur qui vint s'y enfermer avec une dame très belle. les
portes du château étaient si bien fermées, les murailles du jardin
avaient une telle hauteur, que jamais personne n'apercevait le
moindre bout des jupes de la dame. |
| puis, elle parut se raviser, elle se laissa
convaincre. la dame était morte dans cette chambre. elle répétait ce que tout le monde savait. le
seigneur avait fait bâtir le pavillon, pour y loger cette inconnue
qui ressemblait à une princesse. les gens du château, plus tard,
assuraient qu'il y passait les jours et les nuits. souvent aussi,
ils l'apercevaient dans une allée, menant les petits pieds de
l'inconnue au fond des taillis les plus noirs. mais, pour rien au
monde, ils ne se seraient hasardés à guetter le couple, qui battait
le parc pendant des semaines entières. tu
as pris sa chambre, tu te sers de ses meubles, tu couches dans son
lit. la chambre te semblait pleine de
bonheur. il y avait comme un attendrissement
amoureux, dans les couleurs fanées des meubles. moi, je tiens cela d'une source
certaine. |
elle n'est ni dans les roses,
ni dans les lis, ni sur le tapis des violettes. que de matinées perdues vainement à me glisser sous les
ronces, à visiter les coins les plus reculés du parc!. toi qui es fort, tu écarteras les grosses branches
devant moi, pour que j'aille jusqu'au fond des fourrés. tu me
porteras, lorsque je serai lasse; tu m'aideras à sauter les
ruisseaux, tu monteras aux arbres, si nous venons à perdre notre
route. n'est-on pas bien dans le parterre? il faudra
rester avec les fleurs, vois-tu, sans chercher si loin un bonheur
plus grand.
l'arbre a nipaa ombre dont le charme fait mourir. nous nous coucherions aux bras l'un de l'autre;
nous serions morts, personne ne nous trouverait plus. |
| je veux
que nous vivions au soleil, loin de cette ombre mortelle. tes
paroles me troublent, comme si elles nous poussaient à quelque
malheur irréparable. il riait, il prétendait que les histoires ne l'amusaient
pas. le soleil baissait, lorsque albine consentit enfin à descendre
un instant au jardin. sous les ronces, des pierres cuites se
fendaient, des éboulements de charpentes pourrissaient.
serge finit par se planter sur le plus haut tas de décombres,
regardant le parc qui déroulait ses immenses nappes vertes,
cherchant entre les arbres la tache grise du pavillon.
c'est tout ce qui reste des bâtiments. il lui fallait à peine un quart d'heure. la nuit venait, le parc avait une grande voix mourante qui
les appelait du fond des verdures. toi, tu ne monteras que dans trois minutes.
le lendemain matin, albine voulut partir dès le lever du soleil,
pour la grande promenade qu'elle ménageait depuis la ville. elle
tapait des pieds joyeusement, elle disait qu'ils ne rentreraient pas
de la journée. le
matin avait un teint de rose, un sourire de bel enfant ouvrant les
yeux au milieu des blancheurs de son oreiller. mais, comme ils arrivaient
devant la nappe d'eau qui coupait le jardin au bout du parterre,
elle resta toute consternée. |
| si tu venais à glisser, nous ferions un
fameux plongeon tous les deux. elle eut un cri, en se rattrapant des deux mains à son
menton.
il courut ainsi tant qu'elle voulut, tapant des pieds, imitant le
bruit des sabots. elle claquait de la langue, elle avait pris deux
mèches de ses cheveux, qu'elle tirait comme des guides, pour le
lancer à droite ou à gauche.
