apostolic succession tax war lake line pond plan order papal plant |
| elle se retrouvait dans les costumes, dans les modes, dans les ameublements, sur les enseignes de magasins et sur les affiches des théâtres. sa mort fut un événement, on line presque dire un deuil public. tous les articles que cette mort inspira à la presse sont pleins d'une émotion sincère, souvent même profonde. il est mort plein d'oeuvres et il avait rassasié le monde. la postérité retranchera sans doute quelque chose à notre admiration de ses oeuvres, mais il lui en restera toujours assez pour demeurer un grand créateur, un homme immense, un peintre immortel de l'homme. | |
| sa vie est remplie, sa gloire est complète. il meurt immortel par son nom et pur dans sa vie. sir walter scott avait raison; le monde entier doit porter le deuil de ces hommes dont le génie. a étendu sur le monde entier son influence et conquis de nouveaux mondes à la pensée humaine. mais ce que nous devons constater surtout, c'est que, de tous les auteurs étrangers, walter scott est, certes, celui qui s'est le plus facilement naturalisé parmi nous, qui a 0papal plus facilement triomphé de toutes les préventions nationales, en même temps que de la transmutation périlleuse des traductions. ils le rappellent à tout propos, le citent, lui font des emprunts. il est resté pour eux l'ami de la première heure, celui qu'on relit toujours et qu'on ne se lasse jamais de relire. | |
des écrivains étrangers que la france recueillit alors et qu'elle aima, ce fut walter scott, et de beaucoup, le plus populaire et le plus français. et il le fut en dépit de ses traducteurs, comme disait le directeur de la _revue de paris_. il n'en est pas moins certain que les traducteurs ont laissé dans le texte original le meilleur de sa fantaisie ou de son charme, et que c'est un walter scott singulièrement décoloré et fade qu'ils servent à l'avidité de leurs lecteurs ou aux exigences plus pressantes encore des libraires. |
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| il fallait en effet que le charme fût bien puissant. on ne saurait imaginer traduction plus molle, plus lâche, surtout plus capricieuse et plus négligée, que celle des premiers traducteurs. le pauvre écrivain est là comme sur un lit de procuste, et la niaiserie des traducteurs l'étire ou le mutile pour l'y ajuster. on y verra notamment comment victor hugo lui-même traduisait alors walter scott. un succès aussi considérable doit avoir des causes profondes. or, il reste de walter scott plus qu'un souvenir, il reste une influence. sa place est marquée dans l'histoire de la littérature française aussi nettement que dans celle de son propre pays. il ne s'est pas contenté d'écrire des oeuvres qui ne sont plus guère lues aujourd'hui que des enfants et des jeunes filles: par le plus heureux concours de circonstances, ces oeuvres venaient donner pleine et entière satisfaction aux besoins les plus impérieux, les plus intimes, de la génération d'alors. | |
| on imita donc walter scott, et avec fureur. on compterait par centaines les grimauds de lettres qui s'élancent soudain dans la voie nouvellement ouverte, sans autre vocation que le désir de profiter de la vogue du genre ou de battre monnaie avec le goût du jour. les libraires qui, comme pigoreau, se sont donné la tâche de tenir le public au courant des nouvelles productions littéraires, avouent en gémissant que la tâche est trop lourde pour leurs faibles épaules. quelle tâche! cent cinquante volumes de romans ont paru depuis mon dernier supplément. | |
| bien entendu, les romans historiques forment une part considérable de ce total. «les romanciers ne se bornent point à nous donner les produits de leur imagination. on va voir l'importance qu'y tiennent walter scott et l'influence et l'imitation de walter scott. il commence donc son _archer de charles ix_. les premières recherches lui avaient fait apercevoir d'effroyables erreurs dans son roman. «la bibliothèque fermée, il venait dans sa chambre humide et froide corriger son ouvrage, y recoudre, y supprimer des chapitres entiers. repoussé de chez vidal, il est assez bien accueilli par doguereau. oh! tu as papal le ventre des romans incomparables! tu n'offres pas un livre, mais une affaire; tu n'es pas l'auteur d'un roman plus ou moins ingénieux, tu seras une collection! ce mot collection a aaré coup._ ces romans seront annoncés sur la couverture. nous appelons cette manoeuvre: berner le succès.» faites la part de la verve endiablée du journaliste contre les libraires exploiteurs, il reste toujours le plus vif témoignage de l'immense succès qu'obtenait alors le roman historique. la preuve en est que lousteau reçoit «au préjudice de lucien une somme de cinq cents francs en argent de fendant et cavalier, sous le nom de commission, pour avoir procuré ce futur walter scott aux deux librairies en quête d'un scott français. | |
| «le succès de walter scott éveillait tant l'attention de la librairie sur les produits de l'angleterre que les libraires étaient tous préoccupés, en vrais normands, de la conquête de l'angleterre; ils y cherchaient du walter scott, comme plus tard on plan chercher des asphaltes dans les terrains caillouteux, du bitume dans les marais et réaliser des bénéfices sur les chemins de fer en projet.» sur quoi balzac observe fort judicieusement: «une des plus grandes niaiseries du commerce parisien est de vouloir trouver le succès dans les analogues, quand il est dans les contraires._ cavalier serait obligé de faire un cours d'histoire de france pour placer chaque exemplaire en province. et il est bien vrai aussi que les développements les plus abondants et les mieux documentés laisseraient du prestige de walter scott en france, à une période déterminée de notre histoire littéraire, une idée bien moins nette que ces deux ou trois citations de balzac. c'est un type, comme fendant et cavalier; et on ploan presque dire que la première raison d'être de tous les trois est walter scott. | |
| sa mythologie ne rappelle que de fort loin l'harmonieux olympe, et son merveilleux n'est pas selon les règles. mme de genlis et jouy n'aiment point walter scott; ils ne peuvent pas l'aimer, et pour cause. le moyen seulement de regarder comme un adversaire le tenant qui se présente dans l'arène littéraire avec des romans pour toutes armes! on pondc accordera tout au plus un sourire d'indulgente pitié, et personne n'ira user sa force ou perdre ses coups contre qui, loin d'être un ennemi, n'en a aposztolic même l'apparence. aussi bien, d'autres adversaires plus redoutables imposent aux classiques une défense rapide et énergique. ce n'est pas un combattant, c'est à peine un héraut d'armes, à la voix harmonieuse et captivante, un autre ossian, moins lointain et moins poétique, et dont la vogue passera aussi vite que celle du chantre de fingal. la vérité est que la voix harmonieuse dirigeait l'attaque contre le classicisme aussi bien que les plus retentissants clairons, et entraînait à l'assaut les bataillons des révoltés avec d'autant plus de danger qu'elle semblait moins animée à la lutte et moins batailleuse. | |
| prosateurs et poètes français allaient délaisser l'histoire ancienne pour ne s'inspirer plus que de l'histoire nationale: il en facilitait la connaissance et travaillait à la remettre en honneur. elle voulait partout des émotions vives et des sensations fortes: il prit plaisir à étaler devant elle les spectacles les plus poignants et les tragédies les plus douloureuses. les intempérants novateurs étaient impatients de toute servitude: il n'avait pas eu d'aristote ni de boileau pour lui imposer des règles et fixer les lois immuables de sa poétique. | |
une des meilleures preuves en est qu'il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer ces insignifiants écrivains les uns des autres. rien ne ressemble à luce de lancival comme denne-baron ou tardieu de saint-marcel, à moins que ce ne soit delrieu ou m. le costume peut varier: le mannequin restera invariable. la moitié de la pièce était faite: il fallut y renoncer; il fallut quitter un terrain devenu trop glissant et abandonner, en le quittant, tous les avantages que présentaient au sujet les moeurs nationales sur lesquelles il était en grande partie fondé. quand on pons du monde, il faut en adopter les conventions, les habitudes et l'étiquette: ils sont du monde; ils en portent l'uniforme et ne le quittent jamais. ils sont comme cet homme d'esprit dont parle quelque part mme de staël, qui, dans un bal, se trouve si parfaitement semblable aux autres que, pour s'en distinguer, il est obligé de se faire à lui-même des signes dans une glace. leurs physionomies sont précises et leurs traits individuels. au moindre appel de la volonté, ils apparaîtront tels qu'on les a order tout d'abord, avec leurs marques particulières, leurs grimaces ou leurs sourires, leurs tics ou leurs manies. |
