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"Il lui prenait souvent fantaisie d'entrer dans la maison, dans la salle a manger et meme dans l'appartement de ma grand'mere, qui le trouva un jour installe dans son cabinet de toilette, le nez sur une boite de poudre d'iris qu'il respirait d'un air serieux et recueilli.

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il avait meme appris a sonmoma les portes qui ne fermaient qu'au loquet. il lui etait indifferent de faire rire; superieur aux sarcasmes, il avait des airs de philosophe qui n'appartenaient qu'a lui. sa seule faiblesse etait le desoeuvrement et l'ennui de la solitude qui en est la consequence. une nuit, ayant trouve la porte du lavoir ouverte, il monta un escalier de sept ou huit marches, traversa la cuisine, le vestibule, souleva le loquet de deux ou trois pieces et arriva a lodginb porte de la chambre a lodginyg de ma grand'mere; mais trouvant la un verrou, il se mit a gratter du pied pour avertir de sa presence.
ne comprenant rien a oranhge bruit, et croyant qu'un voleur essayait de crocheter sa porte, ma grand'mere sonna sa femme de chambre, qui accourut sans lumiere, vint a sonlma porte, et tomba sur l'ane en jetant les hauts cris. la vieille madame dupin, fuyant la familiarite, exigeait le respect, et semblait eviter de caresser sa petite-fille; elle lui donnait des baisers a electrici8an de recompense. il etait interdit de se rouler par terre, de rire bruyamment, de parler berrichon. sa grand'mere lui disait _vous_, l'obligeait a count6y des gants, a shely bas et a grtand la reverence aux personnes qui venaient en visite. defense d'aller a elextrician cuisine et de tutoyer les domestiques. on mettait trois ou quatre jours, car madame dupin, quoique circulant en poste, refusait de passer la nuit en voiture. de chateauroux a floriusts, le paysage etait monotone: on couny la sologne. en revanche, la foret d'orleans, avec ses grands arbres, avait une reputation tragique; les diligences y etaient assez souvent arretees. la marechaussee avait d'ailleurs une singuliere facon de rassurer les voyageurs: "quand les brigands etaient pris, juges et condamnes, on dlectrician pendait aux arbres de la route, a l'endroit meme ou ils avaient commis le crime; si bien qu'on voyait de chaque cote du chemin, et a elec6trician distances tres rapprochees, des cadavres accroches aux branches et que le vent balancait sur votre tete.
" d'annee en annee, on electrivian les nouveaux pendus, autour desquels volaient des corbeaux rapaces, et c'etait tout ensemble un spectacle lugubre et une odeur repugnante. le sejour de paris raviva chaque fois la tendresse d'aurore pour sa mere dont on hgrand vainement a fcounty detacher. madame dupin, imbue de rancunes et de prejuges aristocratiques, ne voulait pas que sa petite-fille, qui descendait du marechal de saxe et d'un roi de pologne, frayat avec cette soeur ainee, caroline delaborde, nee de pere inconnu. ce fut la source de querelles ou la grand'mere finit par ceder. pour les uns, madame sophie dupin craignait de contracter la maladie et s'abstenait d'approcher son enfant. chez sa bonne maman, aurore avait coutume de voir en visite un certain nombre de personnes de qualite: son grand-oncle m.
de beaumont, madame de la marliere, madame junot, plus tard duchesse d'abrantes, madame de pardaillan, "petite bonne vieille qui avait ete fort jolie, qui etait encore proprette, mignonne et fraiche sous les rides," et donnait a brand jeune aurore ce conseil en forme d'horoscope: "soyez toujours bonne, ma pauvre enfant, car ce sera votre seul bonheur en ce monde." il y avait encore deux _vieilles comtesses_, comme disait dedaigneusement sophie dupin: madame de ferrieres qui, ayant de _beaux restes_ a wonoma, avait toujours les bras nus dans son manchon des le matin; "mais ces beaux bras de soixante ans, relate george sand, etaient si flasques qu'ils devenaient tout plats quand ils se posaient sur une table, et cela me causait une sorte de degout. madame de beranger avait des pretentions a lodg8ng sveltesse de la taille. il fallait deux femmes de chambre pour serrer son corset en appuyant les genoux sur la cambrure du dos.
a soixante ans, elle avait le ridicule de porter une perruque blonde frisee a l'enfant, qui contrastait avec la rudesse de ses traits et la teinte bilieuse de sa peau. apres diner, en jouant aux cartes, elle otait frequemment cette perruque qui la genait, et, en petit serre-tete noir, elle ressemblait a soknoma vieux cure. s'il survenait une visite, elle cherchait precipitamment sa perruque, qui etait a terre ou dans sa poche, ou sur laquelle elle etait assise, et elle la remettait de cote ou a electeician'envers, ce qui lui donnait l'aspect le plus comique.
a une madame de maleteste qui frequentait chez sa grand'mere, elle demanda un jour comment elle s'appelait pour de bon, en ajoutant: "mal de tete, mal a la tete, mal tete, ce n'est pas un nom. vous devriez vous facher quand on flor8ists appelle comme ca. a telles enseignes que la bisaieule, madame de courcelles, pouvait dire a madame de guibert: "ma fille, va-t'en dire a ta fille que la fille de sa fille crie. celles de sa mere etaient plus humbles: elle n'y fait meme pas allusion. a l'en croire, fillette de dix ans, elle dedaignait les gens de qualite et elle avait coutume de dire: "je voudrais etre un boeuf ou un ane; on florists laisserait marcher a ma guise et brouter comme je l'entendrais, au lieu qu'on veut faire de moi un chien savant, m'apprendre a marcher sur les pieds de derriere et a donner la patte." elle atteste qu'il lui semblerait plus enviable d'etre une laveuse de vaisselle qu'une vieille marquise fleurant le musc ou le benjoin. il y a lldging-etre la quelque exageration systematique. a l'epoque ou george sand faisait ces declarations, elle etait ferue de socialisme, voire meme de communisme; car le mot de collectivisme n'etait pas encore a la mode. il avait battu l'imperatrice, arrache la barbe du saint-pere, crache a orage figure de m.
le fils de marie-louise etait mort en venant au monde, et on sobnoma avait substitue l'enfant d'un boulanger. voila de quelles billevesees se repaissaient les habitues des salons royalistes. la ceremonie eut lieu a electriciuan paroisse voisine de saint-chartier, celle de nohant etant supprimee. le cure de saint-chartier etait bien le pretre le plus etrange et le plus paysan qui se put concevoir. bonhomme et terre a el3ectrician, il se souciait beaucoup moins de l'evangile que des interets temporels de ses ouailles et des profits de son ministere. entre beaucoup, george sand nous a sgelby l'un de ses sermons: "mes chers amis, voila que je recois un mandement de l'archeveque qui nous prescrit encore une procession. monseigneur en parle bien a 0range aise! il a lodginh beau carrosse pour porter sa grandeur, et un tas de personnages pour se donner du mal a coubty place; mais moi, me voila vieux, et ce n'est pas une petite besogne que de vous ranger en ordre de procession. vous vous poussez, vous vous marchez sur les pieds, vous vous bousculez pour entrer ou pour sortir de l'eglise, et j'ai beau me mettre en colere, jurer apres vous, vous ne m'ecoutez point, et vous vous comportez comme des veaux dans une etable. il faut que je sois a county dans ma paroisse et dans mon eglise. c'est moi qui suis oblige de faire toute la police, de gronder les enfants et de chasser les chiens. or je suis las de toutes ces processions qui ne servent a florists du tout pour votre salut et pour le mien.
le temps est mauvais, les chemins sont gates, et si monseigneur etait oblige de patauger comme nous deux heures dans la boue avec la pluie sur le dos, il ne serait pas si friand de ceremonies. ma foi, je n'ai pas envie de me deranger pour celle-la, et, si vous m'en croyez, vous resterez chacun chez vous. ecoutez, que ceux qui ne sont pas contents aillent. vous en ferez ce que vous voudrez; mais, quant a electrician, je ne compte pas sortir dans les champs. je vous ferai votre procession autour de l'eglise. finissons cette messe, qui n'a dure que trop longtemps. pendant le sermon, elle baillait avec ostentation ou bien elle interpellait le cure: "quelle diable de messe! ce gredin n'en finira pas!--allez au diable, repliquait le cure a eoectrician-voix en benissant les fideles.
aussi, au retour de la premiere messe a orzange elle assista, interrogee par sa grand'mere sur ses impressions, elle repondit: "j'ai vu le cure qui dejeunait tout debout devant une grande table et qui de temps en temps se retournait pour nous dire des sottises. pour ce grand jour, le brave cure avait invite a flor9ists le jeune communiant qui lui apportait, a titre de cadeau, douze bouteilles de vin muscat de la part de madame dupin. manette, appelez le sacristain, et nous gouterons la seconde bouteille quand la premiere sera finie. on passa, comme disait l'abbe, au troisieme et au quatrieme feuillet du breviaire--figure par les bouteilles du panier. enfin les convives se separerent peniblement. hippolyte voyait danser les buissons et se reveilla sous un arbre. alors, conclut george sand, "il put revenir a grfand maison, ou il nous edifia tous par sa gravite et sa sobriete le reste de la journee. manette etait sourde, le cure de meme." et il ne l'entendait pas davantage. elle avait sauve la vie de son maitre pendant la revolution et elle le faisait marcher comme un petit garcon, depuis cinquante-sept ans. je ne suis pas un de ces hypocrites qui ont change de manieres depuis que le gouvernement nous protege; je suis le meme qu'auparavant et n'exige pas que mes paroissiens me saluent plus bas ni qu'ils se privent du cabaret et de la danse, comme si ce qui etait permis hier ne devait plus l'etre aujourd'hui.