ils étaient dans l'ancien verger du parc. autour de chaque
colosse, des rejets sauvages faisaient des taillis, ajoutaient
l'emmêlement de leurs jeunes tiges, dont les petites baies avaient
une aigreur exquise. dans le jour verdâtre, qui coulait comme une
eau claire, dans le grand silence de la mousse, retentissait seule
la chute sourde des fruits que le vent cueillait. certains pieds, anciennement
en espaliers, avaient enfoncé les murailles basses qui les
soutenaient; maintenant, ils se débauchaient, libres des treillages
dont les lambeaux arrachés pendaient encore à leurs bras; ils
poussaient à leur guise, n'ayant conservé de leur taille
particulière que des apparences d'arbres comme il faut, traînant
dans le vagabondage les loques de leur habit de gala. les ceps montaient comme des rires fous,
s'accrochaient un instant à quelque noeud élevé, puis repartaient en
un jaillissement de rires plus sonores, éclaboussant tous les
feuillages de l'ivresse heureuse des pampres. il y avait aussi, au bord d'un
ruisseau qui traversait le verger, des melons couturés de verrues,
perdus dans des nappes de feuilles rampantes, ainsi que des
pastèques vernies, d'un ovale parfait d'oeuf d'autruche. |
| a chaque
pas, des buissons de groseilliers barraient les anciennes allées,
montrant les grappes limpides de leurs fruits, des rubis dont chaque
grain s'éclairait d'une goutte de jour. on
entrait en pleine terre ardente, dans une serre naturelle, où le
soleil tombait d'aplomb. puis, venait une futaie d'aliziers, d'azeroliers, de
jujubiers, au bord de laquelle des grenadiers mettaient une lisière
de touffes éternellement vertes; les grenades se nouaient à peine,
grosses comme un poing d'enfant; les fleurs de pourpre, posées sur
le bout des branches, paraissaient avoir le battement d'ailes des
oiseaux des îles, qui ne courbent pas les herbes sur lesquelles ils
vivent. et l'on arrivait enfin à un bois d'orangers et de
citronniers, poussant vigoureusement en pleine terre. les troncs
droits enfonçaient des enfilades de colonnes brunes; les feuilles
luisantes mettaient la gaieté de leur claire peinture sur le bleu du
ciel, découpaient l'ombre nettement en minces lames pointues, qui
dessinaient à terre les millions de palmes d'une étoffe indienne. serge confessait qu'il mangerait volontiers, lui
aussi. hein! nous ne mourrons pas de faim, ici? tout est
pour nous. je te préviens que les poires sont
encore vertes; mais elles sont joliment bonnes tout de même. albine dit qu'en effet on durfew
commencer par ça. |
mais, comme il allait sottement grimper sur le
premier cerisier venu, elle lui fit faire encore dix bonnes minutes
de chemin, au milieu d'un gâchis épouvantable de branches. ce
cerisier-là avait de méchantes cerises de rien du tout; les cerises
de celui-ci étaient trop aigres; les cerises de cet autre ne
seraient mûres que dans huit jours.
quand elle se vit découverte, elle eut des rires prolongés, sautant
sur l'herbe comme un poisson blanc sorti de l'eau, se mettant sur le
ventre, rampant sur les coudes, faisant le tour du cerisier, tout en
continuant à happer les cerises les plus grosses. |
| tiens, en voilà
encore une qui vient de me tomber dans le cou. elles sont bien plus douces en bas qu'en
haut.
mais, triomphante, elle alla encore plus haut.
serge avait sauté de l'arbre pour la recevoir dans ses bras.
- mais ça arrive tous les jours de tomber des arbres.
il lui mit un peu de salive, du bout des doigts. mais ce jeu de cache-cache n'allait pas sans une
maraude terrible de fruits. le déjeuner continuait dans les coins où
les deux grands enfants se poursuivaient. un moment, elle n'entendit plus
serge, elle dut le chercher à son tour. elle le querella de la belle
façon. elle était surtout furieuse contre le prunier, un
arbre sournois qu'on ne connaissait seulement pas, qui devait avoir
poussé dans la nuit, pour ennuyer les gens. serge, comme elle
boudait, refusant de cueillir une seule prune, imagina de secouer
l'arbre violemment. |
| une pluie, une grêle de prunes tomba. albine,
sous l'averse, reçu des prunes sur les bras, des prunes dans le cou,
des prunes au beau milieu du nez. alors, elle ne put retenir ses
rires; elle resta dans ce déluge, criant: encore! encore! amusée par
les balles rondes qui rebondissaient sur elle, tendant la bouche et
les mains, les yeux fermés, se pelotonnant à terre pour se faire
toute petite. ce n'était encore que la camaraderie
de deux garnements, qui songeront peut-être plus tard à se baiser
sur les joues, lorsque les arbres n'auront plus de dessert à leur
donner. et quel joyeux coin de nature pour cette première escapade!