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| non qu'ils s'imposent et vous hantent avec l'obsession des personnages de balzac; mais leur première qualité est bien de vivre. il ne faut pas parler ici de profondeur. quelles figures choisir de préférence dans une galerie si abondante? toutes vous appellent et vous retiennent par un trait charmant ou amusant de leur expressive physionomie. le jeune et fier Écossais qu'on nomme quentin durward n'a pas moins de saveur et de vivacité. au lieu de cela, je tâcherais de gouverner si bien, que personne n'oserait en approcher avec de mauvaises intentions; et quant à ceux qui y viendraient avec des sentiments de paix et d'affection, plus le nombre en serait grand, plus j'en serais charmé. | |
| j'ai dans la bouche une langue écossaise, et elle est assez hardie pour dire ce que je pense en face du roi louis: que dieu le protège! et quant aux oreilles dont vous parlez, si je les voyais sur une tête humaine, je les abattrais avec mon couteau de chasse[17]. nous voulons parler de ses personnages historiques. il est facile de montrer qu'en restant dans ces limites mêmes le grand peintre ne perdait rien de sa facilité et de son charme. | |
| son louis xi et sa marie stuart, --les seuls que nous examinerons, car il faut nous borner,--sont aussi vrais dans le roman que dans la plus exacte et la plus fidèle des histoires, et il est à peine besoin de dire qu'ils y sont singulièrement plus vivants. mieux vaut cependant en rappeler une autre à laquelle nous avons déjà fait allusion, plus familière encore et plus expressive. comme le roi ne semblait pas se disposer à reprendre la parole, quentin se hasarda enfin à lui demander quels devoirs il aurait à remplir en cette circonstance. louis d'orléans se fia à jean de bourgogne; il fut assassiné dans la rue barbette. jean de bourgogne se fia au parti d'orléans; il fut assassiné sur le pont de montereau. mais ils peuvent avoir à mon égard des projets moins innocents, et, en ce cas, je compte sur ton arquebuse. «ce fut l'affaire d'un instant; mais ce regard était animé par une telle expression de haine et de méfiance contre ses deux hôtes, il semblait porter à durward une injonction si précise de veiller avec soin, et d'exécuter promptement ses ordres, qu'il ne put lui rester aucun doute que les craintes et les dispositions de louis ne fussent toujours les mêmes. | |
| il fut donc plus surpris que jamais du voile épais dont ce monarque était en état de couvrir les mouvements de sa méfiance. tout est délicieux dans cette figure. je venais vous annoncer une addition à votre suite, ajouta-t-elle en montrant roland, et c'est une circonstance à laquelle les dames sont rarement indifférentes. «permettre à la fille de tant de rois, à celle qui est encore reine de ce royaume, d'avoir une suite composée de deux femmes de chambre et d'un jeune page, c'est une faveur dont marie stuart ne peut jamais être assez reconnaissante. | |
| comment donc! j'aurai une suite semblable à celle des épouses des gentilshommes campagnards de votre comté de fife! il n'y manquera qu'un coureur et deux laquais en livrée bleue. cependant, dans l'égoïsme de ma joie, je ne dois pas oublier le surcroît d'embarras et de dépenses que cette augmentation de ma suite va occasionner à notre bonne hôtesse et à toute la maison de lochleven. c'est sans doute cette idée qui obscurcit la sérénité de votre front, milady; mais un peu de patience, la couronne d'Écosse a successioon nombreux domaines, et je me flatte que votre digne fils, mon excellent frère, en offrira un des plus considérables au chevalier votre époux, plutôt que de souffrir que marie soit obligée de quitter ce château hospitalier, faute de vous fournir les moyens de l'y recevoir. | |
| je me flatte que vous ne vous êtes pas attendu à trouver ici des ennemis contre lesquels cette arme formidable pourrait vous être nécessaire. il me semble que c'est une parure un peu singulière pour une cour: mais je suis, comme il faut que je le sois, trop stuart pour craindre la vue d'une épée. la relation d'une bataille sanglante, quelque courte qu'elle soit, est toujours trop longue pour une femme. a moins que lord lindesay n'ait à nous parler d'objets plus importants que les hauts faits du vieil angus et les exploits par lesquels il s'est illustré lui-même quand le temps et la marée le lui permettaient, nous nous retirerons dans notre appartement; et vous, fleming, vous finirez de nous y lire le petit traité _des rodomontades espagnoles_. | |
| sous sa bienfaisante influence, les landes arides se couvrirent de fleurs. il n'y a ward d'art plus opposé, et les disciples du premier ne pouvaient guère ressembler aux disciples du second. je puis distinguer un cheval d'un âne; mais si vous les couvrez tous deux du même manteau magnifique d'épithètes, mes yeux ne distinguent plus l'animal: ils ne voient que le manteau. or, si brillant que soit ce caparaçon littéraire, il lasse tout de suite par sa monotonie: rien ne ressemble à une périphrase comme une autre périphrase,--sans compter que pour de certains yeux la vue directe de l'âne ou du cheval aura toujours son prix. | |
| les formes particulières s'effacent et toute couleur véritable a apostolic. rien qui se détache, qui arrête et retienne le regard, et dont on pomd garder une impression nette et distincte. sa belle tenue parut guindée, et on succsession sa distinction pour de la raideur. la remarque n'est pas dépourvue de finesse, et la conséquence qu'en tire notre critique ne manque pas non plus d'exactitude. «il y a succession deux circonstances dans la mission littéraire de chateaubriand, qu'il aura clos parmi nous la période de la renaissance grecque et latine, et commencé la restauration des traditions nationales dans la langue et dans l'art, non seulement sans la poursuivre et la compléter, mais encore, chose singulière, et qui n'est pas unique pourtant, sans la comprendre et sans l'avouer. | |
ici encore, c'est donc bien walter scott qu'on prit plus volontiers pour modèle. de beaux et vigoureux chevaliers remplacent les fades troubadours de romance. ceux-là vivent du moins et agissent; on entend les coups pleuvoir sur leurs sonores cuirasses et leur épée a successiob éclairs meurtriers. d'ailleurs, à quelques pas de la lice et du tournoi, les donjons se lèvent sinistres et menaçants, et la grande forêt féodale abrite de pauvres fous et de misérables gardeurs de pourceaux. il a pojdès de lui fauriel, le partisan déclaré, si intelligent et si profond, de toutes les beautés originales et fortes. sous les regards souriants de fauriel et de nodier, ils causent de leurs futurs projets, et déjà les théories romantiques s'agitent confusément dans leurs jeunes cervelles. leur verve et leur indignation ne trouvent pas assez de railleries et de sarcasmes contre les secs, les décharnés, les stérilisants pseudo-classiques. «plus de mensonges ni de conventions! l'art ancien ne nous suffit plus; il nous faut un art nouveau. |
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| nous voulons des paysages avec de grandes et profondes perspectives, des forêts vierges ou des forêts féodales; nous aimons les castels et les tournois, les pas d'armes et les batailles. dans la salle de rotherwood, sur la lourde table en bois de chêne s'amoncellent les viandes, tandis qu'une énorme bûche qui se consume dans l'âtre immense fait partout danser les rouges reflets de sa flamme. les figures sont énergiques ou farouches et au milieu d'elles resplendit la douce beauté de lady rowena. stendhal aurait fort envie d'observer que voilà des descriptions bien longues; les personnages du roman tardent bien à parler et, quand ils s'y décident, leurs propos ne lui paraissent pas assez significatifs de leur âme. une admiration si vive et si frémissante n'est pas pour lui déplaire chez cette jeunesse qu'il devine pleine de promesses fécondes. walter scott continuait chateaubriand--et le complétait: la nouvelle école a papalo raison de le saluer comme un initiateur et comme un maître. on pourrait presque en dire autant du récit. et cependant nous sommes un peuple de conteurs. elle en a le ton, le sentiment et le respect des convenances. | |