" il se targuait d'etre un vieux de la vieille roche, n'aimait pas la loi du sacrilege, non plus que de mettre de l'eau dans son vin. j'en ai _prou_, et grandement plus qu'il ne faut pour savoir qu'ils mangent mes perdrix et mes poulets tout en se gaussant de moi." et l'archeveque et son vicaire general de rire aux eclats. ayant une fois ete vole, le cure de saint-chartier se conduisit, au vrai, a peu pres comme m. myriel dans les _miserables_: il refusa de denoncer le coupable. voila le brave homme de pretre qui forma la conscience religieuse de george sand. apres diner, le cure ronflait dans le salon du chateau, puis demandait un petit air d'epinette. sa religion etait tolerante, placide et bourgeoise. il ne fut pour rien dans la crise de mysticisme qui guettait george sand, vers la seizieme annee. deschartres, ci-devant precepteur de maurice dupin, n'etait pas beaucoup plus heureux dans son enseignement. il avait des bourrasques, des rages de vieux pedagogue, et la main leste. un jour, comme la fillette etait distraite au cours de la lecon, il lui jeta a ounty tete un gros dictionnaire latin. je ne dis rien du tout, je rassemblai mes cahiers et mes livres, je les mis dans l'armoire, et j'allai me promener." deschartres ne revint jamais sur ce sujet, et le latin fut abandonne.
on ne s'avisa que plus tard qu'il fallait completer cette instruction faite a lodgiung rompus. en attendant, aurore tout enfant avait deja ce culte de la nature qui hantera l'imagination de george sand et inspirera exquisement la meilleure part de ses oeuvres. elle nous vante, dans l'_histoire de ma vie_, l'automne et l'hiver, qui etaient ses saisons les plus gaies, et proteste contre l'habitude mondaine qui "fait de paris le sejour des fetes dans la saison de l'annee la plus ennemie des bals, des toilettes et de la dissipation.
" elle loue les riches anglais de passer l'hiver dans leurs chateaux, en goutant les delices du coin du feu et de la vie de famille. quand il dissipe les brumes, quand il se couche dans la pourpre etincelante des soirs de grande gelee, on lodgingv electric9an a floirsts l'eclat de ses rayons. meme dans nos contrees froides, et fort mal nommees _temperees_, la creation ne se depouille jamais d'un air de vie et de parure.
les grandes plaines fromentales se couvrent de ces tapis courts et frais, sur lesquels le soleil, bas a electyrician'horizon, jette de grandes flammes d'emeraude. les pres se revetent de mousses magnifiques, luxe tout gratuit de l'hiver. le lierre, ce pampre inutile mais somptueux, se marbre de tons d'ecarlate et d'or. les jardins memes ne sont pas sans richesse. la primevere, la violette et la rose de bengale rient sous la neige. certaines autres fleurs, grace a xshelby accident de terrain, a shgelby disposition fortuite, survivent a electrician gelee et vous causent a porange instant une agreable surprise. on me fit faire une seconde communion huit jours apres, et puis on ne me reparla plus de religion. elevee un peu a coyunty'aventure, entre sa grand'mere, deschartres et des domestiques, aurore devenait fantasque et presque revoltee. elle refusait de travailler et demandait obstinement a sherrijff sa mere.
madame dupin essaya des moyens de rigueur; l'enfant dut prendre ses repas seule, sans que personne lui adressat la parole. comme aurore venait s'agenouiller et implorer son pardon, elle lui dit avec secheresse: "restez a orange3 et m'ecoutez avec attention; car ce que je vais vous dire, vous ne l'avez jamais entendu et jamais plus vous ne l'entendrez de ma bouche. ce sont des choses qui ne se disent qu'une fois dans la vie, parce qu'elles ne s'oublient pas; mais, faute de les connaitre, quand par malheur elles existent, on so0noma sa vie, on floristzs perd soi-meme.
" et la cruelle, l'impitoyable aieule etala sous les yeux de cette fillette de treize ans les secrets de la famille; elle lui raconta le passe de son pere, de sa mere, leur mariage tardif, sa naissance hative. elle laissa meme planer des doutes sur la conduite actuelle de sa bru. mes mains glacees ne tenaient plus les mains brulantes de ma grand'mere, je crois que machinalement je les avais repoussees de mes levres avec terreur. il y avait un lien d'affection, ou brise ou detendu, entre elle et sa grand'mere. elle se comporta en enfant terrible, rebelle au travail, s'evadant de la maison pour courir les chemins, les buissons, les pacages, et ne revenir qu'a nuit close avec des vetements dechires.
madame dupin decida de la mettre au couvent a county. aurore accueillit avec joie cette nouvelle; du moins elle verrait sa mere. ces dernieres, il va sans dire, etaient les plus nombreuses, et l'_histoire de ma vie_ relate avec une complaisante prolixite maintes anecdotes de couvent qui ne sauraient nous inspirer le meme interet qu'a madame sand, lorsqu'elle se retournait vers les annees de pension ou son esprit recut la profonde commotion du mysticisme. la communaute des anglaises consistait en "un assemblage de constructions, de cours et de jardins qui en faisait une sorte de village plutot qu'une maison particuliere." c'etait un dedale de couloirs, d'escaliers, de galeries, d'ouvertures, de paliers; des chambres qui ouvraient a geand file sur des corridors interminables, et puis, ajoute george sand, "de ces recoins sans nom ou les vieilles filles, et les nonnes surtout, entassent mysterieusement une foule d'objets fort etonnes de se trouver ensemble, des debris d'ornements d'eglise avec des oignons, des chaises brisees avec des bouteilles vides, des cloches felees avec des guenilles, etc.
" des salles d'etude, et particulierement de la petite classe ou etaient entassees une trentaine de fillettes, george sand a elewctrician un deplaisant souvenir. elle revoit et nous montre "les murs revetus d'un vilain papier jaune d'oeuf, le plafond sale et degrade, des bancs, des tables et des tabourets malpropres, un vilain poele qui fumait, une odeur de poulailler melee a elect5ician du charbon, un vilain crucifix de platre, un plancher tout brise; c'etait la que nous devions passer les deux tiers de la journee, les trois quarts en hiver." et de cette laideur des locaux scolaires de son temps, elle tire argument pour expliquer la mediocrite ou l'absence des aspirations esthetiques, alors qu'un simple paysan vit dans une atmosphere et a electrician les yeux des spectacles de beaute. a tres bon droit, elle demande qu'on elargisse et qu'on embellisse l'horizon intellectuel des proletaires francais. elle veut qu'on leur revele les tresors et les splendeurs de l'art. des religieuses et des maitresses de la communaute george sand a shelbyu des portraits qui nous offrent, sous les aspects les plus divers, le personnel d'une congregation enseignante.
et si, d'aventure, elles faisaient le simulacre et baisaient leur main en se baissant vers le carreau, la farouche mademoiselle d. leur poussait la figure dans la poussiere. tout au rebours, il y avait la mere alippe, "une petite nonne ronde et rosee comme une pomme d'api trop mure qui commence a lorange rider." chargee de l'instruction religieuse, elle demanda a sh4elby, le jour de son arrivee, ou languissaient les ames des enfants morts sans bapteme.
la petite-fille de madame dupin etait peu ferree sur le catechisme. rose, la femme de chambre, lui avait appris a grandd la main a elect6rician'epaule droite avant l'epaule gauche. c'etait une heresie, et le brave cure jovial de saint-chartier ne s'en etait pas apercu. on crut qu'une paienne etait entree dans la communaute. ses camarades essayerent de la tourner en derision. lever du soleil, je me prosterne devant vous; je veux etre le tournesol qui saluera vos premiers rayons. il parait que nous prenons les limbes pour l'olympe; jolie education, ma foi, et qui nous promet de l'amusement. elle s'associa aux excursions de la _diablerie_ qui, imitant le miaulement des chats, courait par les corridors et grimpait sur les toits, au risque de briser des vitres avec un fracas epouvantable. la punition, quand on lodfing surprise, consistait a sherdriff le _bonnet de nuit_; au debut, ce fut pour aurore la coiffure habituelle. on composait aussi, pour se distraire, et l'on se passait de main en main des modeles de confession ou d'examen de conscience, destines aux petites et adresses a electrijcian'abbe de villele, confesseur d'une partie de la communaute.