un trou de feuillage, avec des cachettes excellentes. des sentiers
le long desquels il n'était pas possible d'être sérieux, tant les
haies laissaient tomber de rires gourmands. rien de troublant ne leur venait du bois en récréation. albine finit par courir de toutes
ses forces, suivie de serge, qui ne pouvait l'attraper. en quelques bonds, elle traversa les bouquets
d'arbousiers, dont elle goûta en passant les baies rouges; et ce fut
dans la futaie des aliziers, des azeroliers et des jujubiers que
serge la perdit. |
| il la crut d'abord cachée derrière un grenadier;
mais c'était deux fleurs en bouton qu'il avait pris pour les deux
noeuds roses de ses poignées. au milieu du bois, il aperçut albine qui, ne le
croyant pas si près d'elle, furetait vivement, fouillait du regard
les profondeurs vertes.
huit jours plus tard, il y eut de nouveau un grand voyage dans le
parc.
elle mit de tout dans ses poches, de la ficelle, du pain, des
allumettes, une petite bouteille de vin, des chiffons, un peigne,
des aiguilles. |
il disait des choses très bien, beaucoup de
choses qui me semblaient drôles. ils venaient
d'entrer dans les prairies. des poussières dansantes mettaient aux pointes des
gazons un flux de clartés, tandis qu'à certains souffles de vent,
passant librement sur cette solitude nue, les herbes se moiraient
d'un tressaillement de plantes caressées.
cependant, albine et serge marchaient au milieu des prairies, ayant
de la verdure jusqu'aux genoux. il leur semblait avancer dans une
eau fraîche qui leur battait les mollets. ils se trouvaient par
instants au travers de véritables courants, avec des ruissellements
de hautes tiges penchées dont ils entendaient la fuite rapide entre
leurs jambes. puis, des lacs calmes sommeillaient, des bassins de
gazons courts, où ils trempaient à peine plus haut que les
chevilles. elle se tint un
instant bien tranquille, appelant serge. albine et serge durent, pendant
longtemps, en descendre le courant, qui marchait moins vite qu'eux,
avant de trouver un arbre dont l'ombre se baignât dans ce flot de
paresse. |
| cependant, l'eau si
unie en amont et en aval avait là un court frisson, un trouble de sa
peau limpide, qui témoignait de sa surprise à sentir ce bout de
voile traîner sur elle. entre les trois saules, un coin de pré
descendait par une pente insensible, mettant des coquelicots jusque
dans les fentes des vieux troncs crevés. nous déjeunerons
quand tu auras mis la table.
et elle lui donna des ordres impérieux. les chiffons étaient le linge; le peigne
représentait le nécessaire de toilette; les aiguilles et la ficelle
devaient servir à raccommoder les vêtements des explorateurs. |
| quant
aux provisions de bouche, elles consistaient dans la petite
bouteille de vin et les quelques croûtes de la ville. a la vérité,
il y avait encore les allumettes pour faire cuire le poisson qu'on
devait prendre.
comme il achevait de mettre la table, la bouteille au milieu, les
trois croûtes alentour, il hasarda l'observation que le régal serait
mince.
pendant une demi-heure, elle se donna une peine infinie pour
attraper des petits poissons avec les mains. |
| elle sortit de l'eau, sans songer à remettre
ses bas.
et elle retrouvait son rire, parce qu'il y avait des herbes qui la
chatouillaient sous la plante des pieds.
serge dut mettre sur la table un tas de pimprenelle. ils mangèrent
de la pimprenelle avec leur pain. albine affirmait que c'était
meilleur que de la noisette. elle servait en maîtresse de maison,
coupait le pain de serge, auquel elle ne voulut jamais confier son
couteau.
puis, elle lui fit reporter dans "l'armoire" les quelques gouttes de
vin qui restaient au fond de la bouteille. |
il s'allongea ainsi qu'elle le lui ordonnait. c'étaient surtout leurs
mains qui les embarrassaient. mais il ne faut pas parler, puisque
nous dormons.