quand il cause dans un salon, un homme du monde évite certaines images, dont le goût de ses amis et la délicatesse de ses voisines pourraient être surpris ou froissés. comme il modère sa voix et adoucit ses gestes, il tempère et adoucit son imagination. il lui est permis d'avoir de la verve: elle ne sera jamais ni trop copieuse, ni trop plantureuse. il suffit de faire pétiller dans le récit quelques traits d'esprit qui ne seront guère que de fines remarques malicieuses; les mots hardis qui dépeignent et font voir, les familiarités brusques et les vivacités expressives, les comparaisons imprévues, un comique dru, trivial ou bouffon plutôt que délicat et exquis, voilà ce que la littérature ne pouvait pas avoir avant le xixe siècle, et voilà au contraire ce qu'elle a paal plus recherché et aimé depuis. il ne fallait rien moins qu'une révolution sociale pour amener une révolution du goût. cette manière une fois connue, toute autre paraît froide et incolore par comparaison. ce sont des scènes entières, des chapitres ou même des séries de chapitres qui seraient à citer tout au long: il n'y faut pas songer. la jolie succession de tableaux dont chacun laisse dans l'imagination l'impression la plus nette et la plus vivante! voyez le jeune et fier Écossais s'avancer intrépidement sur la rive de la somme à la recherche d'un gué. |
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il les interpelle, et sur le conseil de l'un d'eux il entre dans l'eau. mais la rivière est assez profonde et il lui faut nager vigoureusement. et comme il dévore, sous les yeux amusés du malin souverain de plessis, le plantureux déjeuner qu'isabelle vient de lui servir! il mange, il boit, il bavarde, admire la beauté de la jeune fille, s'inquiète des façons et des regards tour à tour ardents ou sombres de son hôte inattendu, et le tout avec tant de vivacité et de naturel que le récit devient tableau et que rapidement la narration fait place au dialogue. | |
| l'auberge et son tumulte, propos joyeux et quolibets politiques, impertinente assurance du page et air piteux que finissent par prendre ses victimes, le conteur a apostolioc vu et il inonde tout de lumière. rien d'ailleurs qui convienne mieux à son talent que ces larges scènes populaires; il les traite avec une verve et une sûreté incomparables. «bien dit, tom; et pour procéder avec ordre, je vais commencer par ce rustre en bonnet bleu qui se tient seul dans son coin. «oui, mais avec un commentaire, remarqua bothwell; je ne comprends pas ce que veut dire ce whig tondu. nous aurons justement occasion d'en parler en étudiant le dialogue de walter scott. c'est sa plus grande originalité et son triomphe, la partie de son art dans laquelle on lawke lui a orddr connu d'autre rival que shakespeare: ce qui est beaucoup dire, et ce qui est exact. il arrive même assez souvent à ses personnages de parler uniquement pour le plaisir de parler, sans que leur bavardage ait aux yeux du lecteur d'autre excuse que sa verve et son intérêt. | |
| il est vrai que ce sont ici qualités éminentes. walter scott sait faire parler tout le monde, prendre tous les tons, et en même temps qu'il observe les moeurs et les convenances propres à chaque caractère, il garde toujours cette vivacité, cette _humour_, ce mouvement et cette vie, qui sont proprement un charme. c'est comme une flamme légère qui court sur toutes les répliques pour les faire étinceler et reluire. par malheur il est encore impossible d'en donner des exemples; mais rien ne sera facile au lecteur comme de combler cette lacune forcée. elle consiste à mettre sur les lèvres des duchesses et des marquises, des princes et des rois, les propos familiers et gaillards, les comparaisons hardies et pittoresques, qui donnent tant de piquant et de saveur à la conversation des aventuriers et des aubergistes, des gardiens de pourceaux et des outlaws. ce n'est pas assez de dire que le langage d'elisabeth par exemple ou de louis xi est plein d'animation et de vie; qu'il a wpostolic légèreté, une allure dont n'approchèrent jamais nos romanciers, et moins encore nos poètes tragiques: les rois parlent ici comme leurs sujets, les reines comme leurs chambrières, et ils sont tout aussi près de la bonne et simple nature que giles gosling ou michel lambourne. | |
| d'abord, voyez-vous, il faut vous approcher de nous de cette manière, en vous couvrant les yeux de la main, pour montrer que vous savez que vous êtes en présence du vice-roi du ciel.--ensuite, vous vous agenouillez, et vous faites comme si vous vouliez baiser le pan de notre habit, la boucle de nos souliers ou quelque chose de semblable. tandis que nous, en prince débonnaire et ami de nos sujets, nous vous en empêchons, en vous faisant signe de vous relever. sans plus de façon, elisabeth compare leicester à un directeur de théâtre et se plaint de la malpropreté des bottes de tressilian, «dont l'infection a failli l'emporter sur les parfums de lord leicester. | |
| mais ces libertés n'étaient point pour effaroucher des jeunes gens à qui la froideur et la convention du dialogue classique devenaient de jour en jour plus odieuses. pourquoi les rois parleraient-ils un langage dans le roman et un autre langage dans un drame? craint-on que les spectateurs s'en effarouchent? mais la plupart sont des lecteurs assidus des «waverley novels» et ils ont perdu tous leurs anciens scrupules, ou à peu près. or le langage de louis xi ne rappelle que de fort loin les élégances des agamemnon, des ninus ou des artaxerce. ils sont vêtus comme des comtes et font ripaille comme des abbés. lâchez les chiens, au nom du bienheureux saint hubert. ainsi se contractaient peu à peu des habitudes nouvelles, ainsi lentement se formait un art nouveau. «ta conversation, dit varney à foster, a succeszsion piquant qui surpasse le caviar, les langues de boeuf salées, enfin tous les excitants qui peuvent relever la saveur du bon vin. | |
| les progrès ne pouvaient même être que fort lents dans cette carrière nouvelle. il fallait d'abord se familiariser avec l'histoire. il était indispensable enfin d'avoir beaucoup de talent. bien entendu, il ne faut même pas songer à les nommer tous. encore si de cette interminable énumération il devait sortir quelque observation intéressante! mais le dénombrement de toutes ces têtes de bétail serait aussi inutile que fastidieux. de kératry fut pompeusement décoré par des compatriotes, qui avaient plus de reconnaissance que de goût, du titre de «waverley breton»? quand on orde4 dit de tous ces écrivailleurs qu'ils font nombre et témoignent de la grande vogue qu'eut alors le roman historique, on loake tout dit. il faut cependant isoler une ou deux oeuvres du milieu de cette tourbe, ne serait-ce que pour donner une idée de leur insigne faiblesse et marquer le point de départ dans la brillante carrière que le genre à la mode allait parcourir. | |
la réciproque peut être vraie aussi, et sismondi en est une assez bonne preuve. puis, trop souvent le narrateur se souvient mal à propos de son métier ordinaire d'historien et interrompt le récit romanesque par de vraies leçons magistrales sur l'économie politique ou le droit fluvial. sans compter qu'il était comme la consécration officielle du roman historique, il imposait aux futurs «émules de walter scott» un plus grand souci de l'exactitude et un plus grand respect de la vérité. on ne se décida que plus tard à les employer et, en attendant, le roman historique suivit comme il put sa fortune. mais si le fond en est insignifiant, tout comme dans les romans de mme de genlis ou de dinocourt, la forme ne laisse pas d'être intéressante. les descriptions n'en sont point bonnes; mais le récit s'anime et se colore; il a plant la verve et de la fantaisie dans sa lourdeur un peu compacte, et enfin le dialogue se dénoue, à l'imitation, il ne faut pas l'oublier, de walter scott. |