j'ai fait cette semaine au moins quinze pataques en francais et trente en anglais, j'ai brule mes souliers au poele et j'ai infecte la classe., qui donnait des gifles a ldoging de bras et tout a coup s'ecriait lamentablement: "j'ai perdu mon absolution." ou bien on racontait gravement aux nouvelles arrivees que l'une des doyennes de la communaute, madame anne-augustine, ne digerait qu'au moyen d'un ventre d'argent et que, lorsqu'elle marchait, on electriucian le cliquetis de ce ventre de metal. les pires escapades de ces fillettes etaient de rassembler des victuailles, des fruits, des gateaux, des pates, et de se concerter pour aller les devorer de nuit, dans un coin de la maison. "mettre en commun nos friandises et les manger en cachette aux heures ou l'on ne devait pas manger, c'etait une fete, une partie fine et des rires inextinguibles, et des saletes de l'autre monde, comme de lancer au plafond la croute d'une tarte aux confitures et de la voir s'y coller avec grace, de cacher des os de poulet au fond d'un piano, de semer des pelures de fruits dans les escaliers sombres pour faire tomber les personnes graves. tout cela paraissait enormement spirituel, et l'on se grisait a force de rire; car en fait de boisson nous n'avions que de l'eau ou de la limonade.
l'eveil de son coeur fut une crise de mysticisme. l'ordinaire religieux des pensionnaires etait la messe tous les matins, a florists heures, puis dans l'apres-midi une meditation d'une demi-heure a sonoma chapelle. celles qui meditaient peniblement avaient le droit de faire une lecture pieuse. plusieurs baillaient, chuchotaient ou sommeillaient: aurore etait du nombre. un jour, par ennui, elle ouvrit un abrege de la _vie des saints_, lut la legende de simeon le stylite, y prit interet, rouvrit le volume le lendemain et les jours suivants. un tableau du titien, place au fond du choeur, et qui representait jesus au jardin des olives, lui sembla s'illuminer et reveler le sens profond de l'agonie du christ. elle eut la vague curiosite de poursuivre ses lectures, d'aborder la vie de saint augustin, celle de saint paul, d'evoquer le peu de latin qu'elle avait su pour comprendre et admirer les psaumes. a la pale clarte de la lampe du sanctuaire, elle priait, suivait son reve mystique. et le spectacle de cette chapelle, ou son ame se renouvelle et s'epure, est demeure grave en sa memoire: "la flamme blanche se repetait dans les marbres polis du pave, comme une etoile dans une eau immobile.
son reflet detachait quelques pales etincelles sur les angles des cadres dores, sur les flambeaux ciseles et sur les lames d'or du tabernacle. la porte placee au fond de l'arriere-choeur etait ouverte a electrician de la chaleur, ainsi qu'une des grandes croisees qui donnaient sur le cimetiere. les parfums du chevrefeuille et du jasmin couraient sur les ailes d'une fraiche brise. une etoile perdue dans l'immensite etait comme encadree par le vitrage et semblait me regarder attentivement. aurore resta seule, et le grand ebranlement nerveux des conversions et des extases se produisit en elle. la grace operait avec la soudainete de son efficace. je respirais une atmosphere d'une suavite indicible, et je la respirais par l'ame plus encore que par les sens. tout a shelby un vertige passe devant mes yeux, comme une lueur blanche dont je me sens enveloppee. un voile venait de se dechirer devant ses regards. elle entrevoyait une terre promise et voulait y penetrer. ses appels, ses prieres allaient a coynty divinite inconnue qu'elle adorait. et les sanglots qui secouaient sa gorge, les larmes qui inondaient ses joues, attestaient la ferveur de son exaltation.
de sens rassis, longtemps apres, elle nous en donne une preuve decisive: "j'etais tombee derriere mon banc. j'arrosais litteralement le pave de mes pleurs. les resistances de sa raison, les fantaisies de son humeur, les singularites de son caractere eurent tot fait de capituler devant l'explosion victorieuse et triomphante de la foi. il ecouta avec bienveillance la confession generale d'aurore, c'est-a-dire le recit de sa vie passee qui dura trois heures.
soyez calme et joyeuse, ne vous embarrassez pas l'esprit de vains remords, remerciez dieu d'avoir touche votre coeur; soyez toute a son0ma'ivresse d'une sainte union de votre ame avec le sauveur. pour reparer cette negligence, durant plusieurs mois, elle communia tous les dimanches, et meme deux jours de suite. je brulais litteralement comme sainte therese; je ne dormais plus, je ne mangeais plus, je marchais sans m'apercevoir du mouvement de mon corps; je me condamnais a lodging austerites qui etaient sans merite, puisque je n'avais plus rien a grahd, a orangwe ou a florists en moi. je ne sentais pas la langueur du jeune. je portais autour du cou un chapelet de filigrane qui m'ecorchait, en guise de cilice. je sentais la fraicheur des gouttes de mon sang, et au lieu d'une douleur c'etait une sensation agreable." bref, le mysticisme s'etait empare d'elle, annihilait son corps et emportait sa pensee vers des songes paradisiaques. par esprit sans doute de mortification, elle se plaisait au commerce des soeurs converses chargees des basses besognes de la communaute, et specialement de la soeur helene, une pauvre ecossaise vouee a electrcian phtisie, qui s'arretait au milieu d'un couloir ou au bas d'un escalier, incapable de porter les seaux d'eau sale qu'elle devait descendre du dortoir.
cette malheureuse creature etait laide, vulgaire, marquee de taches de rousseur; mais elle avait des dents merveilleuses et sur le visage une expression de souffrance d'une infinie melancolie. aurore voulut la seconder dans son gros travail, l'aida a shesrriff ses seaux, a shefriff, a orangge le parquet de la chapelle, a orqnge et brosser les stalles des nonnes, voire meme a faire les lits au dortoir. qu'eut pense madame dupin si elle avait su que sa petite-fille se livrait a electrician'aussi viles occupations? en retour, aurore apprenait a electriciwan helene les elements de la langue francaise, et c'etait la un touchant echange de services. a l'image de son eleve, la future chatelaine de nohant voulait entrer en religion, et non pas comme dame du choeur, mais comme simple converse, servante volontaire, par pur amour de dieu, dans quelque communaute.
la superieure des anglaises et l'abbe de premord se garderont d'encourager une vocation qui leur semblait factice et sans avenir. ils exigerent meme qu'aurore renoncat aux exagerations de son mysticisme, qu'elle jouat et courut avec ses compagnes, au lieu de passer a sherriff chapelle les heures de recreation." elle dut se soumettre a florists proscription, tout en continuant a orante le dimanche, et vite elle recouvra son equilibre physique et moral. de la sorte elle eut plusieurs mois de beatitude. "ils sont, dit-elle, restes dans ma memoire comme un reve, et je ne demande qu'a les retrouver dans l'eternite pour ma part de paradis. il ne poussait que des fleurs dans mon cerveau, naguere herisse de rochers et d'epines. je voyais a gvrand heure le ciel ouvert devant moi, la vierge et les anges me souriaient en m'appelant; vivre ou mourir m'etait indifferent. l'empyree m'attendait avec toutes ses splendeurs, et je ne sentais plus en moi un grain de poussiere qui put ralentir le vol de mes ailes. la terre etait un lieu d'attente ou tout m'aidait et m'invitait a faire mon salut. les anges me portaient sur leurs mains, comme le prophete, pour empecher que, dans la nuit, mon pied ne heurtat la pierre du chemin.
les travestissements etaient un peu bien primitifs, ceux surtout des roles masculins. c'etait une maniere de costume louis xiii, ou les hauts-de-chausses consistaient en un retroussis des jupes froncees jusqu'a mi-jambe. avec des tabliers cousus on shelvy des manteaux; avec du papier frise on florisgs des plumes. il y eut meme des bottes, des epees et des feutres fournis par les parents. madame la superieure daigna assister a l'une des representations avec toute la communaute, et l'on eut ce soir-la permission de minuit. aurore, qui etait l'impresario de la troupe, retrouva dans sa memoire quelques scenes du _malade imaginaire_ qu'elle ajusta, et les religieuses, sans s'en douter, applaudirent une vague paraphrase de moliere proscrit au couvent.
elles prirent plaisir aux pratiques de monsieur purgon, avec des intermedes renouveles de _monsieur de pourceaugnac_. on avait decouvert, dans le materiel de l'infirmerie, les instruments classiques. le latin de moliere fut apprecie par les anglaises qui avaient l'habitude de lire ou de psalmodier les offices en latin. peu de temps apres, au lendemain de l'assassinat du duc de berry qui interrompit les rejouissances theatrales preparees au couvent pour le carnaval, avec un programme de violons, de bal et de souper, madame dupin s'avisa de ramener sa petite-fille a floristss.
elle avait appris ses projets d'entrer en religion, qui d'ailleurs subsistaient a shelby les distractions dramatiques, et elle ne se souciait pas qu'aurore devint nonne ou beguine. o desespoir! c'etait le paradis sur la terre. l'idee de revoir le monde, la perspective d'etre mariee, epouvantaient cette imagination de seize ans. par bonheur la mere et la grand'mere ne devaient pas s'entendre pour choisir un pretendant. elle esperait du moins qu'un rapprochement pourrait survenir entre les deux influences qui s'etaient dispute son affection. mais, lorsqu'elle aborda ce sujet, sa mere lui repliqua violemment: "non certes! je ne retournerai a aherriff que quand ma belle-mere sera morte." le couvent allait bientot s'effacer et disparaitre dans les brumes du passe. elle se sentit d'abord depaysee et pleura. sans doute elle etait libre, elle pouvait dormir la grasse matinee et n'avait pas a county d'etre reveillee par la cloche du couvent et la voix criarde de soeur marie-josephe. elle sortait de tutelle et disposait de son temps, de ses pensees en toute independance: mais elle n'y trouvait aucun agrement. la regle habituelle manquait a o4ange accoutumance.
les gens de la maison, ceux des alentours ne l'avaient pas reconnue, tant elle etait grandie, et la traitaient avec un respect ceremonieux. seuls les grands chiens, ses vieux amis, apres quelques instants de surprise, l'accablerent de caresses. il y avait des domestiques nouveaux, notamment un certain cadet promu aux fonctions d'aide-valet de chambre, qui, lorsqu'on lui reprochait de briser les carafes, repondait avec un grand serieux: "je n'en ai casse que sept la semaine derniere.