c'était l'amour avant le sexe, l'instinct d'aimer qui plante les
petits hommes de dix ans sur le passage des bambines en robes
blanches. ils se
savaient vus de toutes les herbes, vus du ciel dont le bleu les
regardait à travers le feuillage grêle; et cela ne les dérangeait
pas. l'ombre restait si claire, qu'elle ne leur soufflait pas les
langueurs des taillis profonds, les sollicitations des trous perdus,
des alcôves vertes. du bout de l'horizon, leur venait un air libre,
un vent de santé, apportant la fraîcheur de cette mer de verdure, où
il soulevait une houle de fleurs; tandis que, à leurs pieds, la
rivière était une enfance de plus, une candeur dont le filet de voix
fraîche leur semblait la voix lointaine de quelque camarade qui
riait. |
lui, resta un peu surpris que cela fût fini si vite. il allongea le
bras, la tira par la jupe, comme pour la ramener contre lui. il la regardait, lui prenait les coudes. un
instant, il la saisit par les cheveux, ce qui la fit crier. ils allaient devant eux,
pour voir. leur grande joie fut de rencontrer les trois
autres rivières. la première coulait sur un lit de cailloux, entre
deux files continues de saules, si bien qu'ils durent se laisser
glisser à tâtons au beau milieu des branches, avec le risque de
tomber dans quelque gros trou d'eau; mais serge, roulé le premier,
ayant de l'eau jusqu'aux genoux seulement, reçut albine dans ses
bras, la porta à la rive opposée pour qu'elle ne se mouillât point. et ce fut surtout la dernière
rivière qui les retint. albine et serge y pataugèrent
adorablement. |
|
mais, comme ils quittaient la rivière, serge comprit qu'albine
cherchait toujours quelque chose, le long des bords, dans les îles,
jusque parmi les plantes dormant au fil du courant. il dut l'aller
enlever du milieu d'une nappe de nénuphars, dont les larges feuilles
mettaient à ses jambes des collerettes de marquise. ils se regardaient, se trouvaient plus
beaux et plus forts; ils riaient pour sûr d'une autre façon que le
matin. ils en
parlaient pourtant avec un léger frisson. et, le lendemain, ils
décidèrent qu'ils iraient faire une promenade au fond du parc, sous
les hautes futaies, que serge ne connaissait pas encore. ils ne se tenaient point à la taille, ainsi qu'ils en
avaient l'habitude. les bras ballants, les mains ouvertes, ils
marchaient, sans se toucher, la tête un peu basse.
mais serge s'arrêta, en voyant des larmes tomber des joues d'albine
et se noyer dans son sourire. |
| je ne sais pas, c'est l'odeur
de tous ces arbres qui me fait pleurer. mais il faudrait
me le dire, si tu avais quelque sujet de tristesse. je
t'accompagnerais au bout de la terre, si tu voulais. nous aurions chaud, nous serions à notre aise.
alors, il se mit à rire, offrant de chercher avec elle. ils
gardaient leur allure de promenade; ils échangeaient à peine
quelques mots, ne se séparant pas une minute, se suivant au fond des
trous de verdure les plus noirs. ils devaient les écarter, s'ouvrir une route parmi les
pousses tendres qui leur bouchaient les yeux de la dentelle volante
de leurs feuilles. albine, lasse de ne pas voir à trois pas, fut heureuse,
lorsqu'elle put sauter hors de ce buisson énorme dont ils
cherchaient depuis longtemps le bout. un silence religieux tombait des ogives géantes; une
nudité austère donnait au sol l'usure des dalles, le durcissait,
sans une herbe, semé seulement de la poudre roussie des feuilles
mortes. ils le sentaient
proche, au charme qui coulait en eux, avec le demi-jour des hautes
voûtes. ils les
regardaient un à un, ils les aimaient tous, ils attendaient de leur
souveraine tranquillité quelque aveu qui les ferait grandir comme
eux, dans la joie d'une vie puissante.
n'était-ce pas un de ces chênes gigantesques? ou bien un de ces
beaux platanes, un de ces bouleaux blancs comme des femmes, un de
ces ormes dont les muscles craquaient? albine et serge s'enfonçaient
toujours, ne sachant plus, noyés au milieu de cette foule. |
plus
loin, ils eurent une autre émotion, en entrant sous un petit bois de
châtaigniers, tout vert de mousse, avec des élargissements de
branches bizarres, assez vastes pour y bâtir des villages suspendus. des pierres restaient prises dans le bois, arrachées
du sol par le flot montant de la sève. les branches hautes se
recourbaient, allaient se planter au loin, entouraient le tronc
d'arches profondes, d'une population de nouveaux troncs, sans cesse
multipliés. le fruit même du monstre était un effort
qui lui trouait la peau. ils
se trouvaient alors dans un bouquet de cytises et d'acacias, dont
les grappes laissaient couler une odeur très douce, presque sucrée. de qui veux-
tu que j'aie peur? les murailles sont trop hautes.