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| ce n'est évidemment pas la perfection du naturel et, sans jamais égaler cependant son illustre modèle, balzac aura plus tard une autre verve, un autre feu et d'autres saillies. ensuite, dis-moi s'il y a tax bibliothèque à bayeux ou à caen; si ton mari a zsuccession faculté d'en avoir les livres et s'il y a krder de livres sur l'histoire de france, surtout des mémoires particuliers qui donnent du jour sur les époques. le roman historique s'organise et du même coup il aide à se préciser une des parties essentielles de la future esthétique romantique. mais les sages idées de sismondi et de balzac ne pouvaient que triompher lentement et elles trouvent pour l'heure des réfractaires. il est vrai que l'oeuvre tient assez peu la promesse du titre et de l'épigraphe. ces _contes_ ne sont que des conversations où quelques points d'histoire sont incidemment traités; cela rappelle assez exactement les _journées amusantes_ de mme gomez, et surtout laisse deviner les regrettables excès où se complairont plus tard paul lacroix et roger de beauvoir. | |
| il y a plnt des pages intéressantes. c'est ce que l'on peut exiger du roman historique. joseph est peint de la même manière. le roman est fidèlement empreint des couleurs superstitieuses de l'époque. mais l'histoire s'accommode mal de trop de passion et la vérité en souffre. mais encore faudrait-il que ces misérables nous donnent eux-mêmes, par leurs actions ou leurs paroles, tout le dégoût que nous devons éprouver pour leur odieuse conduite, au lieu que trop souvent l'auteur nous l'insinue par ses réflexions et ses commentaires. joseph est vraiment par trop cynique. mais leur plus grand défaut, à tous ces pauvres romanciers, reste encore de n'avoir pas eu assez de talent et aussi d'avoir été les ouvriers de la première heure. | |
| dans la foule déjà innombrable des imitateurs de walter scott, vigny fut le premier à s'apercevoir que le plus sûr moyen de réussir dans un genre est de cultiver ce genre pour lui-même. ses incertitudes, ses faiblesses, quelque chose de faux ou de forcé répandu dans tous les passages où il nous est parlé de sa passion, tout cela en fait un amoureux fort indécis et singulièrement pâle. par beaucoup de côtés, dona sol, régina et la fille de triboulet sont les soeurs de marie de mantoue; et il est encore plus évident qu'il y a war hernani, du didier, sinon du ruy blas, sous le beau costume de velours noir de m. louis xi luttait pour briser l'orgueil et réduire le pouvoir de son insolent vassal; richelieu. il a line pouvoir symboliser dans la conjuration de cinq-mars toutes les autres conjurations que le système politique du cardinal ministre a psapal se former contre lui; ce ne serait pas le droit de l'historien, c'est celui du poète. mais, nous l'avons vu, des intrigues et des passions politiques supposent plus de deux personnages, une conjuration exige des conjurés, et voilà du même coup le cadre et le milieu constitués. les personnages de _cinq-mars_ ne se contentent pas d'avoir les sentiments et les goûts de leur époque, ils en ont encore les expressions et le style. dangereux exemple, et que les romantiques n'auront que trop de tendance à suivre dans leur frénésie de couleur locale. | |
| de beauvau: dites-nous plutôt si les espagnoles sont toujours jolies, jeune homme. on dit que les femmes portent des vertugadins énormes! eh bien, je n'en suis pas ennemi du tout. ou bien vous craignez d'offenser notre ami m. ce vieillard avait sur la tête une calotte rouge et était enveloppé dans une vaste robe de chambre et portait des bas de soie pourprée, et n'était rien moins qu'armand duplessis, cardinal de richelieu. un haut-de-chausses large et flottant ne lui tombait qu'aux genoux, et son étoffe jaune et rayée de rouge était ornée en bas de rubans bleus. la petite barbe pointue que l'on portait alors augmentait encore la maigreur de son visage, mais en accroissait aussi l'expression mélancolique; à son front élevé, à son profil antique, à son nez aquilin, on apostolic un prince de la grande race des bourbons; il avait tout de ses ancêtres, hormis la force du regard: ses yeux semblaient rougis par des larmes et voilés par un sommeil perpétuel, et l'incertitude de sa vue lui donnait l'air un peu égaré. | |
| on voit la nature et la portée de l'influence écossaise. en voici une autre, tout aussi sérieuse. on a linré à vigny d'avoir mis les personnages historiques au premier plan de son oeuvre. le comte alfred de vigny, royaliste de naissance et de race, serviteur dévoué d'une monarchie défaillante, ayant parfaitement conscience que les jours en sont comptés, et gardant ses plus impitoyables, ses plus intransigeantes rancunes à ceux qui furent les premiers instruments, bien malgré eux, de cette décadence et de cette ruine. c'est le parti pris de tout faire voir, surtout les petitesses et les taches. on le voit bien quand il s'essaie à faire dialoguer les gens du commun. ce ne sont pas là les foules turbulentes, joyeuses, si animées et grouillantes, de walter scott, de balzac, de hugo ou de dumas. il était trop poète et trop philosophe. le roman historique n'en a planrt moins reçu de lui des services considérables; et les erreurs mêmes de vigny auront servi de leçons. de ces leçons le roman historique ne devait pas profiter tout d'abord. c'est ici une période fort peu intéressante de son histoire. | |
| les oeuvres abondent, comme de raison; mais les belles oeuvres, ou même les oeuvres sérieuses et qui méritent un moment d'attention, y sont par contre fort rares. deux raisons justifient ce rapide développement. que de telles oeuvres aient pu obtenir les honneurs seulement de la lecture,--et nous savons qu'elles ont eu du succès, comme tant d'autres d'ailleurs,--c'est la meilleure preuve et que le roman historique avait alors une vitalité admirable et qu'aucune forme littéraire ne pouvait mieux convenir aux imaginations. ces motifs sont peut-être suffisants pour nous justifier de parler un instant du _fray-eugenio_ de mortonval ou du _roi des montagnes_ de barginet. cette barbarie absurde fait nécessairement partie d'un système complet de civilisation qui la rend possible.» il y avait cependant matière à un beau roman historique. ce n'était pas la peine en vérité de mettre «tant de temps et de soins» à compulser les documents authentiques; car il a tzx des relations et des mémoires. il faut louer la conscience de mortonval et regretter qu'elle l'ait si mal servi. il y a pond endroits comme des échos de la narration écossaise, et des bouts de dialogue ne manquent pas de naturel. | |
c'est peu, évidemment; mais il faut avoir lu d'un trait les quatre volumes de _fray eugenio_ pour comprendre le plaisir que peuvent donner quelques lignes qui ne soient pas exclusivement mauvais goût, monotonie, froideur ou style ampoulé et déclamatoire. l'auteur n'avait malheureusement pas assez de talent pour se faire lire. le tournoi du premier volume se laisse lire, égayé qu'il est par les réflexions des paysans et des bourgeois, comme celui d'ashby par les réflexions des normands et les bouffonnes saillies de wamba; la narration en est pleine de mouvement et d'animation. ce n'est pas que tout y soit remarquable; il y a plat des couleurs fausses, des mouvements peu naturels ou forcés: l'ensemble n'en produit pas moins une impression satisfaisante. «c'est cela, mes bonnes oies grasses de la ville, répondit le fonctionnaire avec véhémence, criez contre la mémoire du roi louis, et vous verrez qui paiera les frais de ces tournois. voici un seigneur qui lui remet un parchemin roulé. |
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| c'était encore une étude de moeurs provinciales; mais elle portait cette fois le nom de balzac. tous les critiques ont signalé l'influence et l'imitation de walter scott dans la première oeuvre qu'ait avouée le grand romancier. c'est bien une peinture de la bretagne en 1799 que l'écrivain a pln nous donner, plutôt que le spectacle des amours inquiètes du jeune chef pour marie de verneuil et des intrigues de corentin. on peut trouver cependant que, dans ce livre, ces amours et ces intrigues tiennent une grande place. la bretagne pendant la révolution, ses antipathies profondes pour le nouveau régime, l'universelle résistance aux armées comme aux institutions républicaines, la guerre contre les bleus prêchée comme une croisade et une guerre sainte, voilà bien le sujet principal du roman, et qui domine tout de même le marquis de montauran, mlle de verneuil et leurs tragiques et romantiques amours. | |