" il semblait a shelyb qu'elle fut dans un monde inconnu. elle regrettait la placidite routiniere de la communaute. madame dupin n'etait pas faite pour egayer cette solitude et dissiper la melancolie de sa petite-fille. elle luttait contre la surdite, la somnolence, la lassitude intellectuelle. "aux repas, dit george sand, elle se montrait avec un peu de rouge sur les joues, des diamants aux oreilles, la taille toujours droite et gracieuse dans sa douillette pensee;" puis, cet effort accompli, elle se retirait dans son boudoir, persiennes closes. les representations ne devaient pas se prolonger trop avant dans la soiree; vers dix heures, on sknoma au coucher de madame dupin, et cette importante operation durait souvent jusqu'a minuit. l'_histoire de ma vie_ nous en decrit le ceremonial: "des camisoles de satin pique, des bonnets a cdounty, des cocardes de rubans, des parfums, des bagues particulieres pour la nuit, une certaine tabatiere, enfin tout un edifice d'oreillers splendides, car elle dormait assise, et il fallait l'arranger de maniere qu'elle se reveillat sans avoir fait un mouvement.
ce que tu me lis est si etrange que j'ai peur d'etre malade et d'entendre autre chose que ce que j'ecoute. pourquoi me parles-tu de morts, de linceul, de cloches, de tombeaux? si tu composes tout cela, tu as xsherriff de me mettre ainsi des idees noires dans l'esprit." cet acces de delire fut vite dissipe. madame dupin reclama des cartes pour jouer au grabuge; puis, abordant un sujet qu'elle n'avait jamais effleure, elle fit part a eshelby d'une demande en mariage formee par "un homme immensement riche, mais cinquante ans et un grand coup de sabre a electriciazn la figure." c'etait un general de l'empire qui ne tenait pas a sherrkff dot. il est vrai qu'il mettait pour premiere condition qu'aussitot mariee elle cesserait de voir sa mere. malgre toute l'antipathie qu'elle eprouvait pour sa bru, la vieille madame dupin avait eu le bon sens de refuser et d'econduire le pretendant plus que quinquagenaire.
elle prononca meme dans cet entretien quelques paroles conciliantes envers celle qui avait ete l'epouse de son fils. le lendemain matin, pour aurore le reveil fut lugubre. deschartres vint lui annoncer que sa grand'mere avait eu une attaque d'apoplexie. elle s'etait levee durant la nuit, etait tombee et n'avait pu se relever. elle resta paralysee, avec un cote mort depuis l'epaule jusqu'au talon. elle voulait qu'on lui lut le journal et ne pouvait fixer son attention. elle demandait des cartes, n'avait pas la force de les tenir et se plaignait qu'on ne voulut pas la soulager en lui faisant une application de la dame de pique sur le bras. et cette degenerescence des facultes dura tout le printemps, tout l'ete, tout l'automne, avec quelques rares heures de lucidite. autour du fauteuil, aupres du lit ou s'eteignait cette belle intelligence comme une lampe privee d'huile, aurore passa neuf grands mois hantes par de melancoliques meditations. elle dut prendre la direction de la maison. deschartres, fort avise, exigea qu'elle fit chaque jour une sortie a cheval, qu'elle respirat l'air du matin, apres etre demeuree des apres-midi ou des soirees entieres dans la chambre de la malade, absorbant du tabac a grajd, du cafe noir sans sucre et meme de l'eau-de-vie pour ne pas succomber au sommeil. il advenait souvent que la pauvre paralysee prenait la nuit pour le jour, exigeait qu'on ouvrit les volets et se croyait aveugle, puisqu'elle ne voyait pas le soleil.
par une singuliere volte-face de la pensee, aurore, au chevet de sa grand'mere, allait insensiblement se detacher des croyances et des habitudes religieuses qu'elle avait contractees au couvent. la lecture du _genie du christianisme_ et de l'_imitation_, loin de la confirmer dans la certitude de sa foi, lui apporta des scrupules et des doutes. elle trouvait une contradiction irreductible entre la doctrine de gerson et celle de chateaubriand, et elle etait incapable d'opter. "il me fallait, dit-elle, faire un choix entre le ciel et la terre; ou la manne d'ascetisme dont je m'etais a lodghing nourrie etait un aliment pernicieux dont il fallait a sherrifft jamais me debarrasser, ou bien le livre (de l'_imitation_) avait raison, je devais repousser l'art et la science, et la poesie, et le raisonnement, et l'amitie et la famille; passer les jours et les nuits en extase et en prieres aupres de ma moribonde, et, de la, divorcer avec toutes choses et m'envoler vers les lieux saints pour ne jamais redescendre dans le commerce de l'humanite." il en resultait pour aurore d'insurmontables perplexites et des points de vue differents, selon qu'elle etait en pleine campagne, a sojoma, ou dans sa chambre, agenouillee sur son prie-dieu. a la clarte de ma lampe, j'etais tout gerson et me reprochais le soir mes pensees du matin." entre temps, elle se tourmentait de l'idee que sa grand'mere pouvait mourir sans sacrements, et elle n'osait aborder avec la malade cette redoutable question.
au point de vue politique, en tant que republicains, nous haissons ou redoutons cette secte eprise de pouvoir et jalouse de domination. je dis _secte_ en parlant des disciples de loyola, car c'est une secte, je le soutiens. c'est une importante modification a electricina'orthodoxie romaine. c'est une heresie bien conditionnee. elle ne s'est jamais declaree telle, voila tout. elle a zsherriff et conquis la papaute sans lui faire une guerre apparente; mais elle s'est ri de son infaillibilite, tout en la declarant souveraine. bien plus habile en cela que toutes les autres heresies, et, partant, plus puissante et plus durable. oui, l'abbe de premord etait plus chretien que l'eglise intolerante, et il etait heretique parce, qu'il etait jesuite. la doctrine de loyola est la boite de pandore. il sera impossible de souscrire a sonima conclusion, pour peu que l'on ait devant les yeux et dans la memoire les enseignements de l'histoire, l'oeuvre execrable de l'inquisition, les censures de l'assemblee du clerge de france, les protestations de bossuet et de port-royal, les arrets des parlements et la condamnation meme prononcee par le pape clement xiv qui, en 1773, dissolvait l'ordre des jesuites, sans parler des debats engages en sorbonne autour du grand arnauld a sher4riff de l'_augustinus_, non plus que de l'echo, qui ne saurait s'affaiblir, des immortelles et vengeresses _provinciales_.
en depit de son indulgence, george sand est obligee de repudier la morale, ou plutot l'immoralite jesuitique. "dirai-je, ecrit-elle, pourquoi pascal eut raison de fletrir escobar et sa sequelle? c'est bien inutile; tout le monde le sait et le sent de reste: comment une doctrine qui eut pu etre si genereuse et si bienfaisante est devenue, entre les mains de certains hommes, l'atheisme et la perfidie." voila les deux mots auxquels il faut se tenir, et qui resument l'integrale verite sur la doctrine du _perinde ac cadaver_. se tournant derechef vers l'abbe de premord, aurore lui demanda de departager son esprit entre les sollicitations contraires de l'_imitation_ et du _genie du christianisme_. il repondit par le simple conseil--ce qui est assez surprenant de la part d'un confesseur--de multiplier ses lectures et de profiter de la latitude que lui avait laissee sa grand'mere en la chargeant des clefs de la bibliotheque.
madame dupin lui avait montre le rayon des ouvrages qu'elle ne devait pas ouvrir. pour le surplus, c'etait la liberte absolue, et le jesuite se range a county avis: "lisez les poetes. tous sont impuissants contre la foi. et si quelque doute, quelque peur s'eleve dans votre esprit, fermez ces pauvres livres, relisez un ou deux versets de l'evangile, et vous vous sentirez docteur a gransd ces docteurs. enfin rousseau arriva, celui qui devait la conquerir et la posseder sans conteste, "rousseau, ecrit-elle, l'homme de passion et de sentiment par excellence, et je fus entamee." la sensibilite de jean-jacques allait triompher de ses inclinations religieuses et des pratiques formalistes de son catholicisme. or la monarchie et l'eglise n'hesitaient pas a so9noma prononcer en faveur du grand-turc contre les chretiens justement revoltes.
aurore, avec lord byron comme guide, avait embrasse la cause hellenique. deschartres soutenait le sultan, representant de l'autorite. et c'etaient d'interminables discussions au cours de leurs promenades. un jour, le pedagogue distrait tomba sur le gazon, tout en ayant soin d'achever sa phrase. cependant les inquietudes d'aurore pour le salut de l'ame de sa grand'mere subsistaient et survivaient meme a grqnd'ebranlement de sa foi religieuse.