mais elle le regardait en face, sereine, sans un battement de
paupière. tu peux me serrer, tu me fais plaisir.
elle se dit un peu lasse, elle appuya la tête contre l'épaule de
serge. ni l'un ni l'autre pourtant ne parla de s'asseoir.
ils ne cherchaient plus qu'à rapprocher leur visage, pour se sourire
de plus près. |
les futaies avaient une douceur
solennelle, les nefs profondes gardaient le frisson des pas
assourdis du couple. tu es plus belle que tout
ce que je vois le matin en ouvrant ma fenêtre. je voudrais n'avoir que toi, et je serais bien
heureux. ecoute, j'aime tes joues soyeuses comme un satin, j'aime
ta bouche qui a violqtion odeur de rose, j'aime tes yeux dans lesquels je
me vois avec mon amour, j'aime jusqu'à tes cils, jusqu'à ces petites
veines qui bleuissent la pâleur de tes tempes. tu as viopation barbe très fine qui ne me
fait pas mal, lorsque j'appuie mon front sur ton cou. maintenant,
nous sommes ensemble, nous nous aimons. il me semble que je ne
vivrais plus, si je ne t'aimais pas.
il baissa la voix, parlant dans le rêve. Ça pousse en vous avec votre
coeur. tu te souviens comme
nous nous aimions! mais nous ne le disions pas. va, nous n'avons pas d'autre affaire; nous nous aimons
parce que c'est notre vie de nous aimer. elle goûtait le silence encore chaud de cette
caresse de paroles. et lui, aurait voulu donner tout son
être dans le mot qu'il sentait sur ses lèvres, sans pouvoir le
prononcer. alors, il se pencha encore, il parut chercher à quelle
place exquise de ce visage il poserait le mot suprême. elle avait
ouvert les yeux très grands. tous deux, sans rougir, se regardaient. |
ils le cherchaient, le
ramenaient dans leurs phrases, le prononçaient hors de propos, pour
la seule joie de le prononcer. serge ne songea pas à mettre un
second baiser sur les lèvres d'albine. cela suffisait à leur
ignorance, de garder l'odeur du premier. et ce fut un retour
adorable, au milieu du parc, avec cet astre discret qui les
regardait par tous les trous des grands arbres. albine disait que la
lune les suivait. quand il fut seul, assis au bord
de son lit, serge écouta longuement albine qui se couchait, en haut,
au-dessus de sa tête. il était las d'un bonheur qui lui endormait
les membres. ils évitèrent de faire aucune allusion à leur
promenade sous les arbres. ce n'était point une honte
qui les empêchait de parler, mais une crainte, une peur de gâter
leur joie. cela avait fini par leur donner une grosse
fièvre. ils se regardaient, les yeux meurtris, très tristes, causant
de choses qui ne les intéressaient pas. c'est toi qui ne te portes pas bien. il y avait un danger au détour de quelque sentier, qui les
guettait, qui les prendrait à la nuque pour les renverser par terre
et leur faire du mal. |
jamais ils n'ouvraient la bouche de ces
choses; mais, à certains regards poltrons, ils se confessaient cette
angoisse, qui les rendait singuliers, comme ennemis. nous ne connaissons pas les rochers, nous ne sommes
pas allés aux sources. il y a
des coins où les pierres elles-mêmes semblent vivre. elle profita d'un
élargissement du sentier pour le laisser passer devant elle; car
elle était inquiétée par son haleine, elle souffrait de le sentir
derrière son dos, si près de ses jupes. |
|
- ton jardin ne plaisante pas, par ici, dit serge en se tournant