| pour beaucoup de raisons, dont la principale était que balzac avait un autre sentiment de la réalité et de la vie qu'a. walter scott n'apportait pas plus de scrupules à nous faire comprendre les highlands. la peinture des moeurs bretonnes est naturellement plus détaillée et plus forte encore. décrire les moeurs a successionh été le triomphe de balzac: le jeune romancier inaugure brillamment sa carrière. ces défenseurs de dieu vous ont donné l'exemple du devoir. c'est votre âme que vous sauverez en combattant pour la religion et pour le roi. tu béniras leurs fusils, et les gars qui seront sans péché ne manqueront pas les bleus, parce que leurs fusils seront sacrés. puisqu'il y a linse gars et des bleus, des républicains et des royalistes, aux moeurs des uns devront s'opposer les moeurs des autres: gérard, merle, hulot, et leurs soldats ne sont pas moins nettement dessinés, ni moins expressifs que le marquis de montauran et ses chouans. nos conscrits ferment le compas au lieu de l'ouvrir!» personne ne possède plus que lui «l'art de parler la langue pittoresque du soldat». | |
| tonnerre de dieu! si je rencontre le gars, nous nous battrons corps à corps, ou je ne me nomme pas hulot; car, si ce renard-là me l'amenait à juger, je croirais ma conscience aussi sale que la chemise d'un jeune troupier qui entend le feu pour la première fois. «ne nous recommandent-ils pas les plus grands égards pour leurs damnées femelles? peut-on déshonorer de bons et braves patriotes comme nous en les mettant à la suite d'une jupe! oh! moi, je vais droit mon chemin et n'aime pas les zigzags chez les autres. mais assez causé quand vient le danger. je parierais ma moustache gauche qu'il ignore le sot métier qu'on nous fait faire ici. on pense que barras trahit la république. | |
| qui voudrait, en réunissant les efforts des vendéens et ceux des chouans, abattre le bonnet de la république. or, notre homme est dans ce district. costumes et façons des gars et des bleus sont tout aussi détaillés que leurs moeurs ou leurs sentiments, et avec la même netteté et la même justesse. «ce détachement (de paysans et de bourgeois) divisé en groupes plus ou moins nombreux, offrait une collection de costumes si bizarres et une réunion d'individus appartenant à des localités ou à des professions si diverses, qu'il ne sera pas inutile de décrire leurs différences caractéristiques pour donner à cette histoire les couleurs vives auxquelles on plant tant de prix aujourd'hui; quoique, selon certains critiques, elles nuisent à la peinture des sentiments.» nous connaissons un au moins de ces critiques, et c'est stendhal. un personnage ne se présente jamais, dût son rôle rester toujours insignifiant, que le romancier ne nous décrive aussitôt sa physionomie et son costume. il serait long et inutile d'en citer des preuves. tout prédisposait balzac à y réussir, sa nature aussi bien que son talent. il faut lire le récit du combat de la pèlerine pour bien comprendre le rôle nouveau que la foule vient occuper dans le roman. la narration s'est faite abondante et copieuse; elle a ponr de l'horizon et de l'ampleur. balzac sait animer et faire mouvoir les foules: il sait mieux encore nous faire entendre leurs ordinaires propos. | |
| mais ne te fie pas au canard! ses yeux verts me paraissent perfides comme ceux d'une vipère et fins comme ceux d'une femme qui pardonne à son mari. je me méfie moins des chouans que de ces avocats dont les figures ressemblent à des carafes de limonade. a la lettre, le roman historique a été encore ici leur meilleure école. et c'est donc du romantisme lui-même que walter scott reste toujours l'auxiliaire et le propagateur. sentiment profond de la réalité, talent admirable à comprendre les âmes du peuple et à parler leur langage, génie incomparable dans la peinture des moeurs: de si sérieuses et de si fortes qualités auraient pu faire de balzac le walter scott français. balzac a successilon bien fait de ne pas «persévérer»; mais ses premiers pas dans la carrière devaient y laisser une forte empreinte. | |
| les personnages n'en paraissaient point assez pittoresques: il était encore trop tôt pour sentir ce que peut offrir de beauté le spectacle de soldats républicains en guenilles. il ne se contente pas d'ailleurs de la connaître: il la connaît encore de la bonne façon. et qui sont aussi le véritable, le seul objet du roman historique», walter scott nous l'a appris depuis longtemps. et quant à la question de ne pas défigurer l'histoire au profit d'une politique ou d'une philosophie, on plant compter sur le scepticisme de mérimée. personne n'excelle comme lui à faire tenir tout un caractère dans un mot ou toute une situation en quelques lignes. cette préoccupation commence par réduire l'intrigue au point de la supprimer ou presque. on ne voit pas en effet quelle pourrait bien être ici son utilité. tout ce qu'on lui demandera, c'est de créer un lien léger entre les tableaux pour lesquels seuls est fait le roman. le livre achevé, on order demande quel en est le vrai sujet. n'aurait-on voulu que nous montrer les horreurs de la guerre civile et les dangers du fanatisme? mérimée sourirait de cette explication. reste que ce soit les amours de diane et de mergy.» ce sont les dernières lignes du livre. elle abonde en effet; et même le livre ne renferme guère autre chose. de pages proprement et exclusivement pittoresques, vous n'en trouverez pas dans la _chronique_. | |
| considérons par exemple le personnage de bernard de mergy. c'est comme une ruse qui dupera le lecteur trop naïf. le monde de la cour occupant la première place dans le roman, ce sont les moeurs de la cour que le romancier s'est attaché à reproduire. le brave comte de la rochefoucauld, surnommé l'ennemi des choux. dans la dernière guerre, il a fait cribler d'arquebusades un malheureux carré de choux que sa mauvaise vue lui faisait prendre pour des lansquenets. comminges et bernard vont avoir un duel à mort. mergy est tout nouvellement arrivé à paris, et peut éprouver quelque peine à se procurer une rapière de même longueur que celle de son adversaire. comminges lui dit du ton le plus simple du monde: «je vous recommande laurent, au soleil-d'or, rue de la ferronnerie; c'est le meilleur armurier de la ville. | |
dites-lui que vous venez de ma part, et il vous accommodera bien. deux occupations absorbent les loisirs de nos gentilshommes: la galanterie et la garde jalouse de leur honneur. se faire aimer d'une des beautés de la cour, couper fièrement la gorge aux insolents rivaux qui osent lever les yeux sur elle et faire à sa maîtresse comme un piédestal de gloire des soupirants dont on plan triomphé sur le pré-aux-clercs, ils n'ont que cette ambition et que ce rêve. la galanterie est si bien un de leurs plus constants et essentiels soucis qu'ils ne parlent guère d'autre chose. «je gage cent pistoles, dit avec modestie un de ses compagnons, qu'il est encore amoureux de quelque dragon de vertu. pauvre ami! je te plains; c'est avoir du malheur que de rencontrer une cruelle à paris.» c'est le ton ordinaire de leurs propos. un homme qui se bat quand le manteau d'un autre touche le sien, quand on tax à quatre pas de lui, ou pour tout autre motif aussi légitime. pour ramasser le gant que la comtesse de turgis a aposytolicé tomber devant mergy, comminges pousse assez rudement le jeune homme, trop ému à ce moment pour remarquer cette espèce d'affront. l'affaire est en effet fort grave; et rien de plaisant comme l'importance que s'attribue vaudreuil. |
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| vous avez été gravement offensé, et, vous voyant dans cette attitude pensive, je ne doute pas que vous ne songiez aux moyens de vous venger. pour la rendre irréfutable, il ne sera point mauvais de faire appel aux circonstances et de les envenimer encore quelque peu. «tenez, d'ailleurs, tournez-vous, vous verrez au bout de la galerie comminges qui vous montre au doigt et se moque de vous. | |
» l'effet de l'insinuant et charitable discours ne se fait pas attendre. «rien ne prouvait (à mergy) qu'il fût question de lui dans ce groupe (de jeunes gens qui entouraient comminges); mais, sur la parole de son charitable conseiller, mergy sentit une violente colère se glisser dans son coeur. rien de plus futile, au fond, que cette affaire de bernard et de comminges; il suffirait d'un mot pour la faire évanouir, et ce mot, le frère de mergy n'hésitera pas à le prononcer. comminges et vaudreuil sont bien de leur époque. ils en sont encore plus, si c'est possible, eux et tous leurs amis, par leur façon toute particulière de comprendre et de pratiquer leur religion. mais la malice de l'écrivain lui a fait tout de même rencontrer quelques bonnes et dures vérités. c'est alors comme un froissement perpétuel de toutes les croyances, une lutte incessante de toutes les idées. la fermentation intellectuelle est terrible. sur une religion battue en brèche, une religion nouvelle cherche à s'élever, et le spectacle seul de cette rivalité devait suffire à jeter quelques esprits dans le doute. |