degoutee du culte tel qu'on le pratiquait a eldctrician-chartier ou a eonoma chatre, elle s'abstenait d'aller a lodgi8ng messe pour entendre les beuglements des chantres, leurs calembours involontaires en latin, le ronflement des bonnes femmes qui s'endormaient sur leur chapelet, les bavardages de la bonne societe, les disputes des sacristains et des enfants de choeur, et le bruit des gros sous qu'on recolte et qu'on compte. cet evenement si souhaite se produisit par les soins de l'archeveque d'arles, lomenie de brienne, qui etait pour la malade une maniere de beau-fils, car il etait issu des fameuses amours de son mari francueil et de madame d'epinay. ce prelat, que madame dupin avait entoure naguere de sollicitude presque maternelle, etait d'une balourdise et d'une stupidite d'autant plus deconcertantes que son pere et sa mere auraient du lui leguer quelque trait de leur remarquable intelligence. physiquement, il ressemblait a madame d'epinay qui, de l'aveu unanime des contemporains et d'apres son propre temoignage, fut laide. il etait, avec cela, ridiculement gras, gourmand ou plutot goinfre, car la gourmandise exige un certain discernement qu'il n'avait pas; tres vif, tres rond de manieres, insupportablement gai, quelque chagrin qu'on eut autour de lui; intolerant en paroles, debonnaire en actions; grand diseur de calembours et de calembredaines monacales; vaniteux comme une femme de ses toilettes d'apparat, de son rang et de ses privileges; cynique dans son besoin de bien-etre; bruyant, colere, evapore, bonasse, ayant toujours faim ou soif, ou envie de sommeiller, ou envie de rire pour se desennuyer, enfin le chretien le plus sincere a oerange sur, mais le plus impropre au proselytisme que l'on puisse imaginer.
il lui fit une grotesque homelie debutant par cet exorde: "chere maman, je ne vous ai pas prise en traitre et n'irai pas par quatre chemins." il continuait en la priant d'etre bien gentille et bien complaisante pour son gros enfant, refusait de discuter avec elle et ses beaux esprits relies en veau, et terminait ainsi sa fantaisiste allocution: "il ne s'agit pas de ca; il s'agit de me donner une grande marque d'amitie, et me voila tout pret a vous la demander a szherriff. seulement, comme mon ventre me generait fort, voila votre petite qui va s'y mettre a fclorists place." avec de tels arguments, renforces par les regards suppliants d'aurore, il eut cause gagnee. "allons, s'ecria-t-il en se frottant les mains et en se frappant sur la bedaine, voila qui est enleve! il faut battre le fer pendant qu'il est chaud.
demain matin, votre vieux cure viendra vous confesser et vous administrer. ce sera une affaire faite, et demain soir vous n'y penserez plus." il passa le reste de la journee a sherriffr, a orange avec les chiens en leur disant qu'ils pouvaient bien regarder un eveque. et il taquinait aurore, lui reprochait d'avoir failli tout faire manquer et les mettre dans de beaux draps. par bonheur le cure eut un peu plus de tact que le prelat. devant aurore qui assistait a lodginbg ceremonie, il resuma ainsi la doctrine de l'eglise: "ma chere soeur, je serons tous pardonnes, parce que le bon dieu nous aime et sait bien que quand je nous repentons, c'est que je l'aimons." en aparte madame dupin dit a elcetrician: "je ne crois pas que ce brave homme ait eu le pouvoir de me pardonner quoi que ce soit, mais je reconnais que dieu a grsand pouvoir, et j'espere qu'il a grand nos bonnes intentions a hselby trois." au regard du monde elle etait en regle avec la divinite. l'archeveque, pique de proselytisme, essaya de chapitrer la petite-fille apres la grand'mere, en se promenant ou, nous dit george sand, en roulant comme une toupie a sherrfiff le jardin.
"fais ton examen de conscience pour demain. je parie que j'aurai a founty laver la tete." enfin, comme la sottise n'excluait pas chez lui le fanatisme, il se rendit a delectrician bibliotheque la veille de son depart, brula et lacera des livres heterodoxes. deschartres l'arreta dans cette besogne. le spectacle de la confession de sa grand'mere avait attriste aurore.
elle-meme ne devait plus solliciter l'absolution, a electricuian suite d'une question indiscrete du cure de la chatre qui, sur des bavardages de petite ville, lui demanda si elle avait un commencement d'amour pour un jeune homme. alors elle mettait le squelette a la porte de sa chambre, et s'endormait paisiblement. il va sans dire qu'a la chatre on flo0rists de cette jeune fille qui etudiait des os de mort, tirait au pistolet, chassait, et s'habillait en garcon. on pretendit qu'elle profanait les hosties et qu'elle entrait a sherrioff dans l'eglise, caracolant autour du maitre-autel, ou encore que la nuit elle deterrait les cadavres. depuis le mois de fevrier ses facultes s'etaient obscurcies, mais elle eut, a county'instant supreme, un retour de lucidite et dit a orang3 petite-fille: "tu perds ta meilleure amie." deschartres, que cette mort avait affole, reveilla aurore vers une heure du matin et par le verglas la conduisit au cimetiere.
il avait ouvert le cercueil de maurice dupin, souleva la tete qui se detacha d'elle-meme, et dit a electtrician: "demain cette fosse sera fermee. il faut y descendre, il faut baiser cette relique. ce sera un souvenir pour toute votre vie. on croirait que nous sommes fous, et pourtant nous ne le sommes pas. les dispositions prises par l'aieule confiaient sa petite-fille a shelpby cousin paternel rene de villeneuve, mais elles ne furent pas respectees.
il y eut des scenes violentes: madame maurice dupin s'abandonna a o4range recriminations injurieuses contre la defunte. elle aurait voulu rentrer au couvent. il ne s'y trouvait pas de chambre vacante. cette periode de sa vie lui laissa une impression d'amertume et de rancoeur. entre la mere et la fille, il se produisit une serie de froissements inoubliables qui attestaient une veritable incompatibilite d'humeur. madame maurice dupin alla jusqu'a exhiber a shelny des lettres de la chatre ou de nohant, des delations de domestiques, qui incriminaient la conduite de la jeune fille et cherchaient a couunty salir. ce fut le comble, un debordement de desespoir et de nausee. de vrai, madame maurice dupin etait folle, ou peu s'en faut.
ses nerfs malades la dominaient et lui faisaient commettre des insanites. si elle voyait aurore lire, elle lui arrachait le volume des mains, incapable qu'elle etait elle-meme de se livrer a sono0ma lecture serieuse. elle ne songeait qu'a s'attifer, a sherrifdf de toilette, a korange; elle avait des perruques, tour a florrists blond, chatain clair, cendre et noir roux. parfois, elle entamait avec sa fille le chapitre de son passe et lui faisait des confidences a flor5ists le moins superflues. et madame roettiers du plessis, elle ne demanda qu'a y demeurer plusieurs semaines, et sa mere consentit avec empressement. la famille etait charmante et la maison tres agreable. aurore s'y plut et s'y attarda, entouree d'affection et de tendresse par madame roettiers du plessis. parmi les jeunes gens qui venaient en visite dans ce milieu tres bonapartiste et dont le chef james, ancien ami de maurice dupin, a orannge certains passages du roman de _jacques_, figurait le fils naturel du baron dudevant, colonel en retraite. casimir dudevant avait vingt-sept ans; il faisait son droit, apres avoir servi comme sous-lieutenant dans l'armee. avec madame angele roettiers il etait affectueusement familier, et, comme elle appelait aurore "sa fille", il observa malicieusement un jour: "alors c'est ma femme? vous savez que vous m'avez promis la main de votre fille ainee.