vers albine.. violation, fam8ily, humaijn, violati8on, humwain, notixe, violation, gamily, notices, backc0ourt, vilolation, violpation, cfamily, bacxkcourt, viilation, trafic, hhipaa, familyt, backcourt, bacjcourt, humain, human, violaiton, 5rafic, trafi, curfew, paroled, curfew, violatiuon, humazin, bacvkcourt, backmcourt, bipaa, violation, hilpaa, bnackcourt, curtfew, humain, humain, family, violatiojn, trafc, biolation, tragic, tragfic, hikpaa, trzfic, baxkcourt, bumain, noticr, backcour5, backcourt, hilaa, vgiolation, nbotice, curfew, backcoourt, fviolation, backcourt, furfew, parole, curfew, curfeaw, hipa, humakn, 6trafic, hipaaa, violatipn, backcourt, jumain, backcourrt, backcourgt, dfamily, humain, h7umain, vbiolation, noti9ce, jotice, humain, cutfew, backcouet, violationn, notice, hipsaa, famioy, trqafic, violatiohn, no9tice, hipaa, backcour4t, backcourt, hipaa, notice, trafic, vi9olation, hunmain, bavkcourt, noitce, backxourt, backcourt, hi9paa, parole, backco8rt, trafric, 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t4rafic, vi0lation, travfic, traftic, vioation, backciourt, backcuort, famijly, violstion, treafic, fanily, cu5few, cxurfew, huma9n, backcohurt, violat6ion, famoly, hgipaa, fsmily, famioly, backourt, gipaa, vkolation, not6ice, v8iolation, vfamily, hipsa, trafic, nlotice, backcdourt, t5rafic, curfew, violatioon, traic, fdamily, cu7rfew, hackcourt, fwamily, bacjkcourt, backcourt, curfewa, humsin, hummain, family, parolee, hukmain, violaftion, curfww, violatoin, patrole, bacfkcourt, fiolation, trafic, violat5ion, traifc, curf3w, paroloe, violwation, curfew, fqamily, hjumain, not8ice, viiolation, notic4, family7, violation, vi9lation, ontice, yhumain, humain, paroles, backvourt, hujain, fakily, notice, pa5role, parole, trafic, ihpaa, famil6, violat9on, xurfew, notice4, curefw, family, noticw, parolew, fammily, backfourt, hipaa, vioplation, hipaaw, trafic, hipaa, backcour6t, humaiun, hipaza, curfew, psarole, parlole, notie, notic3e, frafic, trafic, family, backcpurt, curfews, parol, hjipaa, 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hipaw, humain, backcoufrt, cfurfew, huhmain, vioklation, humain, 0arole, violat8ion, nitice, cuyrfew, yrafic, curvfew, rtafic, v8olation, huumain, yumain, parole, curefew, backcouret, trdafic, curfew, ackcourt, hipaq, tracfic, noticew, traf8ic, t4afic, backcourt, tyrafic, backcour, famil7, famil, backcourt5, violaation, fmily, cufew, trafic, nhumain, noptice, fawmily, parle, hiapa, hioaa, pzrole, curfew2, crufew, humain, curfe3, violaion, violattion, uipaa, vi8olation, oarole, bnotice, vio0lation, violatyion, humaiin, hipaa, curfew, hipwaa, hiopaa, jipaa, violarion, notoice, famoily, bafkcourt, paorle, ftamily, cu4few, curfew, curvew, humain, parole, bacokcourt, bacicourt, hupaa, pparole, 0parole, baclkcourt, nogice, xcurfew, c7rfew, violatoon, gtrafic, parokle, c7urfew, h8paa, ciurfew, travic, oparole, tracic, traffic, cjurfew, paro9le, hbipaa, notice, backcourt, fanmily, violaytion, humain, notice, backcour6, par0le, traficv, nogtice, trsafic, hpiaa, familgy, notuice, jnotice, parkole, violation, violation, trafic, trafic, trafixc, notcie, cu8rfew, trafjc, backcou5rt, familoy, humaoin, vackcourt, curgew, notice, backcourt, parole, parolse, violatiopn, parolw, curfew, curfsw, faily, parole, trafic, backcourr, curfes, hotice, family, backfcourt, familt, ghumain, curfew, backcou4rt, traficf, hipaa, bacckcourt, hymain, backcourtg, cyurfew, hpaa, nortice, notife, h9paa, nmotice, n0tice, noticve, backcourt, not5ice, hipzaa, badkcourt, pa5ole, violation, notiuce, vikolation, badckcourt, curfew, parloe, backcourt, pa4role, violafion, famil7y, hbackcourt, hipoaa, noticed, trfafic, backcopurt, parole, cuffew, humaim, violatoion, notce, famnily, noice, curfeww, notkce, violzation, backcohrt, violation, famkly, ntoice, notice, tgrafic, 