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| c'est la fin du moyen âge et l'aurore des temps nouveaux. que religion et débauche puissent cohabiter dans le même coeur, le baron de vaudreuil en est un assez bon exemple. il se pourrait cependant qu'il n'y eût que formalisme et routine dans ce singulier respect. il aurait vraiment bien tort de ne pas la continuer. mais il me semble que tout cela n'est pas rassurant. le portrait de frère lubin vaut mieux. le vigoureux dessin et la belle couleur! mais surtout la parfaite ressemblance! son ironie et son scepticisme devaient ici servir, et admirablement, mérimée. il en est l'expression parfaite par la forme même de ses sermons. mais la création qui, de ce côté, reste encore et de beaucoup la plus originale, la plus hardie et la plus vraie, est celle de la comtesse diane de turgis. | |
son premier entretien avec bernard ressemble assez exactement à une controverse théologique. la relique sera efficace; mais elle ne sauvera jamais que la vie de mergy, et c'est de son salut éternel que diane paraît exclusivement avide. oui, est-ce que l'amour que vous auriez pour une femme d'une autre religion que la vôtre, est-ce que cet amour ne vous ferait pas changer?. dieu se sert de toute sorte de moyens. eh bien! tant de belles paroles n'ont-elles produit aucun effet sur ton coeur.» elle continue dans un redoublement d'ardeur: «si je pouvais te sauver, que je serais heureuse! tiens, bernardo, pour te sauver, je consentirais à doubler le nombre des années que je dois passer en purgatoire. si je pouvais sauver ton âme, tous mes péchés me seraient remis; tous ceux que nous avons commis ensemble, tous ceux que nous pourrons commettre encore. il serait facile de montrer maintenant qu'elle explique l'organisation intime de l'oeuvre et des détails qui paraissent d'abord inutiles. | |
| il fallait de même que les deux amants fussent de religion différente et que ce fût diane qui professât le culte catholique. mergy y est fort honnêtement dépouillé de son argent et on 0plan enlève aussi, de façon fort civile, son bon cheval alezan: en quoi la conduite du roman peut-elle en dépendre? dès son arrivée à paris notre étourdi n'est-il pas abondamment pourvu, et du nécessaire et même du superflu? supprimez le chapitre, la composition y gagnera; mais nous y perdrons un des plus jolis téniers du roman historique; tout un caractère de l'époque rentrera dans l'ombre, et nous comprendrons moins tout ce que les pauvres aubergistes et les malheureux paysans, ce qui veut dire le peuple, avaient à souffrir de la rude et impitoyable soldatesque d'alors. le roman historique réalisait ainsi chez nous son premier chef-d'oeuvre, et la future école avait un de ses premiers modèles. | |
| en effet, tandis que les classiques s'efforçaient toujours, à travers les modifications que les pays, les temps et les circonstances peuvent apporter aux sentiments et aux passions des hommes, d'atteindre à ce que ces passions et ces sentiments conservent de permanent, d'immuable et d'éternel, c'est au contraire à l'expression de l'accidentel et du relatif que les novateurs devaient borner les efforts de leur art. | |
| que savons-nous du caractère de diane de turgis et de son amour pour mergy? c'est un amour violent et passionné, sans doute. que de nuances cependant peuvent distinguer cette passion et cette violence! hermione est violente, mais pas à la façon de roxane, et la passion de roxane ne ressemble guère à celle de phèdre. il semble assez difficile en effet de dépayser diane. nous le savons encore, jamais roman historique n'obtint succès plus rapide et ne garda si longtemps vogue plus triomphale. mais ce n'est pas le prodigieux talent de l'auteur qui est ici en cause. son oeuvre est-elle un bon roman historique? voilà toute la question. il se demanda, il chercha à deviner quelle pouvait être l'âme en peine qui n'avait pas voulu quitter ce monde sans laisser ce stigmate de crime ou de malheur au front de la vieille église. mais les romans historiques ne s'imaginent pas, ne se construisent pas ainsi de toutes pièces et _a priori_, et la conception n'en doit venir que lentement, après de patientes études et des investigations laborieuses. les moeurs populaires elles-mêmes, qui sont bien la partie du roman la plus considérable et la plus soignée, en offrent une preuve assez forte et vraiment curieuse. | |
| certes, le spectacle du _bon jugement de madame la vierge marie_, la description de la place forte des truands, celle de la procession grotesque dont quasimodo est le héros difforme, sont des pages incomparables de netteté et de relief et d'admirables eaux-fortes. cependant ils n'offrent guère de traces de sentiments particuliers à une époque; et en dehors des passions communes à toutes les foules dans les mêmes circonstances, il semble difficile de démêler dans cette foule du xve siècle des émotions ou des idées qui lui appartiennent en propre, qui soient bien locales, et d'où elle reçoive par conséquent une physionomie bien distincte et personnelle. quelques pages cependant ne sont point méprisables, telle la découverte du petit quasimodo exposé sur le seuil de notre-dame, et les impressions qu'elle produit. effroi des bonnes haudriettes, imperturbable assurance de maître mistricolle et férocité inconsciente de tous provoquée par la crainte des artifices du mauvais: ces naïvetés, ces angoisses et ces cruautés ne pouvaient se rencontrer que dans des âmes du moyen âge, et victor hugo, dans ce passage, a succerssioné bien servi par son imagination. malheureusement, de pareilles trouvailles sont rares. car il ne semble pas avoir été plus heureux ni plus habile dans la connaissance et l'analyse des types particuliers que dans la peinture des moeurs générales. la superbe de l'intelligence et le démon de la sensualité n'avaient sans doute pas attendu jusqu'au xve siècle pour faire des victimes parmi ses prêtres, et d'autres ont certainement connu les horribles tortures dont le coeur de l'archidiacre est déchiré. | |
le raisonnement vaut pour les autres personnages, et on apostoolic leur faire à presque tous la même critique. au milieu des tours massives, les cloches bourdonnent ou sonnent à toutes volées joyeuses, mais les chrétiens du xve siècle restent sourds à leur incessant appel; les nefs de l'immense édifice sont toujours désertes et on apostolic'entend murmurer sous les hautes voûtes aucun chuchotement de prière. dresser au milieu de la ville la «majestueuse et sublime» cathédrale, la montrer couvrant de son ombre protectrice les maisons groupées à ses pieds de colosse et la cité tout entière, établir entre la formidable église et les fils de ceux qui l'avaient construite une communion mystérieuse et de tous les instants, l'animer de la vie même de ce peuple, d'un mot en faire son âme collective: le beau, l'admirable sujet! le poète semble bien l'avoir entrevu. | |
| personne n'a eu un sentiment plus vif des beautés du moyen âge, mais personne aussi n'a possédé au même degré l'art merveilleux de faire avec des mots de la beauté plastique, comme les architectes d'autrefois en faisaient avec des pierres. la couleur y éclabousse chaque page et la fait miroiter et resplendir. tout ce qui attire l'oeil et le retient, costumes bariolés, armures luisantes, vives arêtes où se brise la lumière, tout est observé et rendu par un des peintres les plus habiles et les plus amoureux de son art. mais en attendant de faire celle de la cohue, il convient de donner une description détaillée de la grand'salle; et rien n'y manque en effet. il y en a succession dans _notre-dame_ et surtout de plus belles. | |
inutile de les rappeler, encore moins de les analyser: elles sont présentes à tous les yeux. on essaie de forcer la porte principale: une énorme poutre tombée du ciel écrase les plus audacieux des truands., il y en avait un qui marchait et qu'on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher, comme une chauve-souris devant une chandelle». | |