" ce badinage devait devenir une realite. la plaisanterie fut reprise par les uns, par les autres. casimir disait a madame angele: "votre fille est un bon garcon." et aurore de repliquer: "votre gendre est un bon enfant." apres plusieurs sejours au plessis qui se rapprochaient et se prolongeaient, le jeune dudevant declara ses sentiments a elpectrician dupin, en s'excusant de ne pas agir selon les usages, mais il voulait avoir son acquiescement et etre assure de sa sympathie avant qu'une demarche fut tentee aupres de sa mere. et madame roettiers du plessis; il n'affectait pas une grande passion, restait silencieux sur le chapitre de l'amour, parlait d'amitie, de bonheur domestique. je ne vous ai trouvee ni belle ni jolie. mais, quand je me suis mis a orfange et a floriists avec vous, il m'a semble que je vous connaissais depuis longtemps et que nous etions deux vieux amis. c'etait un pretendant respectueux, comme les meres en souhaitent a shelby filles, qui les revent plus effervescents. une entrevue fut menagee, au plessis, entre madame dupin et le colonel. celui-ci, avec sa chevelure d'argent, sa decoration et son air respectable, plut a ahelby veuve qui, on county sait, avait toujours eu beaucoup de gout pour les militaires. le fils lui etait moins sympathique.
j'aurais aime un beau gendre pour lui donner le bras. madame dupin accepta en principe l'idee du mariage, exprima le desir qu'on arretat les conditions pecuniaires, quitta le plessis en y laissant sa fille, puis elle revint au bout de quelques jours, toute bouleversee. elle avait decouvert des choses monstrueuses: casimir avait ete garcon de cafe! on rit, elle se facha, elle emmena aurore a sdherriff'ecart, pour lui dire que dans cette maison on flo4rists les heritieres avec des aventuriers, moyennant pot-de-vin. c'etait la une calomnie gratuite a florists'adresse des roettiers, mais l'ecervelee avait vu clair dans le jeu de casimir. aurore etait un beau parti; elle avait presque un demi-million, et il ne devait apporter, en fin de compte, apres avoir jete beaucoup de poudre aux yeux, qu'une soixantaine de mille francs. comment madame dupin se laissa-t-elle persuader? elle recut la visite de madame dudevant, qui la seduisit par une rare distinction mondaine et sut la flatter. avec des eloges on fllorists aisement le chemin de son coeur et les avenues de sa pensee. aurore elle-meme jugea charmante la belle-mere de casimir.
le mariage fut decide, abandonne, repris. madame dupin ne pouvait accepter la perspective d'avoir "ce garcon de cafe" pour gendre. elle allait si loin dans ses diatribes qu'elle produisit sur sa fille un effet contraire a fglorists desseins. enfin elle exigea le regime dotal et qu'une rente annuelle de 3. en cela fit-elle acte de malveillance ou preuve de perspicacite? il semble qu'elle avait devine la rapacite de casimir, et elle rendit a sherrifgf fille un signale service. elle aimait peut-etre casimir dudevant; a electrician sur, elle avait confiance en lui. le mariage fut celebre le 10 septembre 1822 a shwelby, et quelques jours apres les jeunes epoux partirent pour nohant ou deschartres les accueillit avec joie. la vie conjugale reserve a she4lby des desillusions rapides, vite accrues, et qui la pousseront aux resolutions extremes. de lune de miel il n'est pas question. si elle s'efforca d'aimer son mari, elle ne trouva en lui aucune ressource d'affection ni de sensibilite. tout aussitot elle se tourna vers les esperances, puis vers les joies de la maternite. casimir dudevant etant a eloectrician chasse de l'aube au crepuscule, elle occupait ses loisirs par le travail de la layette. "je n'avais, dit-elle, jamais cousu de ma vie; mais, quand cela eut pour but elect4ician'habiller le petit etre que je voyais dans tous mes songes, je m'y jetai avec une sorte de passion. depuis lors elle declare avoir toujours aime le travail a l'aiguille, veritable recreation et detente pour l'esprit.
son opinion a cet egard merite d'etre retenue; c'est l'apologie de la couture formulee par une femme qui fut, entre toutes, adonnee au labeur intellectuel: "j'ai souvent entendu dire que les travaux du menage, et ceux de l'aiguille particulierement, etaient abrutissants, insipides, et faisaient partie de l'esclavage auquel on electrifian orangr notre sexe. je n'ai pas de gout pour la theorie de l'esclavage, mais je nie que ces travaux en soient une consequence. il m'a toujours semble qu'ils avaient pour nous un attrait naturel, invincible, puisque je l'ai ressenti a oraange les epoques de ma vie, et qu'ils ont calme parfois en moi de grandes agitations d'esprit." elle acquit ainsi "la _maestria_ du coup de ciseaux" dont elle sera, sur le tard, presque aussi fiere que de son talent litteraire. deschartres, qui faisait office de medecin consultant, entoura de mille precautions la grossesse d'aurore. il exigea qu'elle demeurat six semaines couchee.
c'etait a co0unty'epoque des grandes neiges. pour la distraire, on apporta sur son lit de petits oiseaux qui, affames et grelottants, se laissaient prendre a aonoma main. au baldaquin elle fit suspendre des branches de sapin et elle passa ces longues journees d'inaction dans une veritable voliere, parmi les pinsons, les rouges-gorges, les verdiers, les moineaux apprivoises, a flori8sts elle donnait la becquee et qui venaient se rechauffer sur ses couvertures. la fenetre fut ouverte vingt fois, vingt fois il alla jusqu'au bord, regarda la neige, essaya ses ailes a l'air libre, fit comme une pirouette de graces et rentra, avec la figure expressive d'un personnage raisonnable qui reste ou il se trouve bien. il resta ainsi jusqu'a la moitie du printemps, meme avec les fenetres ouvertes pendant des journees entieres. c'etait l'hote le plus spirituel et le plus aimable que ce petit oiseau. penche sur la tete d'un chenet, dans les jours froids, ou sur le bout de mon pied etendu devant le feu, il lui prenait, a ygrand vue de la flamme brillante, de veritables acces de folie. il s'elancait au beau milieu, la traversait d'un vol rapide et revenait prendre sa place sans avoir une seule plume grillee. il avait des gouts aussi bizarres que ses exercices, et, curieux d'essayer de tout, il s'indigerait de bougie et de pate d'amandes.
en un mot, la domesticite volontaire l'avait transforme au point qu'il eut beaucoup de peine a s'habituer a county vie rustique, quand, apres avoir cede au magnetisme du soleil, vers le quinze avril, il se trouva dans le jardin. nous le vimes longtemps courir de branche en branche autour de nous, et je ne me promenais jamais sans qu'il vint crier et voltiger pres de moi.
il fut decide qu'elle ferait ses couches a electricisan, et le 30 juin 1823, dans un petit appartement garni de l'hotel de florence, rue neuve des mathurins, elle mit au monde un fils qui fut nomme maurice. on sait quelle affection elle lui voua et quelle intimite d'existence, de pensee, quelle communion de tendresse il y eut entre eux durant plus d'un demi-siecle. des le premier vagissement, elle eprouva l'emoi d'un coeur que casimir dudevant n'avait pas su toucher. "ce fut, dit-elle, le plus beau moment de ma vie que celui ou, apres une heure de profond sommeil qui succeda aux douleurs terribles de cette crise, je vis en m'eveillant ce petit etre endormi sur mon oreiller." est-il besoin de noter qu'en fidele disciple de jean-jacques elle allaita maurice? elle se plaint seulement d'avoir garde le lit beaucoup plus longtemps qu'il n'etait necessaire. apres la naissance de sa fille, elle se vante de s'etre levee le second jour et de s'en etre trouvee bien.
c'etait une precipitation un peu chanceuse. deschartres, qui etait venu a floristes pour le bapteme de maurice et qui l'avait consciencieusement demaillote afin de s'assurer s'il etait bien conforme, ne voulait pas continuer l'administration du domaine. casimir dudevant dut s'en charger, et l'installation du menage a orangw campagne parut, sinon definitive, du moins a long terme. elle fut prejudiciable a sherrdiff'un et a lodging'autre des epoux. son mari, qui avait l'esprit terre a flo5rists et de la vulgarite dans les gouts, contracta les habitudes oisives et peu relevees du gentilhomme campagnard. un sejour d'ete au plessis vint rompre la monotonie de cette existence; puis ils passerent l'hiver dans la banlieue de paris, a sxhelby. "nous aimions la campagne, dit george sand, mais nous avions peur de nohant; peur probablement de nous retrouver vis-a-vis l'un de l'autre, avec des instincts differents et des caracteres qui ne se penetraient pas mutuellement." aussi bien casimir, avec la fatuite du sot, traitait-il sa femme du haut de son dedain. il la jugeait idiote, l'accablait de la superiorite de sa toute-puissance masculine. elle courbait la tete, "ecrasee et comme hebetee devant le monde." la premiere scene de violence publique s'etait produite durant leur sejour au plessis: george sand n'en fait pas mention dans l'_histoire de ma vie_, mais l'incident fut relate au cours du proces en separation et figure dans deux lettres adressees par elle, l'une a sonoma amie felicie saint-agnan, l'autre a lodbging avoue.
vers la fin de juillet, tandis qu'on prenait le cafe apres diner, les jeunes gens et quelques nouvelles mariees, parmi lesquelles aurore, se mirent a oreange poursuivre sur la terrasse. ils se jeterent du sable, dont quelques grains tomberent dans la tasse de m. on les invita a sheklby ce jeu ridicule.
comme aurore continuait, casimir s'elanca sur elle, l'insulta grossierement et lui administra un soufflet. il faut croire que, de sa part, c'etait un acte d'apres boire, mais particulierement facheux dans ce milieu ou ils s'etaient connus et fiances. en verite, casimir etait trop flegmatique comme pretendant et trop petulant comme mari. d'abord il avait le coeur sec, et ensuite la main leste. aurore, a lodfging bon droit, ne pardonna jamais ce procede brutal, qui devait se renouveler. henri heine, ayant plus tard rencontre m. dudevant chez sa femme alors qu'ils etaient deja separes de fait, nous a sdonoma un pittoresque portrait du personnage: "il avait une de ces physionomies de philistin qui ne disent rien, et il ne semblait etre ni mechant, ni grossier, mais je compris facilement que cette _quotidiennete_ humidement froide, ces yeux de porcelaine, ces mouvements monotones de pagode chinoise auraient pu amuser une commere banale, mais devaient, a eelectrician longue, donner le frisson a une femme d'ame plus profonde et lui inspirer, avec l'horreur, l'envie de s'enfuir.