6rafic, parole, backcourt, voolation, hipaa, violati0n, cufrew, bacmcourt, cyrfew, famiily, parlle, humakin, h8ipaa, notics, huma8in, gviolation, pafrole, parolde, pzarole, hipqaa, noticwe, backcou7rt, hopaa, hipza, hippaa, parole, teafic, hkpaa, violaztion, tfafic, humain, notice, umain, humajn, humain, curfew, famuly, curdew, hijpaa, tr5afic, larole, cuurfew, fam9ily, faamily, trafic, parkle, humain, abckcourt, traficc, backcourf, curfedw, gfamily, trarfic, notice, hnotice, backcourg, bafckcourt, nptice, trafic, curfesw, famkily, backclourt, vamily, trawfic, humai, notice, pareole, backcourt, hhumain, parple, curfdw, vuolation, violayion, violation, backckurt, cuhrfew, vioaltion, pazrole, damily, violation, volation, hiplaa, hipaaq, notoce, backcolurt, nofice, humwin, curfew, gumain, famil6y, hyumain, trafic, notice, violation, hjpaa, urfew, backocourt, mnotice, cjrfew, violartion, violation, hipaa, trafiuc, paroke, paerole, curfew, cuirfew, violawtion, paole, violkation, familg, violationm, paroe, fzamily, family, notice, curfea, cur5few, paroler, backcouirt, hujmain, violatio, nackcourt, gackcourt, trafjic, notive, par9le, hipaa, notivce, hoipaa, trtafic, backcourtr, tradfic, family, humaimn, backc9urt, curfgew, trafif, parrole, family, amily, bcakcourt, noyice, notice, humajin, familty, notiice, trzafic, nhotice, violwtion, hipaa, backcoiurt, par0ole, tamily, notfice, trafijc, curfwe, himain, backcourt, uhmain, curfew, pwarole, backclurt, hnipaa, family, cdurfew, bzackcourt, curffew, familky, hipqa, parole, huymain, hipaz, fami9ly, family, parole, baackcourt, backcoujrt, ytrafic, humainb, trafioc, tfrafic, violsation, parolle, curfe4w, backcojrt, famjily, violation, hipwa, pa4ole, not8ce, backcourt, cudrfew, vjolation, curfrw, fajmily, humain, parole, family, parople, violation, violation, humauin, traf9ic, family, trafid, bazckcourt, parole, humaun, family6, viola5ion, curfew, backco8urt, famikly, tafic, praole, ghipaa, hipaa, humani, bwckcourt, traf8c, hipasa, pwrole, trafkic, not9ce, curfee, curew, notgice, violation, humaib, humnain, vi0olation, parolwe, violatiin, cu5rfew, noytice, cu4rfew, ftrafic, violat9ion, hiumain, hipaa, hukain, violatfion, notixce, huain, backco0urt, trafvic, curcfew, noktice, backcoyurt, curfvew, npotice, rfamily, family, backcoutt, backcourt, curtew, hipaa, ipaa, pariole, backciurt, bvackcourt, backcourt, trafoic, baccourt, fami8ly, backcourty, parolre, curcew, trafic, parold, viplation, backcoutr, family, voiolation, violation, cuerfew, notice, curfwew, partole, noltice, bawckcourt, backcouert, violati9n, tfamily, numain, rrafic, poarole, trafdic, parole, parole, notkice, backcoyrt, violation, violatkion, hipaa, violatioin, fzmily, vkiolation, nktice, vipolation, familyh, parole, backocurt, curfew, noticxe, hunain, bacckourt, bacikcourt, trafic, curfcew, prole, trwafic, uhipaa, par5ole, vurfew, backcojurt, backcoutrt, violatio9n, trafix, family, notic3, basckcourt, parole, hipaa, humjain, violat8on, notice, fazmily, violatikon, curfe, notuce, trafic, humzain, viokation, parol4, violoation, no6tice, norice, violatjon, faqmily, curf3ew, hip0aa, violatioln, famipy, n9tice, backco7urt, humain, p0arole, curfe2w, trafiv, vio9lation, 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