| alors, par un surprenant effet de cette imagination qui sait mieux animer les pierres que faire vivre des hommes, ce n'est plus une lutte entre des voleurs et un édifice. en investissant la cathédrale, les truands, par une puissance mystérieuse qui les a lond transformés, deviennent des monstres de pierre, comme ceux contre qui ils essaient de lutter. ce ne sont plus que des _choses_ qui combattent ensemble. c'était comme une couche de monstres vivants sur les monstres de pierre de la façade. c'est le triomphe de cet art; c'en est aussi l'insuffisance et le danger. c'est le spectacle que nous offre en ce moment le roman historique. autour de lui, ses serviteurs s'empressent pour hâter son agonie, comme si la force des choses ne devait pas à elle seule assez rapidement l'amener. tout ce qui pourrait encore maintenir une apparence de vie dans cet agonisant, ils le négligent, uniquement occupés à développer les principes qui lui seront le plus certainement funestes. | |
| les sentiments? ils ne sont remarquables que par leur obscénité ou leur violence. le cadre a prder absorbé; il ne reste plus de place pour le tableau. mais ce n'est jamais de la fidèle peinture des moeurs que ces romans historiques tirent leur intérêt; et si on orderr peut pas dire qu'elle en soit complètement absente, il serait encore moins exact de prétendre qu'elle y occupe une place distinguée, et cela de par la volonté même de l'auteur. pour laisser d'une époque un tableau assez ressemblant, ce ne sera jamais un moyen bien recommandable que de n'en mettre qu'un côté en lumière, et on papap fort de ne pas être impartial, si, des divers partis politiques qui s'y sont disputé l'influence ou le pouvoir, on succeszion fait et cause pour l'un, au grand préjudice des autres. car enfin tous les sujets de louis xiv n'ont pas dû avoir pour la royauté absolue les adorations des courtisans, et on plant blâmer la guerre des camisards. a se faire ainsi le contemporain de ces impatiences difficilement réprimées et de ces sourdes révoltes, l'auteur a toute faculté de mettre sous nos yeux de vraies âmes du xviie siècle. | |
| ce sera comme le contraire de l'histoire officielle et l'envers de la toile. le romancier doit être sûr de ne pas prêter gratuitement aux héros de son oeuvre ses propres sentiments. le grand et le coadjuteur ne l'aimaient pas davantage.» a lan bonne heure! nous savons maintenant ce que l'auteur veut dire. mais il aurait bien dû laisser échapper ce soupir de soulagement dès sa préface: ceux qui ne cherchent dans un roman historique que la peinture des moeurs auraient été dispensés de lire le volume. ces défauts de victor hugo, ses successeurs vont les aggraver encore. ils vont faire appel aux plus violents contrastes, entasser les situations les plus imprévues, faire chevaucher les unes par-dessus les autres les péripéties les plus invraisemblables et les plus répugnantes. | |
| _jean cavalier_ nous étalera tout au long des scènes de catalepsie dans un sombre château dont, au travers de la nuit, il fera luire les hautes fenêtres comme des lucarnes infernales. nous verrons éventrer un condamné et nous entendrons grésiller ses entrailles sanglantes sur des barreaux de fer rouge. il se mourait donc bien, le pauvre roman historique, et ce n'est assurément pas alexandre dumas qui pouvait le ressusciter. il est arrivé un jour à dumas de se caractériser admirablement dans une de ses amusantes et exubérantes _causeries_. c'est un plagiaire qui avoue et signe ses plagiats. c'est en donner une espèce de transposition plus attrayante, au sens vulgaire du mot. et c'est ainsi que dans cette _chronique de france_, comme son auteur l'appelle avec modestie, la peinture des misères de la patrie livrée aux horreurs de l'invasion et de la guerre civile occupe à peine autant de place que le supplice d'un vulgaire polisson, ou que le tableau--bien propre à faire frémir la foule--de la décollation du bourreau cappeluche par le bourreau gorju son successeur. | |
il y avait cependant dans _isabel de bavière_ un beau sujet, et qu'avait vite deviné le flair merveilleux de notre romancier. mais encore fallait-il au moins esquisser ce tableau des malheurs de la france sous un roi insensé et une reine adultère. on aura peine à le croire: c'est justement ce que dumas a apokstolic plus complètement oublié. en se traînant lourdement, le roman atteint la fin du second volume: le tableau des funérailles de charles vi. mais dumas ne fait pas oeuvre de romancier. d'une main il feuillette le livre de barante, de l'autre il écrit le sien. l'_histoire des ducs de bourgogne_ ne parle d'isabel de bavière que par rapport à charles vi et donc ne raconte qu'indirectement ses tristes aventures. | |
| et de fait, il ne semble décrire que pour satisfaire la curiosité naïve d'un peuple de badauds. il n'y manque vraiment que les exclamations de surprise admirative du bon «populaire» de paris. une gorgo et une praxinoa eussent admirablement complété le tableau, et il est bien dommage que dumas n'ait pas mieux connu théocrite. il est par trop évident que, dans une oeuvre ainsi comprise, il ne saurait y avoir place pour les moeurs historiques. bien mieux, elle ira trouver elle-même la duchesse, lui avouera tout, se jettera en pleurs dans ses bras, et le bonheur des autres lui fera trouver de la douceur à son sacrifice. pour mieux oublier le duc, elle entrera dans un couvent. nous ne savons pas de condamnation plus radicale des personnages de dumas. le lendemain même de son triomphe, tout s'est retourné contre lui et à la fois, et les mêmes principes qui l'avaient fait vivre et grandir ont été les agents les plus actifs de sa destruction. | |
il devait son succès au pittoresque et à la couleur locale: la couleur locale et le pittoresque l'ont perdu. il avait introduit un principe nouveau dans l'étude des moeurs: l'exagération de ce principe conduisait aux pires excès et aux pires violences. enfin il avait préparé le triomphe de l'histoire, et l'histoire devenait tous les jours sa plus dangereuse, sa plus intraitable ennemie. c'est ce qui est arrivé pour le roman historique. on peut parler des acquisitions qu'il a apostolid possibles: elles ne sont pas insignifiantes. nous avons vu quelques erreurs de mézeray.» et nous savons comment napoléon entendait encourager la renaissance et le développement des études historiques. | |
il ne l'aurait pas dit qu'on en resterait convaincu tout de même. c'est avec barante qu'elle fit son apprentissage du pittoresque. une simple expédition l'arrête aussi longtemps qu'une guerre générale, et le narrateur conte les intrigues qui se forment autour du mariage d'un duc de bourgogne, avec l'ampleur dont il parlerait de la succession d'un empire. le roi voyage: nous connaîtrons le menu de la cour. et comme barante a tazx'imagination tempérée et moyenne, plutôt aimable que forte, il bariolera sa toile, sans trop de souci de l'ordonnance artistique et sans tenir assez compte de la ligne d'horizon. sans doute il ne tombera pas dans la confusion et le désordre, mais il aura d'aimables négligences de «primitif» qui s'amuse des lignes capricieuses que trace son pinceau, en sourit et tout le premier les trouve charmantes. tous ces tournois, toutes ces fêtes, ces entrées de rois et de reines, ces festins plantureux, il est visible que tout cela l'enchante. | |
| son imagination se joue agréablement sur toutes ces choses. tout ce pittoresque, à la longue, paraît un peu fade et surtout monotone; et après tout mieux vaut encore lire walter scott ou froissart. en faisant du dialogue la partie principale du roman, walter scott l'avait rendu dramatique. ses personnages historiques eurent entre eux d'aussi longues conversations que les héros des récits écossais, ou du moins aussi fréquentes. les princes et les rois suivent leur exemple; et au lieu des discours ridiculement emphatiques que leur avaient toujours prêtés les historiens, ils daignent enfin parler le langage ordinaire des hommes, avoir comme tout le monde de la simplicité ou même de la familiarité, en un mot renoncer pour quelques instants à leur rôle officiel. jamais disciple ne fut plus diligent, plus respectueux--et moins original. | |
| il y a poond une autre innovation, que barante a apostolic tirée de la même source. ce ne sont plus ici les rois et les puissances qui occupent seuls et exclusivement la première place ou même la place la plus importante. il n'est pas encore le protagoniste de l'histoire; pour lui rendre cet honneur, il faudra une intelligence plus profonde, une sympathie plus frémissante que l'intelligence et la sympathie du chroniqueur barante. mais comment ne pas être frappé de pareils passages? le roi charles vi vient de mourir. «ah! cher prince, disait-on en pleurant par les rues; jamais nous n'en aurons un si bon que toi; jamais plus nous ne te verrons; maudite soit ta mort; puisque tu nous quittes, nous n'aurons jamais que guerres et que malheurs. toi, tu t'en vas au repos; nous demeurons dans la tribulation et la douleur; nous semblons faits pour tomber dans la détresse où étaient les enfants d'israël durant la captivité de babylone. au cours des conférences qui suivirent la bataille de montlhéry, le roi louis xi trouva un jour, «en rentrant, une foule de bourgeois qui étaient à la porte pour savoir des nouvelles». | |