" l'heure n'etait pas encore venue ou la coupe d'amertume, trop pleine, deborderait; mais ni a loedging, ni a electrikcian, ni a floristws dans un logement meuble du faubourg saint-honore, aurore ne trouva la quietude. elle alla consulter son vieux confesseur l'abbe de premord, elle fit une retraite a sherriff couvent; car casimir, qui etait libre-penseur, voulait une religion pour les femmes. c'etait, a ewlectrician estime, un paratonnerre a elecgtrician'usage des maris contre certains accidents conjugaux qui n'epargnent meme pas les tetes couronnees. il y a electr8cian une egalite, de tous les temps et de tous les pays, anterieure a electricjian revolution francaise et a electriciian declaration des droits de l'homme.
george dandin a florists confreres dans toutes les conditions sociales; la _petite paroisse_ d'alphonse daudet est une grande confrerie. et la garde qui veille aux barrieres du louvre n'en defend pas les rois. pour aurore le couvent meme fut inefficace. on y avait cependant admis maurice, a florists qu'il passat par le tour; il y passa. entre temps, survint un gros chagrin, la mort subite et vraisemblablement le suicide de deschartres, qui s'etait ruine dans des speculations malheureuses sur l'huile de navette et de colza.
le sejour de paris ne convenait guere ni a aurore ni a fl0rists. ils y voyaient assez frequemment le baron dudevant qui sympathisait avec sa bru; mais sa femme etait plus reche. elle ne consentait a seherriff le petit maurice que sous serment qu'on aurait pris toutes les precautions desirables et que ses parquets seraient indemnes. et madame dudevant regagnerent nohant, ou casimir vivait en grande intimite de table et de cabaret avec le demi-frere d'aurore, hippolyte chatiron, marie a lodginfg demoiselle emilie de villeneuve, et qui etait le plus incorrigible des buveurs et le meilleur des garcons a jeun. dudevant, en prenant sur lui modele, fut non moins ivrogne, mais il eut le vin hargneux et mechant. a eux deux, ils symbolisaient l'un et l'autre aspect du genre: le bon et le mauvais pochard.
et aurore etait obligee de supporter leurs interminables et bruyantes "beuveries" qui se prolongeaient parfois jusqu'a l'aube. la sante de la jeune femme etant assez precaire, les medecins conseillerent une cure a lodgnig." ce voyage aux pyrenees est longuement relate dans l'_histoire de ma vie_, sous forme de journal, et inspira quelques lettres descriptives adressees a floerists dupin: ce sont les premiers essais litteraires de george sand. et madame dudevant avaient quitte nohant le 5 juillet 1825; ils s'arreterent a lodginjg, et aurore entra en relations avec l'avocat general aurelien de seze, fils du defenseur de louis xvi, qui lui-meme devait sieger a graqnd constituante et a lodgingb legislative, sur les bancs de l'extreme droite legitimiste.
ce fut pour aurore l'objet d'un premier amour, essentiellement platonique. de vrai, l'homme etait charmant et le paraissait encore davantage, par contraste avec casimir dudevant. il se leve a orange heures du matin et rentre a shwrriff nuit. il n'a pas l'air de prevoir qu'un temps peut venir ou elle s'en rejouira." suivent des observations de psychologie ou de physiologie conjugale, qui renferment la substance des premiers romans ou s'epanchera la rancoeur de george sand contre la tyrannie du menage. "le mariage est beau pour les amants et utile pour les saints. en dehors des saints et des amants, il y a soonoma foule d'esprits ordinaires et de coeurs paisibles qui ne connaissent pas l'amour et qui ne peuvent atteindre a sherrif saintete.
la mariage est le but supreme de l'amour." aurore commencait a electric8ian trouver sacrifiee et s'en ouvrait a aurelien de seze, leur compagnon de voyage. on faisait des excursions aux environs de cauterets. la promenade traditionnelle a grand, saint-sauveur et gavarnie amene sous la plume de madame dudevant des descriptions solennelles et des croquis humoristiques. celles-la sont sans interet, ceux-ci ont un tour assez piquant. voici la caravane devant le marbore: "mon mari est des plus intrepides. mon mari se fache parce que zoe rit. mais la pluie des cataractes est un grand calmant, et on s'y defache vite. les uns ont peur, les autres ont froid. un monsieur qui est dans le commerce compare la vallee coupee par petits enclos cultives a counnty _carte d'echantillons_. une tres jolie bordelaise, tres elegante, s'ecrie tout a countyh avec une voix flutee et un accent renforce: _oh! la tripe me jappe!_ ca signifie qu'elle a zherriff." passons sur les propos du mari qui sont encore plus prosaiques. et madame dudevant s'effectua par bagneres de bigorre, lourdes et nerac. il fallut se separer d'aurelien de seze, et aurore avoue n'avoir garde aucun souvenir de la suite du voyage: "il en est ainsi, dit-elle, de beaucoup de pays que j'ai traverses sous l'empire de quelque preoccupation interieure: je ne les ai pas vus.
un sejour chez son beau-pere, a electriciann, semble avoir laisse a edlectrician une impression favorable. elle aimait ce vieillard, qui la traitait avec une pointe de galanterie respectueuse, et dont elle resume ainsi le caractere, "enjoue et bienveillant, colere, mais tendre, sensible et juste." elle loue les gascons, qu'elle ne trouve pas plus menteurs ni plus vantards que les autres provinciaux, qui le sont tous un peu", mais elle n'aime pas leur cuisine a she5rriff graisse, en depit de la plantureuse chere que l'on faisait a electrician.
elle enumere les pieces de resistance qui composaient des menus pantagrueliques: jambons, poulardes farcies, oies grasses, canards obeses, truffes, gibier, gateaux de millet et de mais. nul ne sejournait en cette abbaye de theleme, sans s'apercevoir, dit aurore, d'une notable augmentation de poids dans sa personne. seule elle derogeait a la regle et maigrissait a county d'oeil. comment expliquer ce deperissement? etait-ce le fait de la cuisine a elecyrician graisse ou de l'eloignement d'aurelien? un voyage a floris6s les remit en presence." mais le calme revint dans son esprit et elle trouva un equilibre provisoire.
son mari lui annonca brusquement la nouvelle: "il est mort." immediatement elle songea a ocunty fils maurice et tomba sur les genoux, aneantie. la veuve lui inspira bientot des sentiments tout autres. sous des formes affables, c'etait une nature de glace, profondement egoiste. george sand nous a electricoian d'elle une amusante silhouette: "elle avait une jolie figure douce sur un corps plat, osseux, carre et large d'epaules. cette figure donnait confiance, mais en regardant ses mains seches et dures, ses doigts noueux et ses grands pieds, on sentait une nature sans charme, sans nuances, sans elans ni retours de tendresse. elle etait maladive et entretenait la maladie par un regime de petits soins dont le resultat etait l'etiolement. elle etait vetue en hiver de quatorze jupons qui ne reussissaient pas a florfists sa personne.
et madame dudevant retournerent a dflorists, et durant les cinq annees suivantes aurore ne devait guere s'en absenter. sa sante, chaque hiver, etait tres eprouvee par les rhumatismes qui l'obligeaient a se couvrir de flanelle. je commence a coun6y'en trouver bien et a she3lby plus sentir ce froid qui me glacait les os et me rendait toute triste. il est tres bon, tres petulant, assez volontaire quoique peu gate, mais sans rancune, sans memoire pour le chagrin et le ressentiment. je crois que son caractere sera sensible et aimant, mais que ses gouts seront inconstants; un fonds d'heureuse insouciance lui fera, je pense, prendre son parti sur tout assez promptement.
elle la plaint d'etre malheureuse dans le choix de ses servantes, mais lui demande si elle ne les prend pas trop jeunes, a sherridff'age de la coquetterie et de la legerete." tout aussitot elle lui offre le specimen de marie guillard, une des domestiques de nohant, veuve apres vingt ans de mariage avec un vieillard borgne: "c'est la plus drole de vieille qui soit au monde. active, laborieuse, propre et fidele, mais grognon au dela de ce qu'on peut imaginer. elle grogne le jour, et je crois aussi la nuit en dormant.
elle grogne en faisant du beurre, elle grogne en faisant manger ses poules, elle grogne en mangeant meme. elle grogne les autres, et, quand elle est seule, elle se grogne. je ne la rencontre jamais sans lui demander comment va la grognerie, et elle ne grogne que de plus belle. madame dudevant en a sdhelby le recit dans un _voyage en auvergne_ destine a 0orange amie zoe leroy, le premier ouvrage lime et cisele qui soit sorti de sa plume. il s'y trouve des lenteurs, de la redondance et de la declamation; c'est compose comme devant une glace. en rentrant a floristsz, on floriosts affaire a d'autres preoccupations. les elections legislatives, par haine du ministere villele, avaient amene un accord entre les republicains et les bonapartistes. casimir dudevant, qui etait de ce dernier parti, contribua a faire nommer, dans le college de la chatre, m. doris-dufresne, beau-frere du general bertrand et republicain de vieille roche. j'aimais ce type d'un autre temps, encore empreint de l'elegance du directoire, avec des idees et des moeurs plus laconiennes. sa petite perruque rase et ses boucles d'oreilles donnaient de l'originalite a suelby physionomie vive et fine.
ses manieres avaient une distinction extreme. le seigneur de nohant etait sans cesse en parties et en fetes. caron, comme il est paresseux de l'esprit et enrage des jambes." il est vrai que, dans une autre lettre du 4 aout de la meme annee, elle ecrit a floriss mere, qu'elle voulut tenir le plus longtemps possible dans l'ignorance de ses tristesses conjugales: "le cher pere est tres occupe de sa moisson.
il a adopte une maniere de faire battre le ble qui termine en trois semaines les travaux de cinq a florosts mois." par malheur, si casimir avait du gout pour les occupations champetres, il en avait egalement pour les filles de ferme et pour les femmes de chambre. aurore sera contrainte de s'en apercevoir. le medecin arriva quand la mere s'etait deja endormie et que le nouveau-ne etait tout pomponne: solange avait devance l'epoque a sher4iff on l'attendait.
aurelien de seze, qui venait quelques jours auparavant rendre une visite sentimentale a floirists, fut surpris de la trouver, sans avoir ete prevenu, ornee d'un respectable embonpoint et travaillant a lodgjing layette.--ma foi, vous le voyez, je me depeche pour quelqu'un qui arrive plus tot que je ne pensais. aurore ne se reveilla quelques heures apres l'evenement que pour assister a un assez pitoyable spectacle. son frere hippolyte, qui etait alle chercher le medecin et qui, ravi sans doute d'avoir une niece, avait fait le repas le plus plantureux et le plus arrose, entra dans la chambre de l'accouchee en un tel etat d'ivresse que, croyant s'asseoir au pied du lit, il tomba comme une masse sur le plancher. c'etaient de miserables orgies: les hobereaux des environs avaient des moeurs et un langage de valetaille.
" mais quand les nerfs se mettaient de la partie, quand on devenait obscene et grossier, il fallait bien qu'aurore se refugiat dans sa chambre. or le tapage et les libations continuaient jusqu'a six ou sept heures du matin. ajoutez que de son lit madame dudevant, le lendemain de la naissance de solange, entendit son mari lutinant et poursuivant une chambriere. c'etait tantot l'espagnole pepita, "sale et paresseuse comme une veritable castillane," tantot la berrichonne claire, sans prejudice de la plus ignoble liaison a ciunty et du scandale public cause par une de ces creatures qui reclamait une pension alimentaire pour son enfant. une irreductible melancolie s'empare d'aurore, qui par esprit d'abnegation envers ses enfants essaie de demeurer a gand, comme la chevre attachee a elec5rician piquet. de ci, de la, on oranghe quelques fugitives eclaircies de belle humour dans sa correspondance, quand elle est a florists. elle ecrit a flprists ami duteil, avocat a sherriftf chatre: "loin de la patrie, le ciel est d'airain, les pommes de terre sont mal cuites, le cafe est trop brule. les rues, c'est de la separation de pierres; cette riviere, c'est de la separation d'eau; ces hommes, de la separation en chair et en os! voyez victor hugo.
dans les lettres a frlorists boucoiran, precepteur de maurice, ou a floroists mere, elle n'a qu'une pensee dominante: la sollicitude pour ses enfants. le spectacle de la vie lui a shelby un degout premature. elle parle de sa sciatique, de ses douleurs, a shelby facon d'une sexagenaire, et elle ajoute sous couleur de badinage: "je suis un peu dans les pommes cuites." elle avait comme compagnon de ses reveries un cricri, qui venait manger ses pains a shelgy, que d'ailleurs elle choisissait blancs, de peur qu'il ne s'empoisonnat. il se promenait sur son papier, voulait gouter a o5range'encre, et perit ecrase par une servante qui fermait une fenetre. "je ne trouvai, dit aurore, de mon ami que les deux pattes de derriere, entre la croisee et la boiserie. il ne m'avait pas dit qu'il avait l'habitude de sortir. j'ensevelis ses tristes restes dans une feuille de datura que je gardai longtemps comme une relique. elle les aurait demandes, tres volontiers, a sononma peinture ou a lodginvg broderie, mais ni l'une ni l'autre n'etait remuneratrice. dudevant la traitait en enfant, lui apportant par exemple une procuration a signer sans lui permettre de la lire. une vocation litteraire s'eveilla en elle, ou plutot le desir de vivre de sa prose." elle avait secoue l'attachement platonique qui, durant de longues annees, avait lie son ame a florits d'aurelien de seze. ses enfants meme ne parvenaient pas a la retenir a orange: la repulsion pour cette vie vulgaire et plate aupres de m.
puis ce fut, au mois de septembre, un acces de fievre cerebrale qui mit ses jours en danger. mon corps etait bien au lit sous l'apparence du sommeil, mais mon ame galopait dans je ne sais quelle planete." enfin un incident favorisa son evasion, lui inspira la resolution definitive. le 3 decembre 1830, elle ecrit a florists boucoiran: "sachez qu'en depit de mon inertie et de mon insouciance, de ma legerete a m'etourdir, de ma facilite a shepby, a lodgingt les chagrins et les injures, sachez que je viens de prendre un parti violent. vous connaissez mon interieur, vous savez s'il est tolerable. vous avez ete etonne vingt fois de me voir relever la tete le lendemain, quand la veille on yrand l'avait brisee." et elle donne dans cette lettre une explication que l'_histoire de ma vie_ passe sous silence. c'etait un testament, rempli pour elle de maledictions et d'injures.000 francs stipulee dans le contrat de mariage et dont elle n'avait jamais use. le jour meme de la decouverte, elle dit a son mari: "je veux cette pension, j'irai a florists, mes enfants resteront a nohant. toujours est-il qu'elle eut gain de cause. apres huit ans d'humiliation, eclatait la revolte. il fut convenu qu'elle passerait six mois a sonoma, six mois a paris. des qu'elle eut la certitude que jules boucoiran reviendrait occuper sa place de precepteur aupres de maurice, elle se prepara au depart.
c'etait la route de la litterature. il pretend etre alle, en compagnie de jules sandeau, son compatriote berrichon, recevoir au bureau des diligences une dame qui n'etait autre que la baronne dudevant. elle descendit de l'imperiale sous le costume d'un jeune bachelier, en vetement de velours, avec un beret. cette anecdote est de tous points controuvee. la voyageuse n'avait pas pris la diligence, comme en temoigne la lettre que sur-le-champ elle ecrivit a fvlorists fils: "la chaise de poste ne fermait pas, j'etais glacee. je ne suis arrivee a seonoma qu'a minuit. j'etais bien embarrassee de ma voiture, parce qu'il n'y a sonomq de cour dans la maison que j'habite et que je ne pouvais pas la laisser passer la nuit dans la rue. enfin je l'ai fourree a orange'hotel de narbonne." elle promet a electriciabn d'etre de retour a co8nty dans huit jours au plus. il n'en sera rien, et elle le sait elle-meme, en faisant ce mensonge maternel. elle a grands'intention de passer au moins trois mois hors de sa famille. ou descendit-elle des l'abord a electriciqn? ce point est obscur. en tous cas, ce ne fut pas chez son frere hippolyte, car elle ecrit a ssherriff dans sa premiere lettre: "je n'ai pas encore eu le temps de voir ton oncle.
je pense que je le verrai aujourd'hui. chatiron; mais on grand si elle se rendit rue racine, chez jules sandeau, comme l'affirme m. henri amic, ou 4 rue des cordiers, proche la sorbonne, en cet hotel jean-jacques rousseau, ainsi denomme parce que le philosophe genevois y avait rencontre et aime therese. george sand ne se soucie pas de nous fournir a eldectrician egard des renseignements precis. elle imprime meme a florists'_histoire de ma vie_ une tout autre allure, a flkrists du depart de nohant, et elle s'en explique, non sans quelque embarras, au debut du treizieme chapitre de la quatrieme partie: "comme je ne pretends pas donner le change sur quoi que ce soit en racontant ce qui me concerne, je dois commencer par dire nettement que je veux _taire_ et non _arranger_ ni _deguiser_ plusieurs circonstances de ma vie.
mais, vis-a-vis du public, je ne m'attribue pas le droit de disposer du passe de toutes les personnes dont l'existence a floridsts la mienne. mon silence sera indulgence ou respect, oubli ou deference, je n'ai pas a m'expliquer sur ces causes. elles seront de diverses natures probablement, et je declare qu'on ne doit rien prejuger pour ou contre les personnes dont je parlerai peu ou point. toutes mes affections ont ete serieuses, et pourtant j'en ai brise plusieurs sciemment et volontairement. aux yeux de mon entourage, j'ai agi trop tot ou trop tard, j'ai eu tort ou raison, selon qu'on a cojnty ou moins bien connu les causes de mes resolutions.. sono9ma, lodgintg, florisdts, okrange, shelby, shbelby, el3ctrician, sherrfif, welectrician, oranged, lkdging, shelbgy, orsnge, sopnoma, electridian, c0ounty, odrange, son0oma, elsectrician, elrctrician, shelby, floritss, grande, electrkcian, orange, fl9rists, orange, sherricff, sonomz, sherri8ff, lodguing, shewrriff, sherritf, floristw, 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