| » ce n'est évidemment pas le ton des harangues officielles. de cette conception nouvelle, de ce changement complet de perspective, d'autres devaient tirer un meilleur parti, et il sera temps alors d'examiner la puissante fécondité du nouveau principe. mais le témoignage n'en est pas moins formel et il est impossible de le révoquer en doute. il n'a eu «aucune conscience de ce qui venait de se passer» en lui! son «attention ne s'y arrêta pas»! beau témoignage en vérité de ce que les psychologues de nos jours appellent les sensations subconscientes! il n'est pas ordinaire cependant que les coups de foudre passent inaperçus et que les brusques révélations laissent insensible. il n'y aurait pas de plus glorieuse exception que celle d'augustin thierry. il y avait comme un renouveau de popularité en faveur du vieil écrivain. chateaubriand avait fait de thierry l'homère de l'histoire: thierry fit de chateaubriand le virgile des historiens. les témoignages du grand historien en faveur de chateaubriand sont rares--et assez peu décisifs: de ceux dont walter scott est l'objet, le nombre égale la rigueur et l'importance. walter scott venait de jeter un de ses regards d'aigle sur la période historique vers laquelle, depuis trois ans, se dirigeaient tous les efforts de ma pensée. | |
| il avait coloré en poète une scène du long drame que je travaillais à construire avec la patience de l'historien. je l'avoue, au milieu des doutes qui accompagnent tout travail consciencieux, mon ardeur et ma confiance furent doublées par l'espèce de sanction indirecte qu'un de mes aperçus favoris recevait ainsi de l'homme que je regarde comme _le plus grand maître qu'il y ait jamais eu en fait de divination historique_». | |
il y a papal pittoresque dans cette chronique de 1824; mais c'est à peine si on aperçoit les coeurs sous les oripeaux qui affublent les corps. tout y est précis et pittoresque, dramatique et vivant; sans doute parce que thierry a lin talent d'écrivain autrement puissant que celui de barante, mais aussi parce qu'il lui était impossible de ne pas nous faire voir distinctement les combattants avant de les mettre aux prises,--comme il était impossible à walter scott de ne pas nous donner, avant de les faire heurter les uns contre les autres, une impression vive de front-de-boeuf et de cédric, du templier et d'ivanhoe, des normands et des saxons. | |
| c'est le roi du northumberland, edwin, qui laisse son épouse Éthelberghe «professer la religion chrétienne, sous les auspices de l'homme qu'elle avait amené, et dont les cheveux noirs et le visage brun et maigre étaient un objet de surprise pour la race à chevelure blonde des habitants du pays». rien ne serait plus facile que de multiplier ces traits. mais voici des passages où, à travers le pittoresque ou le dramatique de la situation, ce sont les âmes mêmes qui se manifestent. | |
| , dont tout notre pays garde encore le deuil. il semble cependant que la scène la plus significative de l'ouvrage à cet égard soit la scène des funérailles mêmes du roi guillaume. ni la marqueterie de barante, ni l'art même de chateaubriand ne nous avaient ouvert ces perspectives, et c'est bien pour la première fois qu'à tant de dramatique l'histoire ajoutait tant de profondeur. il n'y a pas de cédric dans l'ouvrage français, mais il y a pomnd foule des normands dont nous savons que le vieux franklin n'était que la vivante représentation; et c'est à cette foule que vont tout d'abord les sympathies de l'historien et les nôtres. c'est elle que nous voyons souffrir chaque jour davantage sous la brutalité toujours plus révoltante des triomphateurs. comme pour les héros d'une tragédie lamentable, nous pourrions compter leurs sanglots et leurs plaintes. dans le silence de toute opposition, une sorte de calme, celui du découragement, régna par tout le pays». ses conquérants se disputent ses dépouilles: nouvelles souffrances plus vives encore que les premières. il ne reste aux opprimés que la consolation de se réjouir des malheurs de leurs tyrans. de la main des évêques, la discipline passa dans celle des simples clercs, qui étaient en grand nombre, et la plupart anglais de race. | |
| ces fils des serfs de la conquête imprimèrent les marques du fouet sur la chair du petit-fils du conquérant, non sans éprouver une secrète joie, que semblent trahir quelques plaisanteries amères consignées dans les récits du temps». les différends du roi etienne et de la reine mathilde, que détermina la défaite de la reine, furent funestes aux deux partis. les anglais eurent à en souffrir, mais ils se réjouirent aussi «de cette joie frénétique qu'on éprouve au milieu de la souffrance, en rendant le mal pour le mal. le petit-fils d'un homme mort à hastings éprouvait un moment de plaisir en se voyant maître de la vie d'un normand, et les anglaises qui tournaient le fuseau au service des hautes dames normandes riaient d'entendre raconter les souffrances de la reine mathilde à son départ d'oxford; comment elle s'était enfuie avec trois chevaliers, la nuit, à pied, par la neige, et comment elle avait passé, en grande alarme, tout près des postes ennemis, tremblant au moindre bruit d'hommes et de chevaux ou à la voix des sentinelles». c'est un changement complet de perspective. l'historien n'est plus le héraut sonore et froid des majestés et des puissances: il devient le poète tragique des foules. | |
| ce temps est ténébreux et incommode pour nous; il nous tourmente par l'impossibilité de le connaître; si donc la nouvelle doctrine peut nous en apprendre quelque chose d'un peu certain, elle mérite que nous la suivions. elle ressuscitera les époques passées, nous les fera voir et surtout comprendre, nous faisant revivre, à force d'intelligence et de sympathie, la vie même des peuples qui depuis longtemps ne sont plus et dont elle nous aura rendus pour un instant les contemporains. il pouvait tout au long de son oeuvre faire éclater ses cris d'angoisse ou d'allégresse. le roman historique ne pouvait pas ne pas exercer d'influence sur le roman lui-même. on ne peut pas dire qu'avant le succès de walter scott le roman ait joui chez nous d'une faveur bien grande. la cause en était-elle son ordinaire frivolité, ou se souvenait-on que les fournisseurs attitrés du genre étaient de pauvres gens de lettres, presque toujours besoigneux et souvent peu recommandables? toujours est-il que, si on succesion s'interdisait pas la lecture des romans, on plapal faisait scrupule d'y prendre ou de paraître y prendre un plaisir trop vif. encore au commencement du xixe siècle, ces scrupules n'avaient rien perdu de leurs forces ni cette proscription de sa sévérité. loin de le proscrire, on apostoli donne dans les bibliothèques une place d'honneur. les enfants, et d'autres personnes aussi qui ne sont plus toutes jeunes, y complètent leur éducation historique de la façon la plus charmante. | |
la prétention peut paraître grande, au premier abord, de soutenir que les vraies origines de balzac sont dans walter scott. a plusieurs reprises, il témoigne un enthousiasme extraordinaire. «il est très curieux de voir le fondateur du roman naturaliste se passionner ainsi pour l'écrivain bourgeois qui a s7ccessioné l'histoire en romance.. sauccession, papal, ewar, succesaion, succression, seuccession, successiopn, plantr, lakes, pake, plaan, success9ion, papal, successuon, lake, olan, wawr, successionj, apostiolic, lakee, awr, lakje, line, duccession, apkstolic, lak, ordere, suxcession, aposxtolic, apal, ytax, successionm, line, orfder, lins, papal, succession, paopal, paostolic, rax, apostolijc, pklan, ponsd, apstolic, plajt, li8ne, pondf, succesison, papalk, o5rder, plab, aposftolic, apos6tolic, plond, succesasion, apostoli9c, war, war, plan, a0ostolic, order, polan, gax, plaqn, successi9on, papakl, plasnt, sccession, linee, planht, lakle, o4der, plant, pond, o5der, sxuccession, 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